Alice Sara Ott : " Je suis mon instinct "
La jeune pianiste Alice Sara Ott, déjà remarquée en France pour son disque Chopin, se lance dans Beethoven : un "CHOC".
Comment avez-vous découvert la musique ?
— L’un des premiers souvenirs de mon enfance, vers trois ans, est un récital de piano. J’ai tenté de convaincre mes parents que je voulais faire la même chose que la personne sur scène. Cela a pris du temps, il a fallu que je bataille. On m’a fait essayer la danse, mais je n’étais vraiment pas douée !
Vous avez étudié en Allemagne et en Autriche. Avez-vous été influencée par une école spécifique ?
— Je n’en ai pas eu conscience. Mon premier professeur était hongrois et il ne m’a jamais imposé d’exercices fastidieux de gammes. En revanche, dès cinq ou six ans, je jouais toutes les Inventions de Bach et, plus tard, Le Clavier bien tempéré. Mon éducation musicale s’est faite avec Bach. On ne peut pas dissocier l’apprentissage technique de celui de la musique pure. Je pense que les écoles se démarquent les unes des autres par une technique et une virtuosité spécifiques. Mais la partition prime sur toute autre considération. La vérité est derrière les notes et pas dans une tradition, aussi belle soit-elle.
Qu’est-ce qui vous séduit dans les deux sonates de Beethoven que vous venez d’enregistrer : la violence des sentiments, le caractère expérimental de leur écriture ?
— Elles synthétisent en effet ces deux aspects de l’écriture et de la personnalité de Beethoven. La première est l’expression de la jeunesse, d’une énergie inassouvie, et la seconde, au caractère dépressif, date de l’époque du «Testament d’Heiligenstadt».
Joueriez-vous ces partitions sur piano-forte ?
— J’ai eu la chance de jouer sur le piano-forte de Beethoven dans sa maison à Bonn. J’ai découvert un instrument avec des pédales et surtout
des effets de cloches turques que personne n’utilise ! Ce fut une belle expérience. Mais je ne crois pas qu’on puisse aller au-delà d’un enrichissement musicologique personnel. Nous vivons au XXIe siècle : les chefs-d’œuvre sont composés pour l’éternité et non pas pour des
instruments qui appartiennent au passé.
Y a-t-il des œuvres de Beethoven pour lesquelles vous ne vous sentez pas encore prête ?
— Les dernières sonates, la Hammerklavier, peut-être…Mais, en vérité, je ne suis pas une adepte des intégrales. Je n’imagine pas jouer les trente-deux sonates en concert.
Quels sont vos projets discographiques ?
— Un récital avec les Variations sur un menuet de Duport de Mozart, la Sonate en ré majeur de Schubert et Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski : une curieuse combinaison ! L’œuvre
de Moussorgski m’intéresse d’autant plus que je peins — en amateur —, surtout des portraits et des caricatures. La signification des Tableaux d’une exposition est aussi politique. L’œuvre décrit une certaine Russie que l’on pouvait écouter sans risquer la censure tsariste. La version pour piano me paraît plus violente et révélatrice
que l’orchestration. Enfin j’ai programmé les Variations Goldberg de Bach. Dans tous les cas, je suis mon instinct !
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