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Christian Jacq, l'invité du mois de Classica

Christian Jacq n'est pas seulement l'auteur français le plus lu au monde. C'est aussi un éminent égyptologue et un fin connaisseur de l'œuvre de Mozart.

PAR Olivier Bellamy | L'INVITÉ DU MOIS | 29 mai 2011
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Classica

« La Flûte enchantée représente, à mes yeux, l'aboutissement de toute la recherche spirituelle de Mozart. N'oublions pas qu'il a écrit, très jeune, Thamos roi d'Égypte et qu'il était déjà fasciné par la civilisation des pharaons. Adulte, Mozart est devenu franc-maçon grâce au parrainage d'Ignaz von Born, minéralogiste autrichien dont Schikaneder s'est inspiré pour créer le personnage de Sarastro.

« Si la branche philosophique de la franc-maçonnerie date du XVIIe siècle, une autre branche trouve sa source chez les bâtisseurs de cathédrales et une autre remonte à l'Égypte ancienne. Dans ses écrits, Ignaz von Born témoigne d'une grande connaissance de cette période alors que les hiéroglyphes de la pierre de Rosette n'ont été déchiffrés par Champollion qu'en 1822. Il y avait donc une tradition orale de ces mystères et de ces rites, puisque le dernier temple égyptien n'a fermé ses portes qu'au VIe siècle de notre ère, après trois millénaires ininterrompus de rites qui réunissaient l'architecture, la peinture, la poésie, la musique, la sculpture, les parfums.

« Chez Mozart, il y a la sagesse de l'Egypte antique »


« La Flûte enchantée représente,
à mes yeux, l'aboutissement de toute
la recherche spirituelle de Mozart. »



  
 CONCERTO N° 23 POUR PIANO DE
 MOZART
 par
 CLARA HASKIL (Decca)
  
Clara Haskil & l'Orchestre Symphonique de Vienne, direction Paul Sacher
Écouter et télécharger
Disponible en qualité CD (LossLess)

« Tout le monde peut écrire compliqué, mais très peu de compositeurs parviennent à la simplicité de l'"Adagio" de ce concerto, et très peu de pianistes peuvent en extraire l'essence. Haskil ou Lipatti font partie des rares élus. Nous sommes proches de la sagesse égyptienne ou de l'art floral japonais. Clara Haskil retrouve cette vision de l'âme qu'atteint un peintre zen qui met trente ans de sa vie pour enfin réaliser un cercle parfait à main levée." »


Christian Jacq avec Olivier Bellamy

« Si la Grèce, Jérusalem et Rome sont nos mères, l'Égypte est la grand-mère de notre civilisation. C'est un univers. Et lorsqu'on va au plus profond de soi, on rejoint le cosmos. Je suis d'accord avec Hubert Reeves lorsqu'il dit que nous venons des étoiles. Mozart en était très conscient. Les Égyptiens aussi. Contrairement à ce que dit la Bible, les Hébreux n'étaient pas des esclaves (l'esclavage date des Grecs) et ils n'ont pas été chassés d'Égypte. Simplement, leur monothéisme pur et dur n'avait pas sa place dans la civilisation égyptienne.

« Dans le "Laudate Dominum" des Vêpres d'un confesseur de Mozart, dans l'"Adagio" du Concerto pour clarinette, dans les airs de Sarastro, je retrouve la sagesse de la haute Antiquité égyptienne. Au cours de ses voyages, Mozart a rencontré de grands esprits qui ont nourri sa recherche spirituelle. On sait qu'il a fréquenté des alchimistes à Prague, des kabbalistes, etc. Il y a dans sa musique un sens de l'harmonie, une perfection des proportions qui échappent à l'analyse et dont la mystérieuse beauté rejoint celle des pyramides. De même, Bach a également travaillé les nombres, notamment le nombre d'or, et s'est inspiré des pythagoriciens de manière scientifique.

« Voilà pourquoi, selon moi, leurs œuvres n'expriment pas seulement des sentiments humains, mais vont très loin dans la pensée universelle. Et voilà pourquoi elles tiennent toujours debout, tout comme les pyramides ou les cathédrales. Bach exprime de manière sensible, dans le début de la Cantate BWV 170 par exemple, l'enchantement du monde. Il rejoint cette idée, qui remonte à l'Égypte mais que les chrétiens ont exprimée ainsi : "Fends la pierre et tu trouveras la Lumière, soulève le bois et Je serai là."

« Jean-Victor Hocquard a magnifiquement compris la pensée de Mozart. Sa sagesse transcende toutes les religions. C'est une pensée qui s'appuie sur la lucidité. Il faut d'abord prendre la réalité à bras-le-corps et nommer les choses. Ensuite viennent l'élévation et la grâce. Mozart nous dit que c'est en traversant l'Enfer que nous connaîtrons le Paradis.

« En outre, les hiéroglyphes procèdent par symboles et par analogies. De même, l'orchestration de Mozart m'évoque ce langage très complexe, dont on est loin d'avoir percé tous les secrets, qui atteint la transparence en reliant la matière à l'esprit et au cosmos.

« Je rêve de voir un jour La Flûte enchantée dans l'île de Philae, en Égypte, où la profondeur de sa pensée s'éclairerait d'un coup. »

Olivier Bellamy


Retrouvez Olivier Bellamy et son Invité dans « Passion classique » chaque jour, de 18 heures à 19 h 30 sur Radio Classique.

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