Le Forestier : Tour de chants
Les Francofolies de La Rochelle ont fêté, près de quarante ans après, la sortie du premier album de Maxime Le Forestier. L'artiste passe en revue les titres phares de son répertoire. Souvenirs, souvenirs...
L'homme est posé, le chanteur, débordé. Maxime Le Forestier donne deux concerts d'affilée aux Francofolies de La Rochelle (Charente-Maritime). Le premier puise dans son répertoire. Pour le second, il réinterprète les classiques de son premier 33-tours (1972), qui ressort ces jours-ci, en compagnie d'invités comme Juliette, François Morel, Daphné, Emily Loizeau... Tous ont réenregistré ces titres mythiques sur un disque intitulé La Maison bleue. Pour L'Express, Le Forestier se souvient des grandes heures musicales de sa carrière.
LA PETITE FUGUE (1969)
« On l'a écrite avec ma sœur Catherine. Le 45-tours est sorti discrètement, alors que j'étais encore à l'armée. Au départ, on devait juste dépanner un jeune éditeur qui cherchait des textes de toute urgence. On n'a pas cherché le thème bien loin : La Petite Fugue est très autobiographique. Georges Brassens, qui écoutait beaucoup la radio le matin en travaillant, m'a conseillé, lui qui donnait rarement des leçons, de dire : "Un-jour-E-lé-o-no-re-a-qui-tté-la-mai-son", au lieu de "Eléonore, un jour..." Depuis, j'applique ce que j'appelle le "théorème de Brassens", celui du monosyllabe qui donne le rythme.»
Réédition de son album fétiche en version Deluxe
avec des inédits et des raretés.
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Disponible en qualité CD (LossLess)
Le Maxime Le Forestier de 1972/73 revisité par
Calogero, Adamo, La Grande Sophie, Juliette, Sam, Daphné, Stanislas... pour le 40e anniversaire de la signature du chanteur chez Polydor, un label qu’il n’a jamais quitté et dont il est devenu l'image emblématique.
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☛ À LIRE
« Catherine avait remporté le grand prix au festival de Spa, en Belgique, avec Au pays de ton corps. Là-bas, on a rencontré Luc Alexandre, le Luc de la chanson, qui nous a parlé de San Francisco, et on a décidé d'y aller. On a passé quatre ou cinq semaines dans cette maison bleue remplie de hippies. Peu après notre retour, j'ai reçu une lettre avec des dessins de ces amis américains. Je leur ai envoyé une cassette avec San Francisco par la poste et je l'ai enregistrée, plus tard, en studio. La chanson a été reprise dans une version kabyle très politique par Brahim Izri et par Idir. Et, récemment, en soninké par Daby Touré. Ce dernier a appelé son père et son oncle au Sénégal [NDLR : les Touré Kunda] pour l'aider à traduire au plus près les paroles.»
PARACHUTISTE (1972)
« J'ai réfléchi à ce texte dans le métro en allant au ministère des Armées, où j'étais planton, après une brève carrière chez les parachutistes. À peine arrivé au bureau, j'ai couché mes notes sur du papier à en-tête du ministère. Joan Baez, que j'ai rencontrée en mai 1971, a découvert Parachutiste et l'a chanté quelques mois plus tard à la Fête de l'Humanité, en français, devant 400 000 personnes. Le retentissement a été incroyable. Parachutiste m'a fait du bien. Cette chanson m'a mis en relation avec le monde des objecteurs de conscience et des insoumis, dont je ne connaissais pas l'existence avant le service national. Hélas ! Il est devenu très vite obligatoire d'être contestataire dans ces années-là et, en concert, la chanson faisait basculer le spectacle vers le meeting politique. Je l'ai retirée de mon répertoire en 1976.»
LA VIE D'UN HOMME (1975)
« Un comité de soutien constitué autour de Pierre Goldman m'avait contacté pour donner un concert. Je trouvais l'idée obsolète, car, généralement, les organisateurs y perdaient leur chemise, et je leur ai proposé d'écrire plutôt une chanson et de reverser les droits à Pierre Goldman. J'ai demandé à René Backmann, grand reporter au Nouvel Observateur, de me raconter l'affaire Goldman, et la chanson a commencé à se forger dans ma tête. À l'époque, les médias étaient davantage bridés et les chanteurs avaient quelquefois une fonction de journaliste. Quand j'ai rencontré Pierre Goldman, à sa sortie de prison, je ne l'ai pas trouvé sympathique du tout.»
NÉ QUELQUE PART (1988)
« La menace de la loi Pasqua sur la réforme du Code de la nationalité planait sur les enfants nés en France de parents étrangers. Mon fils aîné, Philippe, était scolarisé dans une école publique spécialisée pour les petits qui avaient des difficultés avec le langage, elle était fréquentée par beaucoup de malentendants et d'étrangers. En regardant Philippe jouer avec le petit Francis, fils de boat people, j'ai pensé qu'ils étaient nés dans le même pays, mais n'avaient pas les mêmes droits, et cette première phrase a jailli : "Est-ce que les gens naissent égaux en droit ?" L'allitération était en or massif. Né quelque part a d'abord été une samba avant d'être transportée en rythmes africains. Les paroles en zoulou signifient : "Quand on a la tête violente, on l'a aussi confuse." L'idée d'utiliser le zoulou m'était venue après avoir vu Les dieux sont tombés sur la tête, qui connaissait alors un gros succès.»
LES CHEVAUX REBELLES (2000)
« Lors d'une soirée pour les droits de l'homme, j'entends : "Forestier, faut qu'on se voie ! J'ai envie de faire des chansons." C'était Jean-François Deniau. Il m'a donné Les Chevaux rebelles. Le texte, qui évoque les peuples en lutte, pointe "celui qui me connaît et détourne les yeux..." Car Jean-François avait traversé la frontière entre l'Iran et l'Afghanistan déguisé en Afghan et s'était fait arrêter par une patrouille russe. L'officier l'a d'abord regardé, puis il a détourné les yeux. Pour Deniau, cela signifiait soit "Je ne t'ai pas vu", soit "Je vais te tuer et je ne peux pas te regarder en face".»
RESTONS AMANTS (2008)
« Je reprends généralement sur mes live toutes les chansons que j'écris pour Julien Clerc. Le texte de Restons amants était du sur-mesure et, aujourd'hui, je peux raconter l'histoire. Julien était au début de son amour avec Hélène, sa compagne. Je croise Guillaume Durand et lui demande : "Comment va l'Ancêtre ?" [surnom de Julien Clerc]. "Il va d'hôtel borgne en hôtel borgne en enfonçant son bonnet jusqu'aux yeux pour ne pas être reconnu." J'ai pensé : "Voilà, c'est ainsi qu'il faut rester toute sa vie. Des amants."»
Maxime Le Forestier
" Je suis fasciné par le destin d'une chanson "
" Je suis fasciné par le destin d'une chanson "
À l'occasion de son passage aux Francofolies, Gilles Médioni l'a soumis à quelques questions.
Quelle est la pire chanson que vous avez écrite ?
— Il y en a beaucoup mais j'ai dû les oublier. Je me souviens d'un texte que Jacques Bedos m'avait fait écrire sur la 40e (symphonie) de Mozart. Et c'était particulièrement nul.
À quoi sert une chanson ?
— ... Quand elle est désarmée (il sourit). À tout et principalement à retenir le souvenir de nos émotions et à le fixer. Ce souvenir resurgit quand on ré-entend cette chanson.
Plutôt Beatles ou plutôt Rolling Stones ?
— Plutôt Beatles. J'ai usé leurs disques. Et je garde une intégrale vynile sous cellophane. J'ai repris en concert Julia et Imagine, de John Lennon, avec un très grand plaisir.
Recommandez-nous un air pour un tête-à-tête ?
— Un slow de chez slow, un ancien. Par exemple Only you. Ou Love me tender.
Et c'est garanti ? On emballe ?
— C'est jamais garanti.
Quelle chanson vous chantait votre grand-mère ?
— Le Temps des cerises. Je suis fasciné par le destin des chanson. Celle-ci est née sur les barricades, pendant la Commune, en 1870. Au fil du temps, c'est devenu une chanson d'amour et ma grand-mère l'entendait ainsi et me la chantait pour m'endormir. Lorsque je l'ai interprétée à la fin des années soixante-dix à la Fête de l'Humanité, Le Temps des cerises était de nouveau un chant révolutionnaire.
Et la question complémentaire : quelle est la maxime de Maxime ?
— "C'est pas grave". Philippe Lafontaine a constaté que dans ma famille, mon fils, ma sœur, mon frère et moi disions tout le temps cette phrase.
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