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« Haendel, c'est la voix ! »

Un disque Haendel ? Le chef italien Rinaldo Alessandrini justifie son détour par le Saxon, son crochet par Mozart puis son retour à Monteverdi ; et par la suite, il espère aborder la musique sacrée italienne.

PAR Bertrand Dermoncourt | DISCOGRAPHIE | 27 février 2009
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Classica


En quoi Haendel est un compositeur pour la voix ?
— Haendel est un compositeur essentiellement vocal. Sa formation s'est faite surtout au contact de la voix, en Allemagne et en Italie. Il a pu ainsi apprendre un vocabulaire syntaxique d'une richesse extraordinaire, certainement meilleur que celui de Bach, à qui il manquait la pratique des chanteurs d'opéra. Pour les chanteurs, Haendel apparaît donc comme plus facile que Bach, parce que c'est écrit par un compositeur qui connaissait la voix en profondeur, et en connaissait les possibles impacts sur scène. Il en découle cependant que les airs écrits pour les voix de castrat posent aujourd'hui des questions vraiment complexes, comme pour la durée des phrasés, puisque les castrats avaient des capacités physiques exceptionnelles dues à la transformation de leur personne.

Comment avez-vous composé votre programme ?
— Il a été en grande partie élaboré par Sandrine Piau. Mais j'ai pris les décisions définitives, en privilégiant la musique la moins connue. Le choix a été difficile, tant cette musique est toujours d'un niveau très élevé, même dans les airs apparemment plus simples. Cette année, nous avons par ailleurs aussi enregistré un autre récital avec Lorenzo Regazzo.

Vous avez également enregistré un disque d'Ouvertures de Mozart avec l'Orchestre de l'Opéra d'Oslo...
— Certaines ouvertures sont impossibles à enregistrer dans la mesure où elles s'enchaînent directement avec le début de l'acte I. Pour les ouvertures de Don Giovanni ou de L'Enlèvement, nous avons enregistré les versions de concert. Pour le reste, j'ai cherché à l'intérieur des opéras quelques morceaux qui valent par leur beauté ou par leur charme.

Que cherchait Mozart dans ses Ouvertures ? A-t-il évolué en la matière, et comment ?
— Son style se complexifie ici comme dans le reste de sa production. Avec les années, Mozart progresse dans le détail de l'articulation, dans la profondeur de l'inspiration mélodique et de l'élaboration harmonique et surtout dans l'orchestration qui devient extrêmement ciselée. Aucun de ses contemporains ne l'a égalé en matière d'orchestration.

Abordez-vous Mozart comme vous le faites avec des répertoires plus anciens ?
— Je ne crois en général pas aux musiciens visionnaires. Et Mozart, en particulier, ne regarde par vers le futur. Au mieux, il regarde son présent. Je ne crois pas que ceux qui jouaient sa musique oubliaient en deux minutes les pratiques d'exécution des décennies précédentes — sauf ce qui a trait aux modifications dans la conception des instruments. Si jouer Mozart comme s'il était un musicien du XIXe siècle serait grotesque, l'interpréter comme un musicien du XVIIIe siècle met en lumière ses intuitions et son génie propres, qui transcendent les habitudes de son époque.

Quels seront vos prochains disques ?
— Les deux Gloria de Vivaldi mais aussi son Armida. Ce projet est spécialement intéressant parce que l'acte II est manquant et qu'il a donc fallu procéder à sa reconstruction au moyen d'autres musiques de Vivaldi.

Entretien : Bertrand Dermoncourt (trad. : Eric Taver)

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