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"Onéguine" : les cœurs broyés

Eugène Onéguine de Tchaïkovski à l'Opéra de Lille (janvier 2010). Dina Kuznetsova, Tatiana absolue.

PAR Philippe Venturini | CRITIQUES | 5 février 2010
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Classica

Dans ce nouvel Onéguine lillois, les titulaires des principaux rôles ont la chance d'avoir l'âge de leur rôle et d'en appréhender les dimensions. Le baryton norvégien Audun Iversen compose un Onéguine dont le cynisme et la sécheresse ne dissimulent qu'à moitié une profonde douleur. À l'opposé, le Lenski de Sergeï Romanovsky, ténor à la voix légère mais stylée, ne vit que dans l'émotion de l'instant, au gré d'une passion souveraine. De même l'Olga insouciante et mutine de Louise Poole contraste-t-elle avec la Tatiana absolue de Dina Kuznetsova, impressionnante d'engagement dramatique (sa façon d'occuper seule l'espace dans la scène de la lettre) et vocal, merveille de sensibilité, de musicalité.

Les sœurs Olga (Louise Poole) et Tatiana (Dina Kuznetsova)
Le chef Pascal Verrot aurait sans doute pu faire davantage rougeoyer les flammes de la passion ; il préfère entretenir les braises d'un feu intérieur. Jean-Yves Ruf évite lui aussi les grands effets de scène, les décors envahissants et colorés pour mieux ausculter le coeur des personnages. S'il refuse la glaciale radiographie en noir et blanc (douces lumières de Christian Dubet, élégants costumes modernes de Claudia Jenatsch), il émet un diagnostic infaillible et signale avec une pénétrante acuité l'état de chacun comme l'issue fatale du drame.

Eugène Onéguine de Piotr Ilyitch Tchaïkovski à l'Opéra de Lille, le 12 janvier 2010

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