If music be food of polls
Organisées un mois après la promulgation du Digital Economy Act, les élections législatives britanniques du 6 mai détermineront l'avenir de l'industrie musicale d'outre-manche. Afin d'éclaircir le débat, Qobuz vous propose un portrait en musique de Gordon Brown, David Cameron et Nicholas Clegg.
Les anglais élisent leurs représentants législatifs le 6 mai 2010. Le premier ministre Gordon Brown a en effet dissout prématurément le parlement le 12 avril.
Il se pourrait bien que la musique joue un rôle crucial dans ce débat électoral. Un mois avant l’élection, le parlement a passé en troisième lecture un texte qui cristallise les tensions politiques : le « Digital Economy Act », sorte de Hadopi anglais, qui, tout comme son équivalent français, prévoie, à titre répressif, des suspensions de connections internet.
Afin de clarifier ces enjeux, Qobuz vous propose un portrait en musique des trois candidats : le travailliste Gordon Brown, le conservateur David Cameron et le libéral-démocrate Nicholas Clegg.
En 1996, Gordon Brown, alors chancelier du cabinet fantôme travailliste, est invité à Desert Island Discs. Créée dès 1942, cette émission phare de BBC 4, consiste à demander à des membres éminents de l’élite politique ou culturelle, les huit titres qu’ils emporteraient sur une île déserte. Brown s’était alors fait remarquer par l’artificialité de ses choix : une version celte du Psaume n°23, la Suite n°3 pour orchestre en ré majeur BWV 1068 de Jean-Sébastien Bach, et le chant de noël Amid the winter snow, de Gustav Holst. Sa sélection pouvait aisément passer pour une resucée des « Best of » classiques ou traditionnels. Les choses ne se sont pas vraiment améliorées par la suite. Quelques mois avant de remplacer Tony Blair, Gordon Brown avouait qu’il se faisait conseiller par son fils, avant de voter pour un candidat de la Pop idol – la Star Academy d’outre-manche.
Gordon Brown apparaît de fait comme un opportuniste en matière de musique. Nullement mélomane, il ne consacre pas le centième de sa journée au plaisir des oreilles. On ne peut certes être partout, et il semble difficile de concilier des activités politiques aussi prenantes avec une mélomanie prononcée. Si la musique ne l’intéresse pas en elle-même, il se soucie des valeurs qu’elle représente, et des voix et soutiens qu’elle peut lui permettre d’engranger. Afin de rajeunir l’image du labour, il prétendait récemment préférer Lady Gaga à Madonna, et a fréquemment fait part de son admiration pour Amy Winehouse.
Plus sérieusement il a fait du sauvetage de la BBC 6 Music, une préoccupation nationale. Brown est également l’initiateur du « Digital Economy Act », en dépit du scepticisme de son propre parti : à l’instar de Tom Watson et de John Grogan, de nombreux dignitaires travaillistes s'y montrent opposés. Cette politique musicale interventionniste risque de déplaire aux libéraux-démocrates, et d’hypothéquer à terme une coalition anti-Tory.
Sans doute sincères, les goûts de David Cameron ne surprendront pas. Lorsqu’en 2006 le candidat Tory dévoila le contenu de son Ipod Nano à la presse, il mit presque exclusivement en avant des artistes anglais : The Smiths, Blur, Radiohead, Pulp. Les deux seuls noms étrangers à surnager étaient américains : The Killers, et Bob Dylan.
Ce faisant, David Cameron se place dans une posture assez typiquement conservatrice de soutien par défaut à la musique anglaise. Le premier ministre Tory Alexandre Douglas-Home avait ainsi été le premier dirigeant britannique à saluer les Beatles : « Les Beatles sont formidables » confiait-il le 16 février 1964. Non que ce dernier appréciât particulièrement les « quatre garçons dans le vent », mais puisque que leurs albums étaient parvenus à damer le pion aux artistes américains et européens, il aurait été mal avisé de ne pas saluer cette fierté nationale.
Dans cette optique, David Cameron défend bec et ongle l’intégrité de l’industrie musicale britannique face au piratage. Le parti conservateur a ainsi approuvé comme un seul homme le « Digital Economy Act », émettant pour seule réserve qu’il n’allait pas suffisamment loin. S’il devenait premier ministre, Cameron mettrait sans doute en place des mesures plus répressives, au risque de s’aliéner une partie de la jeunesse britannique, et de favoriser l’expansion du « Pirate Party ».
A l’instar de David Cameron, Nicholas Clegg est un véritable mélomane. Cependant, les goûts du leader conservateur et du leader libéral diffèrent radicalement. Invité il y a un an et demi sur BBC 3 à faire part de son répertoire personnel, Clegg cita les lieder de Franz Schubert (Erlkönig) et de Richard Strauss (les Vier Letzte Lieder), la musique sacrée de Wolfgang Amadeus Mozart (Vesperae solennes de Confessore), et le piano de Frédéric Chopin (le Concerto n°2). Si l’on excepte Richard Strauss, ses références sont toutes antérieures à 1850. Si l’on excepte Frédéric Chopin, elles sont toute germaniques. Cette ouverture en faveur de la musique continentale concorde il est vrai avec ses sentiments pan-européens. Il était pourtant à craindre que ces options sophistiquées ne désarçonnent l’électeur anglais.
Ainsi, peu après son investiture, Clegg fit deux gaffes embarrassantes, qui manquèrent de peu de ternir son image. Tout d’abord, il confessa ignorer tout d’une chanson qui faisait alors les unes de l’actualité, Christmas ditty Fairytale of New York. Fréquemment sélectionnée par les auditeurs britanniques comme leur chant de noël préféré, ce tube venait d’être censuré sur Radio 1, en raison de la verdeur de ses lyrics. Questionné le lendemain-même sur son album préféré, Clegg évoquait « Changes » de David Bowie, qui était en fait… un single. Désireux de corriger le tir, il a fait depuis appel aux services du rocker Brian Eno.
Le programme musical de Nicholas Clegg tranche radicalement avec celui de ses deux concurrents. Il prône en effet la dérégulation de l’industrie musicale, et s’oppose farouchement à toute intervention de l’Etat dans ce domaine. S’il venait à être élu, ou, ce qui est plus probable, à former un gouvernement de coalition avec les travaillistes, il abrogerait vraisemblablement les dispositions les plus « liberticides » du « Digital Economic Act » (en particulier la procédure de suppression des connections internet). Cette position correspond à la ligne générale de son parti. Equivalent anglais des radicaux français, les libéraux-démocrates défendent traditionnellement les libertés civiques contre les prétentions nationalistes des conservateurs et/ou l’interventionnisme idéologique du Labour Party.
Toutefois, il est possible que ces convictions respectables soient également motivées par des appréhensions plus personnelles. Comme nous avons pu le voir, Clegg n’apprécie que modérément la musique moderne. Il ne souhaite certes pas pour autant nuire à l’industrie musicale anglaise, mais il est clair qu’il ne la soutiendra guère : si elle tient le choc de la révolution Internet, tant mieux ; sinon, tant pis.
Fil d'actualités
-
16:23
-
00:05Qobuz | Alexander le Bienheureux
-
hier
-
hier
-
hierQobuz | Archie birthday !
-
hier
-
mer.
-
mer.
-
mer.Qobuz | La Roque d'Anthéron au sommet
-
mer.
-
mer.Qobuz | Parlez-vous Françaix ?
-
mar.
-
mar.Qobuz | Bee Gees aphones
-
lun.Qobuz | Une pause Café-Qobuz à Musicora
-
lun.
-
lun.Qobuz | Teodora Gheorghiu en récital
-
lun.
-
lun.
-
lun.
-
lun.Qobuz | QIBUZ / Lundi 21 mai 2012
-
lun.L'Express | Robin Gibb, le chanteur des Bee Gees, est mort
-
lun.L'Express Styles | Coup de cœur pour Nick Waterhouse
-
lun.Qobuz | L’âme à deux
-
dim.L'Express Styles | "Shape Shifter", le 36e album de Santana !
-
dim.L'Express Styles | Le crooner Richard Hawley signe son grand retour
-
dim.
-
dim.
-
dim.Qobuz | Rose algérienne
-
dim.L'Express Styles | 2 choses à savoir sur "MA" de Ariane Moffatt
-
sam.Qobuz | Donna se meurt pour de bon…



