Kristian Bezuidenhout Éclairer Mozart
Le volume 2 de l'intégrale de Kristian Bezuidenhout de la musique de clavier de Mozart au piano-forte vient de paraître chez Harmonia Mundi : entretien.
Pour cette intégrale, vous semblez choisir une cohérence chronologique plus que la diversité stylistique.
— J'ai d'abord voulu commencer cette série, qui comprendra neuf disques, par les grandes pièces de la maturité, c'est-à-dire les sonates et les rondos composés à Vienne. Suivront des pages moins connues comme la Gigue en sol majeur, K.574. Il n'y a donc pas que les sonates, mais d'autres œuvres aux formes plus libres. Les rassembler par date permet de trouver des correspondances ou, au contraire, des ruptures. Mais dans ces premiers disques, il n'y a que des merveilles.
Le piano-forte peut-il alors enrichir la lecture de la musique ?
— Absolument. Et je le sais d'autant mieux que j'ai commencé par le piano moderne et ne suis venu que tardivement, vers dix-sept ans, aux claviers anciens quand j'étudiais à l'Eastman School of Music à l'université de Rochester, dans l'État de New York. C'est là que j'ai commencé à écouter des dizaines d'enregistrements de musique ancienne, à lire des revues spécialisées et des études historiques. J'ai travaillé avec des artistes comme le luthiste Paul O'Dette et le piano-fortiste Malcolm Bilson. Avec lui, j'ai appris à mieux comprendre les manuscrits, à mieux lire les partitions et à maîtriser les subtiles nuances d'articulation propres à la musique de Mozart. Elle paraît simple mais elle fourmille de détails qui en font tout le prix. La plupart du temps, ces informations disparaissent sous le legato continu et le beau son du piano moderne. Le piano-forte permet en revanche d'éclairer le texte de l'intérieur et d'en révéler les subtilités.
Sonates pour clavier K.330 et K.457 -
Rondos K. 485 et K. 511 - Adagio K. 540
Vous ne semblez pas obnubilé par les instruments historiques. Vous n'hésitez pas à recourir à des copies.
— Un piano de musée peut en effet se montrer épouvantable. Il ne faut pas avoir de règles. Il faut savoir écouter. Ce que je veux absolument éviter, c'est un son aseptisé, neutre et sans couleur.
Vous rappelez quelle puissance expressive Mozart peut atteindre alors qu'il part de modèles simples, de formes éprouvées.
— Il est beaucoup moins aventureux que Haydn qui n'hésite pas à utiliser des tonalités rares, à allonger ou raccourcir les phrases, à malmener la carrure classique. Mozart, en revanche, cherche à toujours à soigner le rythme et la mélodie, à mettre en valeur l'instrument. N'oublions pas qu'il joua en public toute sa vie et qu'il inventa le pianiste professionnel.
Vous jouez aussi des sonates avec violon ou des concertos de Mozart, et les romantiques. Vous avez ainsi accompagné Mark Padmore dans Les Amours du poète de Schumann paru chez Harmonia Mundi.
— En soliste, je travaille en effet, sur piano ancien, Schubert, Schumann, Chopin. Et des mélodies de Debussy, Ravel et Poulenc avec Carolyn Sampson. D'ici quelques années, j'envisage de pouvoir donner en concert le Concerto n° 1 de Brahms. Mais rien ne presse...
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