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Une Carmen irrésistible

Pour les fêtes, le Met de New York affichait ses deux nouvelles productions, dont une Carmen aux interprètes inégalables.

PAR Monique Barichella | CRITIQUES | 5 février 2010
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Classica

New York, fin décembre : d'ultimes Contes d'Hoffmann alternent avec les premières d'une Carmen très attendue malgré l'annulation de Angela Gheorghiu qui devait aborder le rôle-titre lors de la Saint-Sylvestre au côté de Roberto Alagna.

Les deux spectacles ont subi divers avatars de casting. Ainsi, à l'origine, dans Les Contes, Anna Netrebko avait envisagé la totalité des rôles féminins. Rolando Villazon, lui, était programmé en Hoffmann, Elina Garanca en Muse, René Pape endossant les rôles diaboliques. D'un plateau de rêve ne subsiste au final que Netrebko en Antonia et Stella !

De fait, même si l'équipe féminine est harmonieuse, la diva russe est l'unique personnalité d'une représentation plaisante mais sans impact. Alan Held est terne dans les emplois sataniques, mais surtout l'absence d'un Hoffmann d'envergure plombe le spectacle. Sans démériter, Joseph Calleja est pâle. Le Canadien David Pomeroy, du moins plus engagé, le remplace lors de la dernière où James Levine est de retour au pupitre, donnant à la partition rythme, panache et délicatesse. Mais on est frustré par la version adoptée par le maestro qui ne s'est pas cassé la tête en reprenant ses choix de Salzbourg 1981 : version Choudens saupoudrée d'Oeser. Plus décorative que dramatique, la production de Bartlett Sher incorpore habilement la chorégraphie. Rien d'original pourtant, pas même les scènes de nudité pseudo-orgiaques chez la courtisane !

Plus convaincante est la Carmen signée Richard Eyre. En homme de théâtre, il impose un véritable concept dramatique avec une efficace direction d'acteurs. Un imposant décor modifiable et tournant détermine astucieusement les lieux de l'action. Si Eyre situe le drame dans l'Espagne franquiste "pour suggérer des normes sexuelles plus répressives et un État militaire plus oppressif", il évite toute politisation hors sujet : personnelle mais classique, suffisamment spectaculaire, sa lecture préserve une certaine intimité.

Le spectacle est porté par un quatuor exemplaire sous la direction épatante de Yannick Nézet-Séguin pour ses débuts au Met. On est plus réservé sur le choix de la version avec récitatifs de Guiraud, même si elle peut se justifier par de futures reprises avec des chanteurs non francophones. Ici, en tout cas, l'articulation de Roberto Alagna est inégalable. Barbara Frittoli est une Micaela volontaire et sans mièvrerie, Mariusz Kwiecien porte l'habit de lumière avec une sidérante authenticité. Trois mois après Covent Garden, Elina Garanca confirme qu'une Carmen authentique est née : jeune, belle, sensuelle, enjôleuse mais fière, sincère et sans une once de vulgarité. Elle forme avec Alagna, dont le José généreux, ardent et poignant reste une leçon de chant français, un couple idéal, irrésistible.

Les Contes d'Hoffmann de Offenbach
les 26 décembre 2009 et 2 janvier 2010
Carmen de Bizet le 31 décembre 2009
(Metropolitan Opera de New York)

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