De fait, même si l’équipe féminine est harmonieuse, la diva russe est l’unique personnalité d’une représentation plaisante mais sans impact.
Alan Held est terne dans les emplois sataniques, mais surtout l’absence d’un Hoffmann d’envergure plombe le spectacle. Sans démériter,
Joseph Calleja est pâle. Le Canadien
David Pomeroy, du moins plus engagé, le remplace lors de la dernière où
James Levine est de retour au pupitre, donnant à la partition rythme, panache et délicatesse. Mais on est frustré par la version adoptée par le maestro qui ne s’est pas cassé la tête en reprenant ses choix de Salzbourg 1981 : version Choudens saupoudrée d’Oeser. Plus décorative que dramatique, la production de
Bartlett Sher incorpore habilement la chorégraphie. Rien d’original pourtant, pas même les scènes de nudité pseudo-orgiaques chez la courtisane !
Plus convaincante est la
Carmen signée
Richard Eyre. En homme de théâtre, il impose un véritable concept dramatique avec une efficace direction d’acteurs. Un imposant décor modifiable et tournant détermine astucieusement les lieux de l’action. Si Eyre situe le drame dans l’Espagne franquiste "pour suggérer des normes sexuelles plus répressives et un État militaire plus oppressif", il évite toute politisation hors sujet : personnelle mais classique, suffisamment spectaculaire, sa lecture préserve une certaine intimité.
Le spectacle est porté par un quatuor exemplaire sous la direction épatante de
Yannick Nézet-Séguin pour ses débuts au Met. On est plus réservé sur le choix de la version avec récitatifs de Guiraud, même si elle peut se justifier par de futures reprises avec des chanteurs non francophones. Ici, en tout cas, l’articulation de
Roberto Alagna est inégalable.
Barbara Frittoli est une Micaela volontaire et sans mièvrerie,
Mariusz Kwiecien porte l’habit de lumière avec une sidérante authenticité. Trois mois après Covent Garden,
Elina Garanca confirme qu’une Carmen authentique est née : jeune, belle, sensuelle, enjôleuse mais fière, sincère et sans une once de vulgarité. Elle forme avec Alagna, dont le José généreux, ardent et poignant reste une leçon de chant français, un couple idéal, irrésistible.
Les Contes d’Hoffmann de Offenbach
les 26 décembre 2009 et 2 janvier 2010
Carmen de Bizet le 31 décembre 2009
(Metropolitan Opera de New York)