Vertige de Ravel sous les doigts de Pierre-Laurent Aimard
Éminent interprète de la musique française du XXe siècle, le pianiste Pierre-Laurent Aimard publie un remarquable disque Ravel. Indispensable pour redécouvrir l'auteur des Miroirs.
Entretien.
Ravel : Concertos
-20% jusqu'au 23 septembre 2010
Lire la critique ★★★★
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Disponible en qualité CD (LossLess)
EN CONCERT
au Théâtre des Champs-Elysées
le 15 octobre 2010 : récital Liszt, Bartok, Messiaen, Ravel
— J'ai d'abord travaillé la Sonatine, qui m'avait séduit. Le Concerto en sol est le premier de tous les concertos du répertoire que j'ai appris. Je ne pouvais imaginer que je le jouerais si souvent par la suite. Le Concerto pour la main gauche, quant à lui, m'a beaucoup hanté. J'ai toujours eu l'impression d'avoir rendez-vous avec ce monument. C'est comme observer un abîme en regardant son vertige droit dans les yeux...
À propos de ses concertos, Ravel faisait référence à ceux de Mozart et Saint-Saëns.
— C'est le cas du Concerto en sol. Il requiert un jeu transparent et très défini, brillant mais sans lourdeur, avec des phrases impeccablement profilées et une forme parfaitement maîtrisée. L'interprète doit aussi faire preuve de beaucoup de bon goût. Sinon, les emprunts provenant de diverses esthétiques dans les deux mouvements extrêmes peuvent sombrer dans la vulgarité.
Comment avez-vous choisi les tempos dans le Concerto en sol ?
— Le tempo de chaque mouvement est crucial. Celui du premier mouvement permet d'unifier le premier thème, qui est issu du folklore basque, avec la toccata. Le tempo du second mouvement, inexorable, donne l'impression que la longue mélodie plane pour l'éternité. Enfin, on ne peut se permettre la moindre inflexion de tempo dans le finale sous peine de perdre la dimension "mécaniste" du mouvement. Celui-ci intègre des idées disparates en un tout cohérent et très unifié. C'est le défi compositionnel de Ravel dans ce mouvement !
Comment définir la virtuosité chez Ravel ?
— Comme une virtuosité de l'écoute ! Chez lui, c'est le projet acoustique qui prime. Dans la deuxième cadence du Concerto pour la main gauche, par exemple, le fait d'avoir une mélodie qui "flotte" sur une nuée d'arpèges, mais exécutée à la main gauche, oblige le pouce — doigt lourd par excellence — à chanter de façon fine et soutenue sans gêner le déroulement arachnéen des arpèges. L'exécution de cette cadence est très ardue, le but ultime n'étant pas d'impressionner l'auditeur par la virtuosité, mais de rendre le passage de la manière la plus poétique, fluide et naturelle qui soit.
Votre prochain disque ?
— Ce sera un double album consacré à Liszt avec le désir de souligner les multiples aspects de sa création. Je le ferai en rapprochant chacune de ses œuvres avec des partitions d'autres compositeurs. Cette présentation reflétera ainsi le travail de mise en perspective que je pratique beaucoup au concert.
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