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Un délicieux Sablé

Jean-Bernard Meunier lui a donné un éclat international. Le fondateur du Festival de Sablé, créé en 1978, fera ses adieux à l'issue de cette trente-troisième édition.

PAR Franck Mallet | FESTIVALS | 6 juillet 2011
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Classica

Le festival est-il né avec le répertoire baroque ?
— Il faut remonter au milieu des années soixante-dix : je préparais l'implantation d'une "structure culturelle". À l'époque, il me semblait dommage que notre activité s'interrompe fin juin, alors que Sablé est si agréable l'été. Créer un festival dans une petite ville est une gageure : il faut s'appuyer sur quelque chose d'inédit, un stage, une académie... Or j'étais en contact avec un guitariste uruguayen qui venait d'obtenir un prix de l'Académie Charles-Cros. Il avait à son répertoire un certain nombre d'œuvres contemporaines et venait d'acquérir une guitare baroque pour travailler des partitions de Bach. J'ai donc eu l'idée d'organiser une formation d'été consacrée non seulement à la guitare baroque mais également au luth, à la vihuela — trois instruments à cordes pincées.

Puis a germé l'idée que les stagiaires pourraient appréhender la danse pour comprendre l'idée de la suite française ; Francine Lancelot, danseuse, chorégraphe et comédienne qui se consacrait au répertoire chorégraphique des XVIIe et XVIIIe siècles, fut une autre rencontre déterminante. Nous avons ainsi créé l'Académie internationale de musique et de danse. Au début des années quatre-vingt, la partie guitare et cordes pincées fut abandonnée au profit de la danse et de l'immense répertoire de la musique ancienne.

Quels furent les premiers artistes à venir au festival ?
— Outre ceux qui enseignaient, ils sont si nombreux... Jean-Claude Malgoire, Jordi Savall, Anner Bylsma, la famille Kuijken... Dans un tel répertoire, ce fut un plaisir d'accompagner la nouvelle génération, de repérer un interprète : Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, par exemple, mais aussi Martin Gester ou Patrick Cohën-Akenine, et dix ans plus tard l'ensemble Amaryllis et les premiers spectacles du Poème harmonique de Vincent Dumestre. Jean-Christophe Spinosi a fait ses armes à Sablé comme violoniste. J'ai toujours ouvert les portes à ceux qui proposaient découvertes et relectures.

Et la danse ?
— L'Académie de danse a toujours été l'identité forte de Sablé, aujourd'hui avec Béatrice Massin et Marie-Geneviève Massé, cette dernière créant ici sa compagnie L'Éventail.

D'autres fidèles ?
— Bernard Fabre-Garrus et son chœur A Sei Voci furent en résidence chez nous pendant presque dix ans avant de partir pour Cholet. C'est amusant qu'une "petite" ville de treize mille habitants ait pu bénéficier de l'implantation de deux ensembles d'une telle valeur — A Sei Voci et L'Éventail. Philippe Jaroussky m'a rappelé qu'il était venu à l'Académie comme violoniste avant de se produire avec A Sei Voci — je ne m'en souvenais pas ! Nous sommes aussi les premiers à avoir invité en France l'ensemble tchèque Collegium 1704.

Les temps forts de cet été ?
Avec quatorze concerts sur cinq jours cet été, je n'ai, hélas, pas pu accueillir tous les artistes qui ont fait le festival... Mais je suis comblé puisque j'accueille notamment Philippe Jaroussky dans un programme Vivaldi, Bertrand Cuiller qui donnera un récital Bach, Hervé Niquet et Le Concert spirituel, l'ensemble La Fenice, Jordi Savall avec Hespèrion XXI dans des Folias Criollas, ou encore Raphaël Pichon et l'ensemble Pygmalion. Venez à Sablé !

Propos recueillis par Franck Mallet

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