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L'invité du mois
Anne Sinclair

Toujours très populaire, Anne Sinclair possède l’un des blogs politiques les plus visités. et sa passion pour la musique ne cesse de croître.

PAR Olivier Bellamy | L'INVITÉ DU MOIS | 28 mai 2009
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Classica

Mon initiation à la musique s’est faite grâce à ma grand-mère, qui avait une assez jolie voix et qui me chantait des airs d’opérettes et d’opéras en français. Je me souviens d’un air dans La Fille de Madame Angot qui disait : « Et brûlant de mille flammes/Lui jeta le mouchoir. » Comme j’ignorais tout de la passion amoureuse, j’imaginais une personne qui s’immolait réellement et j’en pleurais à chaudes larmes.


L’INTÉGRALE YVES NAT (EMI)

En ce moment, j’écoute surtout du piano. Le répertoire est tellement riche. J’ai une passion pour Yves Nat, qui possède à la fois une fougue incomparable et une grande douceur dans le toucher. Ses sonates de Beethoven, enregistrées à la fin de sa vie, sont extraordinaires et la qualité sonore (remastérisée) excellente. »

« Plus tard, j’ai découvert Maria Callas, et ma vision de l’opéra a complètement changé. Je n’ai qu’un regret : ne jamais l’avoir croisée. Evidemment, j’aurais adoré l’interviewer. Je suis très heureuse à Washington, où la vie musicale est très riche car c’est une ville internationale. Je suis moins convaincue par les mises en scène à l’Opéra de Washington (dirigé par Placido Domingo). Nous avons vu, Dominique [Strauss-Kahn - Ndlr] et moi, un Don Giovanni caricatural, présenté comme une simple farce. Nous étions aussi à la cérémonie d’investiture de Barack Obama, malgré un froid de canard, au milieu de deux millions de personnes, et nous avons apprécié le concert, même si le répertoire n’était peut-être pas du niveau du talent d’Itzhak Perlman et de Yo-Yo Ma.

« Radio Classique me manque beaucoup, mais j’ai trouvé une station de musique classique à Washington qui l’a un peu remplacée. Mon père adorait Maurice Ravel. Je ne peux penser à lui sans entendre la Pavane pour une infante défunte qu’il aimait tant. Très jeune, j’ai assisté avec lui aux concerts du dimanche matin de l’Orchestre Colonne, remplis principalement de personnes âgées, qui m’ont familiarisée avec le grand répertoire symphonique.

« J’ai rencontré Arthur Rubinstein à la fin de sa vie. Il ne voyait pratiquement plus de face et m’avait dit : “Mettez-vous sur le côté, que je vous regarde, car il paraît que vous êtes mignonne.” Je ne rate pas un concert d’Evgeni Kissin, qui a une main gauche extraordinaire et qui me fascine comme musicien et comme personnage. Il est véritablement habité par la musique, à tel point que, sitôt le morceau achevé, il a l’air de sortir d’un rêve éveillé et que le retour à la terre ferme semble douloureux. Il salue comme un automate car il n’est sans doute pas tout à fait remis de son voyage. Je l’aime particulièrement dans Chopin, compositeur dont une tapeuse de piano lors des cours de danse m’avait dégoûtée enfant.

« Je ressens la musique de manière sensuelle et émotionnelle. J’éprouve un choc, ce n’est pas explicable. En tant que journaliste, je suis toujours curieuse, avide d’écouter, de comprendre, de découvrir. Sur mon blog (« Deux ou trois choses vues d’Amérique »), des fondus de musique classique s’expriment librement et m’apprennent plein de choses. Aujourd’hui, les enfants sont grands, mes parents ne sont plus là… j’ai l’impression d’avoir du temps à moi pour m’adonner à cette passion. La musique, la lecture, l’art sont des compléments essentiels à la vie. Et puis, lorsqu’on va mal, ça fait du bien à l’âme, ça apaise les tourments. »

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