Carla Bruni-Sarkozy, l'invité du mois de Classica
Auteur-compositeur-interprète, Carla Bruni est l'épouse du Président de la République. Fille d'un compositeur et d'une pianiste, elle tutoie la musique depuis son plus jeune âge.
« Au plus loin qu'il m'en souvienne, comme chantait Barbara, je me suis toujours sentie inquiète. Une anxiété sans objet, peut-être une angoisse de mort que je ressentais profondément, petite, à laquelle on s'habitue normalement lorsqu'on devient adulte mais qui paraît insupportable quand on est enfant. Je l'éprouve lors des grands moments de solitude. J'envie les grands esprits, les âmes sages, mais je n'ai pas accès à cela, malgré mes racines judéo-chrétiennes.
Elle va vers le ciel. »
« La musique m’a enseigné la rigueur et le plaisir. »
LA PLUS QUE LENTE de
CLAUDE DEBUSSY
par
SAMSON FRANÇOIS (EMI)
Écouter et télécharger (CD 19)
Disponible en qualité CD (LossLess)
« C'est le titre de cette œuvre qui m'a attirée, à l'adolescence, dans un disque consacré à Debussy. C'est très curieux et très original. Je l'ai écoutée des milliers de fois et je n'ai jamais cessé. J'ai aimé la France à travers ma grand-mère maternelle, Renée Blanche — qui était française avant d'épouser mon grand-père —, la musique, la poésie et la langue, qui est la plus belle du monde. »
Carla Bruni-Sarkozy avec Olivier Bellamy
« Cela va peut-être vous paraître étrange, mais je ressens une impression d'inconsistance, d'imperfection liée à la condition humaine, alors que les animaux semblent parfaits. Je ne suis pas certaine d'être là, c'est comme un vertige, je suis née transparente, je crois. Alors, je cherche des preuves de mon existence, quitte à tout essayer, à tout faire, à tout subir. Ce qui est tangible dans la vie ? Tout ce qui est fortement incarné : l'Autre, la joie, le plaisir, l'amour. Et la mort, bien sûr, qui est tangible par excellence.
« La musique est une transcendance, c'est ainsi que je la ressens. Elle va vers le ciel.
« Dans mon métier d'auteur-compositeur, je suis perfectionniste parce que je ne suis pas douée. Alors, j'essaie d'aller jusqu'au bout de ce que je sais, de ce que je peux, jusqu'à tomber d'épuisement sur la feuille de papier. Dans mon métier d'interprète, qui est mis entre parenthèses à cause de ma fonction, j'ai des limites vocales que j'essaie de repousser. Ma liberté créative s'épanouit dans des contraintes de temps, de moyens, de choix.
« Je suis perfectionniste aussi dans ma fonction parce qu'elle me dépasse : je n'ai pas été formée pour cela, je n'ai pas grandi dans cette optique. Je me contrôle, je fais attention à ne pas faire de gaffes parce que j'ai l'honneur de représenter un pays et que je ne veux pas lui faire honte.
« J'ai découvert la musique à travers le piano de ma mère [la concertiste Marisa Borini - Ndlr]. J'aimais l'entendre répéter inlassablement deux mesures. Et j'aimais le piano parce qu'il me permettait d'avoir ma mère à la maison. Je n'ai jamais senti que le piano était entre ma mère et moi parce que je ne suis pas de nature possessive. J'ai étudié le violon entre trois et sept ans. C'est difficile, mais cela m'a beaucoup plu. Et puis j'ai laissé tomber le violon quand j'ai découvert la guitare, parce que c'est très facile, surtout quand on en joue mal comme moi. Mais cela m'a permis de chanter mes idoles comme Bob Dylan sans lire les tablatures, et ma vie s'est dessinée à partir de là. La voix de Dylan m'a marquée, tout comme celle de Billie Holiday, de Barbara ou de Maria Callas. La musique m'a enseigné la rigueur et le plaisir.
« C'est pour cela que je suis si heureuse, au travers de ma fondation, de participer au projet de l'association " À Toi de jouer " avec le Grand Théâtre de Provence à Aix, la Cité de la musique à Paris, Radio Classique et la Fondation LVMH. C'est un projet d'éducation musicale destiné aux enfants de quartiers sensibles, dans lequel ils découvrent la musique classique de manière intuitive, sans passer par la barrière du solfège. Je suis profondément admirative du travail des bénévoles dans les différentes associations. Pour moi, à mon humble niveau d'implication, le seul vrai bien-être de ma position, c'est d'aider à la réalisation de tels projets. Car ce qu'on donne est la seule chose qui vous appartient à jamais. » ◆
Retrouvez Olivier Bellamy et son Invité dans « Passion classique » chaque jour, de 18 heures à 19 h 30 sur Radio Classique.
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