Les bonnes chansons
Entretien avec Karine Deshayes
La mezzo dévoile la luxuriance des mélodies de Fauré qu'elle vient d'enregistrer.
Hormis un bouquet de mélodies célèbres, Fauré n'est-il pas largement méconnu ?
— Effectivement, les jeunes chanteurs l'abordent au Conservatoire avec ses œuvres les plus connues, ensuite c'est plus difficile. Pour ma part, c'est grâce à la troupe de l'Opéra de Lyon que j'ai découvert le "vieux" Fauré — grâce à Ruben Lifschitz, pianiste et spécialiste de la mélodie. Au sein de la troupe, plutôt habituée à travailler l'opéra, j'ai cherché pour mon récital annuel des partitions correspondant à ma voix. Fauré fut une révélation, sans que j'analyse beaucoup... À l'époque, je n'entrais pas dans l'écriture de Debussy, qui me laissait de marbre. En revanche, je trouvais Fauré génial, en particulier le cycle La Chanson d'Ève, ce qui a étonné d'ailleurs Ruben, qui m'a prise pour une extraterrestre, car il n'avait jamais réussi à trouver un chanteur voulant la travailler. C'est vrai que la partition est réputée hermétique, et il a eu l'intelligence de ne pas me faire débuter par la première mélodie, Paradis, la plus longue.
J'ai un réel plaisir à chanter
ses lignes mélodiques rondes et pulpeuses.
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À quoi attribuer votre passion pour ce mélodiste ?
— La sensualité de cette musique doit me correspondre. J'ai un réel plaisir à chanter ses lignes mélodiques rondes et pulpeuses. Le texte et la musique suggèrent pléthore de couleurs, d'images.
On vous connaît dans le répertoire baroque. Y trouve-t-on une filiation avec Fauré ?
— Oui... et non. Avec le "vieux" Fauré certainement, sur la question de l'harmonie. On trouve des passages dépouillés ou plus complexes, comme dans le baroque, et ne serait-ce que dans les textes. Le symbolisme tourne beaucoup autour des textes religieux, qui abondent dans le baroque.
Fauré place-t-il la voix au même niveau que le piano, comme Schubert ?
— Sans conteste, c'est un duo. On trouve des thèmes qui passent de l'un à l'autre, du piano à la voix. À d'autres moments, on est presque à nu, pour se retrouver ensuite : c'est vraiment un dialogue.
C'est difficile de se retrouver avec un partenaire en récital ?
— Je remercie Stéphane Degout d'avoir bien voulu participer à l'une des mélodies [Pleurs d'or d'Albert Samain] pour le disque. Nous nous sommes rencontrés à Lyon et nous étions toujours en contact. Mais c'est une telle difficulté aujourd'hui de faire coïncider les programmes pour se retrouver en récital... Il faut savoir jongler entre les différentes disciplines. Un seul récital dans l'année, c'est un travail de longue haleine comparé à l'opéra où l'énergie doit se concentrer durant un mois, en étant accaparé tous les jours. Pour la mélodie, il faut travailler seul, pour ensuite se retrouver avec la pianiste.
C'est votre premier disque en solo ?
— Oui ! Alors que, paradoxalement, j'ai participé à de nombreux enregistrements, d'opéras notamment. J'ai en projet La Bonne chanson de Fauré, toujours pour Zig-Zag, avec des instrumentistes de l'Ensemble Contrastes, avec lesquels j'ai déjà participé à un album de tangos publié en début d'année.
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