Andrew Litton : le jardinier comblé
À la tête de l'Orchestre Philharmonique de Bergen, en Norvège, le chef américain Andrew Litton s'est distingué dans Stravinski. Il s'exprime ici sur ses choix interprétatifs et sa collaboration avec l'orchestre norvégien.
Votre dernier enregistrement, consacré à Stravinsky, impressionne par son mélange de bonne humeur et d'exubérance. Quelle est votre recette ?
— Nous avons fréquemment donné en concert Le Sacre du printemps, et il est probable que notre enregistrement reflète cette empathie avec cette partition. Pour moi, Le Sacre, comme la version originale de Petrouchka, qui est encore plus jeune, est de la musique romantique... On oublie le contexte où sont nées ces deux pièces : un romantisme auquel se superpose une sauvagerie passionnée. En même temps, c'est totalement différent de ce qui s'écrivait alors, dans une période de grands bouleversements esthétiques.
Comment ressentez-vous Le Sacre du printemps et Petrouchka ?
— En mai dernier, alors que je dirigeais l'Orchestre national de Lille dans la 3e Symphonie de Beethoven, je me suis senti dans le même état qu'avec Le Sacre. Je suis sûr que les premiers auditeurs de l'Héroïque ont eu la même réaction que ceux qui découvraient Le Sacre ! Ils s'attendaient à écouter du Mozart et se sont retrouvés face à l'orchestre de Beethoven, fulminant et tempétueux. Pour Petrouchka, les indications sur la partition et les interprétations de Stravinsky lui-même m'ont permis de constater qu'un certain nombre de mes confrères ne jouent pas ce qui est écrit. Moi, je voulais revenir à l'original et respecter les indications de la partition de 1911.
Quelles sont vos relations avec l'Orchestre philharmonique de Bergen ?
— Très cordiales puisque mon contrat de chef d'orchestre et directeur artistique vient d'être reconduit jusqu'en 2015, ce qui coïncidera avec le deux cent cinquantième anniversaire de cet orchestre, qui se trouve être — on ne le sait pas beaucoup — l'une des plus anciennes formations symphoniques du monde. Il aurait été dommage de rater cette date !
Comment se sont passés vos débuts avec la formation ?
— J'ai dirigé cet orchestre en fait dès 1987 — je commençais ma carrière de chef. Je me souviens d'ailleurs qu'à la veille de diriger, je me suis réveillé en pleine nuit en train de me demander ce que je faisais là. Le matin, je me suis réveillé avec un soleil rayonnant et je me suis dit : "Pas mal !" Je me suis rendu en salle de répétition et, croyez-moi, le son de l'orchestre était d'une telle qualité que j'en fus stupéfait. Franchement, je m'attendais à tout sauf à ça ! J'ai aussitôt été très lié à cette formation. Au début, je ne souhaitais pas devenir son directeur, étant attaché à l'Orchestre de Dallas, aux États-Unis, et ayant des enfants en bas âge, mais j'ai fini par accepter en 2003, et nous ne le regrettons pas. C'est comme une plante qui ne cesserait de se développer et dont je serais... l'une des fleurs !
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