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Véronique Gens : "Mozart me donne tout"

La soprano française Véronique Gens boucle la série de ses "tragédiennes" en compagnie de Christophe Rousset. Le point sur sa carrière et ses projets.

PAR Jérémie Rousseau | DISCOGRAPHIE | 22 novembre 2011
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Classica

Le troisième volume de «Tragédiennes» témoigne à la fois de votre attachement à vos «racines» baroques et au répertoire plus tardif que vous privilégiez désormais : comment votre voix se plie-t-elle à cet exercice ?
— Elle s’est élargie mais a suivi un développement naturel : je vieillis, tout simplement. Si elle a gagné en maturité, elle est aussi plus domptée, j’en fais un peu ce que je veux. Et j’ai envie d’en profiter pleinement.

Comme avec Eva des Maîtres chanteurs de Wagner ?
— Oui, c’est un rôle que j’avais envie d’essayer. Lorsque l’étiquette baroque vous colle à la peau, peu de directeurs de théâtre osent vous proposer du Wagner. Joan Matabosch, directeur du Liceo de Barcelone, l’a fait. Eva fut une grande aventure. Beaucoup de travail et de stress, mais un grand plaisir. Il y a d’autres rôles qui m’attirent, par exemple la Maréchale de Strauss. Chez Verdi, j’ai abordé Alice dans Falstaff, mais je rêve de Desdémone. Et pourquoi pas la Grande-Duchesse de Gerolstein d’Offenbach ? Tout cela sans quitter Mozart, naturellement.

VIENT DE PARAÎTRE
Tragédiennes, v. 3 / Véronique Gens
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Disponible en Studio-Master


SUR SCÈNE

À Paris, Véronique Gens chante Don Giovanni (Opéra-Bastille, 15/03-21/04/12), et reprend le programme « Tragédiennes III » avec Les Talens lyriques et Christophe Rousset (Opéra-Comique, 10/04/12).

Que vous apporte Mozart ?
— Tout ! La précision, la légèreté, la ligne, la justesse… Si vous pouvez chanter Mozart, votre voix va bien. Si vous avez du mal, il faut se poser des questions. Mozart est très complet.

On vous entend assez peu en France, comme si l’on avait gardé de vous l’image d’une chanteuse surtout «baroque».
— Cela m’attriste, évidemment, de ne pas chanter dans mon pays certains rôles que j’ai testés à l’étranger — Mélisande, par exemple. Je vais tout de même effectuer mes débuts à l’Opéra de Paris au printemps prochain, cela fait longtemps que j’attendais ce moment ! Ce sera Elvira dans le Don Giovanni de Michael Haneke.

Une production qui traîne une réputation sulfureuse. Vous fait-elle peur ?
— Un peu, oui. Mais les metteurs en scène nous demandent tellement de choses en ce moment. Il n’y a plus de limites…

Vous pensez à l’Alceste de Gluck à Aix ?
— Non, je l’ai bien aimée. Je suis prête à essayer beaucoup de choses dans la mesure où elles ont un sens. Mais quand on fait tout et n’importe quoi simplement pour provoquer ou se différencier du confrère, c’est énervant, et même parfois éprouvant. Pourtant, ce n’est pas désagréable de faire un Mozart avec une belle robe et une perruque XVIIIe, non ?

Qu’avez-vous pensé de la résurrection d’Atys, vous qui étiez de l’aventure dès la première heure ?
— C’est une très bonne chose ! William Christie m’avait proposé le rôle de Cybèle, que je n’ai pas pu faire faute de temps.

Quels sont vos projets immédiats ?
— La reprise d’Alceste à Vienne, Le Freischütz en Allemagne, Dialogues des Carmélites de Poulenc pour le Théâtre des Champs-Élysées…

Propos recueillis par Jérémie Rousseau

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