Diana Krall dans les coulisses de "Kisses on the Bottom"
Diana Krall a travaillé sur Kisses on the Bottom, le dernier album de Paul McCartney, qui reprend des standards de jazz américain. En exclusivité pour L'Express, elle en raconte les coulisses.
PAR Paola Genone |
DISCOGRAPHIE |
16 février 2012
Elle déteste parler. Ce qui n'est pas très pratique pour un entretien, qui plus est téléphonique. Diana Krall est aux Etats-Unis, dans sa maison perdue dans la campagne en compagnie de ses deux jumeaux. Et n'a pas vraiment l'esprit à la promo. Surprise : elle ne cache pas son enthousiasme d'avoir travaillé sur l'album de jazz de Paul McCartney avec l'aide d'Eric Clapton et de Stevie Wonder. Y a pire comme compagnons de voyage. Et, même au bout du fil, son plaisir s'entend.
Comment est née l'idée de cette rencontre entre l'ex-Beatle et vous, une chanteuse de jazz ?
— Paul rêvait d'un album de jazz depuis vingt ans. Nous avons le même producteur, Tommy LiPuma : il nous a mis en contact. Dès notre rencontre, le projet a pris forme. L'idée était de travailler avec Eric Clapton, Stevie Wonder et des musiciens de jazz. Mais chacun de nous devait incarner un rôle qu'il n'avait jamais joué. Résultat : Paul chante du jazz et ne touche à aucun instrument, Stevie Wonder et moi ne chantons pas ; il joue de l'harmonica, je suis au piano.
Les standards américains de ce disque sont aussi beaux que peu connus. Qui les a choisis ?
— Mr McCartney. Il adore des auteurs célèbres comme Cole Porter, mais ce qu'il voulait surtout, c'était reprendre les chansons de jazz que lui faisait écouter son père à Liverpool. Il se trouve que, parmi ces morceaux, qu'il pensait être le seul à connaître, plusieurs étaient des chansons que mon grand-père adorait et avec lesquelles j'ai grandi. Paul m'a aussi dit que ces standards ont inspiré plusieurs titres qu'il a écrits avec John Lennon. Par exemple, Home (When Shadows Fall), que Paul a interprété avec les Quarrymen, puis les Beatles, entre 1957 et 1960.
Sur Kisses on the Bottom, vous jouez, vous composez les arrangements, et on y retrouve les musiciens qui vous accompagnent depuis toujours. Finalement, qui était le patron ?
— Personne. Chacun a apporté son bagage. J'ai voulu des musiciens éclectiques. Ils ont tous joué avec des artistes aussi différents que Betty Carter, Erykkah Badu, Joni Mitchell ou Herbie Hancock. Paul m'a aussi donné la possibilité de me confronter à un guitariste extraordinaire, Eric Clapton. Je l'adore, il est encore plus autiste que moi ! Nous avions tous un langage commun et les arrangements sont venus naturellement. Je les ai écrits en direct : la plupart des morceaux de cet album ont été enregistrés en une ou deux prises.
Sur cet album, la voix de Paul McCartney est presque méconnaissable...
— Elle est différente, c'est vrai. Sur ce disque, elle a quelque chose de vulnérable, de féminin, de brisé. Elle semble sortir d'un vinyle des années 1940. Paul chantait dans un micro qui avait été utilisé par Nat King Cole. Je jouais et j'avais des frissons en écoutant cette mélancolie, cette fragilité. Et puis, sur certains morceaux, comme My Valentine, qu'il a composé pour le disque, sa voix devenait blues, puissante comme celle d'un crooner. Il me disait ne pas être certain de savoir improviser : ce n'est pas vrai. Il a retourné ces chansons dans tous les sens.
Paul McCartney est donc un jazzman ?
— Il est Paul McCartney : un musicien qui a toujours composé des morceaux aux structures complexes. À l'époque des Beatles, il a influencé de nombreux jazzmen : Duke Ellington, Count Basie — qui a repris Michelle et Help ! — ou Ella Fitzgerald, dont l'interprétation de Something in the Way She Moves est sublime. Moi aussi, j'avais enregistré For No One, de Paul McCartney, sur mon dernier album, Quiet Nights. Qui aurait imaginé qu'un jour je l'accompagnerais au piano ?
Propos recueillis par Paola Genone
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