• Être fidèle à la musique | 

La musique gratuite selon Cerrone...

Le nouvel album du pionnier du disco qui vit grassement grâce aux droits dérivés sera téléchargeable gratuitement.

PAR Marc Zisman | INDUSTRIES | 4 mars 2009
Réagir
Qobuz

Cerrone va proposer son nouvel album au téléchargement gratuit avant sa sortie car il estime que « la musique est vouée à devenir gratuite » et que la rémunération des artistes « ne passera plus par la vente de disques », a-t-il indiqué à l'AFP.

« La musique est condamnée à être gratuite et il faut trouver des solutions pour créer des revenus autrement », a-t-il estimé ce pionnier du disco. « Je n'ai jamais autant gagné ma vie qu'aujourd'hui grâce aux droits dérivés alors que mes musiques sont pillées par les DJ pour des samples et que mes albums sont piratables », a-t-il affirmé en estimant que les revenus des créateurs passeraient désormais par les concerts, les produits dérivés ou la synchro (l'utilisation de morceaux dans des publicités, des films ou des jeux vidéo).

L'album Cerrone by Jamie Lewis sera téléchargeable gratuitement du 9 au 14 mars sur le site de Radio FG avant sa sortie dans le commerce le 16, sur son label Malligator distribué par Pias.

Selon Cerrone, le projet de loi Création et Internet, qui vise à juguler le piratage et doit bientôt être examiné par l'Assemblée nationale, « ne veut rien dire. Une fois que la loi sera passée, on n'arrivera pas à l'appliquer », a-t-il déclaré en jugeant que l'industrie du disque devait « arrêter de lutter en sens contraire de ce qui se passe » sur internet.

Comme d’habitude ce genre de déclaration laisse passablement perplexe… Lorsque l’ex pape du disco déclare que l’avenir est dans la musique de la prochaine version de Mario Kart ou dans celle qui illustrera le spot de pub de Pepsi, Tampax, Volkswagen et autres Findus, on ne peut que sourire… Aux dernières nouvelles, Emily Loizeau, Enrico Rava, Ottavio Dantone ou bien encore Elliott Carter n’ont pas encore été contactés pour monnayer leurs derniers enregistrements contre une utilisation multimédia, non ? Car évidemment, le modèle économique évoqué par Cerrone touchera comme à l’accoutumée un nombre restreint d’artistes dans un domaine lui aussi bien ciblé.

Le site officiel de Cerrone

 Lire aussi

Votre avis

Note des internautes : 01234

Publié par francoisserveniere (25 messages) il y a plus de 3 ans
TRIBUNE LIBRE

Marc Cerrone parle bien sûr, tout le monde l’avait compris, de la musique qui n'a pas besoin, ou pas trop, de génie humain ou de moyens financiers pour être créée. Ce n'est pas le cas de la musique symphonique, orchestrale, instrumentale. Aujourd'hui, la technologie vous permet d'avoir des boucles qui tournent toutes seules sur ordinateur, et puis, au cours de ce déroulement autonome qui ne s'arrête pas si vous n'appuyez pas sur le "backspace" de votre clavier d'ordinateur (ah! quand même! certains ont la décence d'arrêter la machine entre 3 et 5' pour que cela ressemble à un format de créativité humaine... et pour l'enregistrer à la SACEM sans paraître ridicules), vous pouvez ajouter des artefacts sonores tirés du prêt-à-porter musical disponibles sur des banques de sons. Ces sons d’usine ou de studio donnent à l’audition par un public profane l’illusion d’une immense créativité, impression plus liée à la puissance sonore des mixages et des masterisations de notre époque grâce aux "plugs-in" de studio Manley ou assimilés. La recherche du son le plus fort devient une drogue, une addiction... Au niveau de l’écriture, ma fille de 5 ans fait de même sur le clavier de mon home studio... Ah oui, j’oubliais pour les néophytes : aujourd’hui, vous pouvez aller dans n'importe quel magasin d’informatique musicale partout dans le monde, Paris, Tokyo, Berlin, Los Angeles, New-York, vous trouverez les mêmes banques de sons établies par des fabricants très créatifs, les mêmes studios fournisseurs. Des centaines de collections de "loops" de rythmes tout faits, construits, organisés sont disponibles sur CD-ROM. Vous pouvez tout paramétrer : le tempo, la compression, changer les sons, etc, etc... Certains sont magnifiques, vous avez l’impression d’avoir un percussionniste à la maison tellement c’est réaliste. Mais, attention, la créativité de l’utilisateur est réduite à zéro ou plutôt, soyons généreux, 0,01. C’est vrai qu’il faut déjà savoir disposer ce "loop" sur l’interface graphique de votre studio midi, sur une piste. En 1/4 d’heure, démonstration faite, tout le monde a compris, tout le monde peut me remplacer... Très dur... de faire illusion en création musicale aujourd’hui... Très, très dur, à la mesure d'un enfant de 5 ans, justement... Encore que Mozart à cet âge avait déjà un catalogue d'oeuvres écrites.

Je vais vous raconter deux histoires pour édifier plus avant mon propos.

Il y a quelques années, en tant que compositeur et orchestrateur, j'ai travaillé pour un film à succès où il y avait des séquences de rap et de techno. Le rappeur de service ne savait pas écrire la musique, surprise... Il me fût demandé poliment par la production musicale, si, par hasard, je ne voulais pas rendre service et faire les relevés de cette musique enregistrée (ce qui se pratique couramment dans le show-biz français où la formation musicale actuelle d’écriture est des plus simplistes, cela se résume souvent à la connaissance de la clé de Sol et la clé de Fa, non ! je ne rigole pas, c'est vrai, "la clé d'Ut, hé ! t'essaies de m'injurier, eh ! j'ai autant de culture que toi, bouffon !"). Bon, camembert, pas d‘orgueil mal placé... j'ai fait le travail. En fait, à chaque morceau à déposer, j'ai relevé une mesure sur autant de portées pour chaque son de percussion et puis j'ai rajouté de-ci de-là les quelques artefacts supplémentaires qui s'y glissaient lors du déroulement de ce serpent rythmique répétitif et ennuyeux. En musique, pour économiser l'écriture en cas de répétition, on remplace les évènements d'une mesure ou d'un cycle par le symbole %, comme chacun sait. Je vous assure, c'était impressionnant une partition remplie de %... J'adore la musique répétitive ou cyclique, mais je ne le confonds pas, ni lui Marc Cerrone, ni un techno avec Steve Reich ou György Ligeti...

Autre fait : il y a une dizaine d’années, un créateur de logiciel très intelligent, français, a fabriqué un soft qui créait (très sérieux) des musiques dans les styles de grands compositeurs, Bach, Mozart, Beethoven, Ravel... Il suffisait de choisir des options dans toute une batterie de paramètres très pertinents musicalement parlant. Des musiques furent créées, de la meilleure facture par le logiciel. Le programmateur voulût les enregistrer à la SACEM. Après une longue bataille juridique et des débats sur l'éthique de la création qui ébranlèrent et enflammèrent toute la profession, "étaient-ce des oeuvres et étaient-ce les oeuvres d'un créateur ?", il fût débouté. Ouf ! Cela nous rappelait les grandes heures de l’ordinateur face à Kasparov ou celles d‘un commandant de vaisseau spatial dans "2001, l'Odyssée de l'espace" !!!

J’aime les ordinateurs, comme un outil majeur de notre époque, je ne les ai jamais refusés mais instantanément adoptés. Ils me sont d’une utilité incroyable dans mon processus d'élaboration d’œuvres de types classique et moderne assisté par MAO, mais je n’oublierai jamais que... je suis le maître. Aucune note ne se fera automatiquement sans qu’elle n’ait été décidée par mon cerveau. Je créé, je décide, je compose, j’orchestre. Les fonctions que j’utilise pour composer sont les mêmes que pour le papier, avec l’aide du clavier et du visuel, comme en écriture classique. Le crayon est juste remplacé par une interface plus complète, mêlant intelligemment le piano midi, le clavier d'ordinateur et la souris. En aucun cas la machine n’est sollicitée dans le processus d‘invention musicale. Ces capacités de l'ordinateur dans la création musicale actuelle techno sont à rapprocher de celles que pourrait utiliser un écrivain qui créerait des romans en utilisant uniquement la fonction copier-coller après avoir trouvé une phrase intelligente. Dans le cas de cet écrivain, on ne parlerait pas de création, il ne ferait pas illusion une seconde. Pourquoi la musique, ou plutôt pourquoi ces formes de "musique" abaissent-elles l'esprit critique à un niveau si faible alors qu‘il s'agit du même phénomène, "copier-coller", c'est sûrement par le fait d'un manque d'éducation à la musique savante comme il y a une éducation à la littérature savante. Dans le cas d'une forme classique de composition, d'écriture, même avec ordinateur, l'esprit domine la machine. Dans le cas de Marc Cerrone, des technos, c’est l'inverse, la machine, qui tourne toute seule, domine l'esprit. Ils osent nous faire croire que c'est de la création, ils osent nous bercer de l’illusion qu'avec ces nouveaux modèles indigents de la musique ou de l'Internet, nous entrerions dans l'avenir et que toutes réactions d'opposition seraient celles de moines copistes face à l'imprimerie...

Il n’y a pas de commentaires à faire quand de tels modèles sont développés et proposés par des pauvres d'esprit, des pauvres en langage de la science musicale dont ils devraient être des apôtres et des modèles. En fait, ils ne sont que les disciples et les "idiots utiles" d'un modèle économique, qui leur a sourit le temps de leur vie, un modèle où l'appauvrissement d'un langage sert l'intérêt de puissances financières ! Nous sommes face à un phénomène "musical" directement lié à la caisse enregistreuse, où les techniques de la transe, de l'envoûtement, de la manipulation mentale sont utilisées pour augmenter un chiffre d'affaire artificiellement, c'est scientifiquement prouvé aujourd'hui. Les gourous, les dictateurs et les militaires usent ou ont usé de ces mêmes méthodes pour contrôler les populations. La marche, la répétition, le rythme binaire puissant, de tout temps (voir les films des JO de Munich en 1936 ou les défilés militaires sur la place Rouge ou aujourd’hui à Pyongyang), ont toujours été utilisés pour anesthésier, dominer les foules... La musique savante ou la musique populaire de qualité ayant elles toujours pris le parti de plaire, mais par l'excellence, la nuance, la virtuosité, la poésie, la transcendance, l'élévation de l'âme des auditeurs.

Voilà donc résumé l'avenir de cette nouvelle musique selon Marc Cerrone nourrie et financée par le seul truchement du libre téléchargement sur Internet, et ce que je pense de ce modèle... Il ne saurait en aucune manière et en quelque époque remplacer les modèles de la musique qui travaillent, depuis la chanson à la musique moderne classique, avec les interprètes, les solistes, les producteurs, les orchestres, les salles de spectacle, qui vivent du disque et avec le disque en partenariat fructueux et privilégié, parce que ces musiques nécessitent un financement qu'aucun modèle gratuit ou de répartition via la publicité payée sur le web ne pourrait apporter... Démagogie, populisme, succès et argent facile, attirent les masses, mais je ne crois pas que la conception que développe Marc Cerrone, j’en suis même sûr et certain, soit l’avenir de la musique. C’est une branche actuelle de la musique, certes, pauvre en terme de langage, mais en aucun cas le tronc principal et vivifiant qui va nourrir les générations de musiciens des siècles futurs. Ou alors, s’il a raison, c’est que l’avenir de la civilisation telle que nous l’embrassons, nous, musiciens classiques, jazzmans ou chansonniers ( j'en oublie) attachés à l'excellence (catégories beaucoup moins hétérogènes qu'il n'y paraît malgré l'obligation de spécialisation que rencontre chaque musicien lors de sa formation et sa vie selon son coeur et son talent), libres héritiers et porteurs du génie humain selon Bach, Mozart, Ravel (et tant d'autres) est compromise, que la machine, les robots prennent le pouvoir, inexorablement... Au fond, c’est une probabilité du futur décrite dans maints romans et films d’anticipation sonnant l’alerte. Cette éventualité est faible, néanmoins, j’en suis intimement convaincu, la réactivité des humains, même lente, face à toutes les tentations totalitaires dans l’histoire l’ayant prouvé.

J'ai eu la chance dans mon parcours et ma génération d'être à la croisée de la formation classique et des nouvelles technologies et je ne le regrette pas. Cette situation m'a permis de comprendre sur le terrain même, les enjeux, les mauvaises routes, les apports indéniables de la modernité. Malgré cette situation qu'ont vécu beaucoup de musiciens et de compositeurs, comme moi,  je n'ai jamais oublié le travail de mon instrument, le piano et d'écouter ma voix intérieure, les forces de la nature, qui continuent depuis toujours d'être à l'origine et à la source de mes créations. Cette situation m'a permis de ne pas succomber à la technologie, attitude à mon avis dommageable à la créativité, peut-être ai-je tort...

Donc, en opposition totale au "La musique est condamnée à être gratuite et il faut trouver des solutions pour créer des revenus autrement" de Marc Cerrone, je lui opposerai un ferme et définitif "La musique est condamnée par la gratuité et il faut trouver des solutions politiques et économiques pour qu'un modèle, certes imparfait de la production musicale actuelle, parce qu'il tendrait à suivre les mêmes directions erronées de la finance internationale, les mêmes causes produisant les mêmes effets, continue à vivre et nourrir la musique et les musiciens, dans toute leur diversité, même la musique de Marc Cerrone. Le modèle actuel de la musique, à l'image de la démocratie face à ses détracteurs et opposants, n'étant pas le meilleur, mais le seul."

Marc Cerrone ne pourra pas dire le contraire, il a bénéficié pleinement de ce modèle économique. Il serait généreux de sa part qu’au lieu de couper la branche nourricière à la nouvelle génération par ses propos démagogiques et irresponsables, il leur tende la main.

Et que continue à vivre la musique... et à nourrir les musiciens.
Et que l'Internet nous suive, nous soutienne et nous diffuse au lieu de nous spolier et nous combattre.

François SERVENIERE
compositeur
Publié par kova (1 message) il y a plus de 3 ans
01234 il a tout compris cerrone , je pense que ce sont les maisons qui n'ont pa su reagir Avant .....et c'est un pied de nez à ces organismes qui se sont tellement engraisseé sur le dos des artistes et des consommateus !!!
Publié par kaykhanittha (1 message) il y a plus de 3 ans
01234 Il a raison je trouve !

http://www.digg-france.com/GRATUIT/TELECHARGER-GRATUITEMENT-NOUVEL-ALBUM-CERRONE-ECOUTER-ALBUM-CERRONE-EN-STREAMING-GRATUIT
Publié par ricercar (244 messages) il y a plus de 3 ans
01234 Tres aimable ! mais je n'ai pas du tout l intention de changer d instrument !  Enfin si peut etre quand je serais vieux et fatigué : je tapoterai lentement , delié et n'importe comment comme le faisait papa Gould !  Sur une chaise percée en cas de colique !
Publié par jonas (78 messages) il y a plus de 3 ans
Quel nase. Il a gagné du fric pendant des années à vendre de la daube et il a des réserves. Mais comment ferait un gars qui se lancerait aujourd'hui ? ces gens pensent que ce qui est bon pour eux est bon pour la terre entière... C'est que la diversité, ils ne l'imaginent même pas. Ils ne se posent pas la question en effet de savoir si des gens ayant des gouts différents peuvent avoir besoin de modèles différents. Le bvoilà bien oui le show business dans son horreur ! Ces gens sont des fachistes en fait. Fais comme moi ou crève ! Quoi tu fais du clavecin ? T'as qu'à faire de la disco !

À découvrir autour de l'article

Fil d'actualités

Tous les Qobuz Studio Masters en promotion pendant 6 jours !

Jazz : Cap au Nord

Jusqu'au 30 juin, recevez un chèque remise de 25% pour tout achat de 25€ sur le label Naxos

Inscrivez-vous à nos newsletters