
Une mémoire à deux vitesses
Du premier oublié on ne pardonne peut-être pas une musique exclusivement destinée au plaisir, une notion qui n'est évidemment plus du tout dans l'air du temps. Le compositeur mansois laisse plus de deux cents œuvres, parmi lesquelles de nombreux opéras (La Princesse de Clèves), des ballets, de la musique de chambre pour des ensembles très divers et de la musique concertante, dont un Concertino pour piano (1932) qui l'a en quelque sorte lancé. L'Allemagne, le Japon et les Etats-Unis le fêtent alors que la France le boude durablement.
Quant à Igor Markevitch, sa silhouette longiligne et son regard d'aigle dévoré d'intelligence ont traversé une bonne partie du siècle. Comme Mahler ou Richard Strauss, auxquels on le comparait parfois, il était également compositeur (il n'avait pas 20 ans lorsque Diaghilev lui commanda un ballet), activité qu'il abandonna malheureusement presque totalement quand son aura de chef-d'orchestre international prit le dessus. Héritier d'une brillante lignée de princes serbes, Markevitch a dirigé avec autorité et fermeté de nombreux orchestres de toute la planète. Son art était précis, coloré, passionné, mais dépourvu de sentimentalité égotique. Il laisse une abondante discographie, notamment avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin, mais surtout, témoin de sa grande activité dans notre pays, avec l'Orchestre National et l'Orchestre Lamoureux dont il était titulaire de 1957 à 1961 et avec lequel il a réalisé d'inoubliables enregistrements pour la Deutsche Grammophon et pour Philips.
Il y a bien sûr les Concertos en ut mineur et en ré mineur de Mozart avec Clara Haskil, mais aussi la Symphonie Fantastique et La Damnation de Faust de Berlioz, une très étonnante 4e Symphonie de Brahms, rare incursion au disque d'un orchestre français en ce domaine et pas mal de musique russe.
A défaut de véritables rééditions, Qobuz a largement de quoi rendre hommage à ces deux personnalités oubliées par la nécrologie officielle.



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