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Verdi, l'audace et la paresse

Alain Duault est allé à Marseille (Aïda le 30 novembre 2008) et à Milan (Don Carlo le 14 décembre 2008) en quête du Verdi idéal.
L'a-t-il trouvé ?

PAR Alain Duault | CRITIQUES | 3 février 2009
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Classica

Verdi est exigeant. Non seulement parce qu'il nécessite une réflexion scénique véritable pour lui donner son activité, mais parce qu'il impose un niveau de distribution vocale qui ne se satisfait pas de la seule « moyenne ». De ce point de vue, on sera surpris des réponses que peuvent donner deux théâtres aux moyens aussi différents que l'Opéra de Marseille et la Scala de Milan.

À Marseille, avec Aïda, Charles Roubaud et son équipe montrent qu'on peut échapper à la fatalité du péplum made in Luxor, qu'on peut imaginer un Triomphe sans clinquant mais soulevé pourtant par une vérité moderne avec juste quelques signes — un mur où le peuple vient lire le récit de la victoire comme sur le journal lumineux de Times Square... mais en hiéroglyphes ; des projections de statues, de bas-reliefs, de défilés, le tout habillé par des éclairages subtils. Et surtout une vraie direction d'acteurs, portée par des interprètes de haut vol, en particulier le couple Aïda-Amneris interprété par Adina Aaron et Béatrice Uria Monzon : très belles et crédibles, elles forment un duo d'une rare noblesse. Et leurs performances vocales les situent au plus haut niveau de l'expression verdienne : la soprano américaine, au timbre prenant, à l'aigu facile et coloré, s'affirme comme une des plus grandes Aïda d'aujourd'hui ; et notre grande mezzo française, pour sa prise de rôle en Amneris, confirme que la lyrique italienne convient idéalement à sa plastique vocale. Son timbre doré, sensuel, la palette de couleurs, et de nuances dans les couleurs, de sa voix, tout montre qu'Amneris est un rôle qu'elle a eu raison d'ajouter à son autre rôle verdien, Eboli... en attendant les suivants. Le reste de la distribution est honorable, à l'exception du Radamès de Walter Fraccaro, au timbre ingrat, au chant sans aucun charme et au charisme de congélateur.
Nader Abassi dirige avec intensité et sobriété, dans l'esprit de ce spectacle qui montre qu'on peut aujourd'hui réussir un grand Verdi.

 Force est de constater que le plaisir n'est pas le même à la Scala avec Don Carlo. Dans un décor minimaliste habillé de lumières froides, en contradiction avec des costumes somptueux, dans l'esprit de Zurbarán, la mise en scène de Stéphane Braunschweig, qui nous a habitués à mieux, est un peu paresseuse, sans choix spécifique, sans tension. Et l'on se prend à songer avec nostalgie à l'extraordinaire réalisation de Luca Ronconi ici même il y a trente ans ! Vocalement, les bonheurs sont tout aussi inégaux : le rôle-titre, tenu par Stuart Neill, gros scarabée sans le moindre charme, est affligé de problèmes d'émission qui nuisent à son legato. Le Philippe II de Matti Salminen montre en revanche qu'une belle technique peut pallier l'usure d'un timbre. Le Posa de Thomas Johannes Mayer fait meilleur effet : timbre, style, engagement, tout donne au rôle sa dimension profonde et complexe. Positive aussi est la confirmation que la jeune Micaela Carosi est bien un des grands sopranos verdiens de la nouvelle génération (on l'avait découverte l'an dernier à... Marseille !) : le timbre est charnu, sensuel, le tempérament scénique est affirmé et son «Tu che le vanità » est un des beaux moments du spectacle. On n'en dira pas autant d'Anna Smirnova, médiocre Eboli.
La direction de Daniele Gatti apporte, elle, de vrais bonheurs : mariant le sens du détail instrumental au souffle théâtral, soulignant la dimension introspective sans sacrifier l'épique, il offre une lecture de ce Don Carlo qui donne envie de l'y réentendre — avec un autre cast et dans un autre spectacle.

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