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Tous pour Dutilleux !

Un mois de concerts parisiens dominés par Le temps l'horloge, la dernière création de Henri Dutilleux, ovationnée et bissée par le public du Théâtre des Champs-Élysées le 7 mai dernier.

PAR Jacques Doucelin | CRITIQUES | 8 juin 2009
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Classica

D'emblée, Jiri Belohlávek place la baguette très haut à la tête de ses musiciens de la BBC (TCE, 21/04) avec 4 Interludes marins de Britten d'une beauté frémissante où l'élégance le dispute à la sauvagerie du vent. La Neuvième de Dvorák conclut la soirée sur les sommets après les Quatre Derniers Lieder de Strauss fort bien chantés par une Karita Mattila plus vaillante que nuancée.

On attendait Tilson-Thomas, c'est Eivind Gullberg Jensen qui monte au pupitre de l'Orchestre de Paris pour une Cinquième de Chostakovitch d'anthologie (Pleyel, 22/04). Ce jeune Viking confirme la domination actuelle de l'école scandinave de direction d'orchestre : geste large, respiration naturelle, aisance dénuée d'ostentation. Le Concerto n° 1 de Tchaïkovski en est quelque peu sacrifié avec un premier mouvement chaotique où chacun partait de son côté : l'excellent soliste Vladimir Feltsman réussit à tirer son épingle du jeu avant de trouver l'équilibre avec ses partenaires.

Les cordes du National sont à l'honneur avec les Hongrois que dirige son nouveau patron Daniele Gatti (TCE, 23/04). Il affirme bien la parenté entre les Ramifications de Ligeti et la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók : sage et didactique comme le Concerto n° 2 de Brahms pour terminer, avec Emanuel Ax au clavier.

Morne soirée que celle de l'Orchestre de Montréal et de son chef Kent Nagano (Pleyel, 28.04). Après deux Nocturnes de Debussy archiplats et un Orchestral Theater I très dans l'air du temps de Tan Dun, Le Chant de la terre de Mahler déçoit par absence de style et faiblesse de certains pupitres.

L'événement musical vient avec la création mondiale de la version complète du Temps l'Horloge, dernière œuvre d'Henri Dutilleux (TCE, 07/05). Quatre textes signés Jean Tardieu pour les deux premiers, Desnos et Baudelaire pour les deux derniers sont confiés à la flamboyante Renée Fleming et au grand Seiji Ozawa à la tête de l'Orchestre National de France. À 93 ans, le compositeur français vivant le plus joué dans le monde n'a rien perdu de sa veine créatrice : on ne sait qu'admirer le plus, du parfait équilibre entre la voix soliste et l'orchestre ou de l'invention sans cesse renouvelée des alliages de timbres en fonction des poèmes. Amateur des chiffres impairs, Henri Dutilleux a pris soin de faire précéder le dernier texte, Enivrez-vous de Baudelaire, d'un bref Interlude orchestral confié aux violoncelles et au clavecin. Ovation du public : l'œuvre doit être bissée par les interprètes. Nul ne peut rester insensible à cette poignante méditation sur la fuite inexorable du temps. La création est subtilement enchâssée dans deux œuvres repères choisies par Seiji Ozawa : Ma Mère l'Oye de Ravel et la Suite tirée du Roméo et Juliette de Berlioz...
Dutilleux fait un bis la semaine suivante avec son Mystère de l'instant (voir la version de Yan Pascal Tortelier / CD3) dirigé par le nouveau conseiller artistique de l'Ensemble orchestral de Paris, le violoniste Joseph Swensen (TCE, 12/05) : bel effort des musiciens. Ils le prolongent pour accompagner leur magnifique supersoliste Deborah Nemtanu dans une bondissante Symphonie espagnole de Lalo : un début de collaboration plus qu'encourageant qu'il faudra suivre.

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