Ndidi O, un souffle jazz, soul et folk
La chanteuse soul, jazz et folk Ndidi O est en concert parisien au Musée de la Fédération Française de Tennis à Roland Garros le 16 décembre. RETIREZ VOS PLACES AVEC QOBUZ EN ÉCRIVANT A : places@qobuz.com.
Vendredi 16 décembre, la chanteuse Ndidi O se produira à 21h, au Musée de la Fédération Française de Tennis à Roland Garros, 2 avenue Gordon Bennett, dans le 16e arrondissement.
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Ndidi Onukwulu, ou plutôt Ndidi O, sera épaulée par Vincent Martinez à la guitare, Maria-Antonia Mazza à la basse et Lawrence Clais à la batterie. Ndidi O, c’est une voix qui chante le blues comme le ferait un gamin des rues… Légèrement rauque, tout en nuances et en sensibilité. Une voix aussi à l’aise dans le jazz que la soul, passant du folk à la chanson et à la country, pouvant même pousser jusqu’au style cabaret, toujours avec le même naturel. Une voix douce et puissante à la fois, capable d’exprimer les émotions les plus fortes…
Ndidi signifie patience… Et Onukwulu peut se traduire par douce voix, en inuit, l’une des premières nations du pays où la chanteuse a grandi, le Canada, mais aussi par « celui qui raconte des histoires » en ibo, l’ethnie de son père. Ce dernier, originaire du Nigeria, batteur de jazz et d’afrobeat, Ndidi O l’a peu connu. Elle a vécu un temps avec sa mère, venue d’Allemagne et fan des grandes voix de l’autre Amérique, celles qui vont la biberonner, de Leadbelly à Chuck Berry, en passant par Tina Turner, Donna Summer, Bessie Smith, Billie Holiday, à laquelle son grain de voix légèrement rauque fait songer naturellement…
Cette jeune métisse va ainsi vite se distinguer par un don naturel, pour les chansons sombres, comme Goodbye My Friend, qu’elle entonne gamine lors d’un concours de chant. A l’époque, Ndidi O va tâter de la trompette, six ans durant, avant de tailler sa plume pour y tremper ses idées. « J’étais dans les livres, dans le théâtre, dans les histoires du cinéma. J’étais plus happée par les mots que les notes. » C’est ainsi que l’ado adorait lire l’Encyclopedia Britannica, épluchée lettre par lettre ! Côté musique, où elle se montrait plus distraite, c’était plutôt du classique, mais aussi Off The Wall de Michael Jackson, Led Zep ou encore Black Sabbath ! Ndidi O commence donc au stylo, avant de prendre le micro…
C’est à New York, où elle déménage en 1998 que sa remarquable voix se démarque. Tout d’abord lors des soirées open mic qui abondent en ville, où son timbre provoque un choc dans l’assistance. Elle écrit alors pour des rappeurs, tout en étant draguée par des producteurs qui veulent l’embringuer dans la tendance R&B. En 2001, Ndidi O retraverse la frontière, dépitée mais confortée dans sa destinée, pour s’installer à Toronto.
Après avoir déjà vécu pas mal de galères, la jeune femme va connaître la misère. Pas amère, elle se forge ainsi un caractère. Une force que Ndidi O va éprouver dans les souterrains de la gloire, à travers différents projets où elle cherche sa voie. Un projet electro avec un pianiste minimaliste classique, où elle décline « des chansons sur la condition humaine avec une musique très légère », un collectif de hip hop indie electro Stop, Die, Resuscitate avec lequel elle signe un disque au succès d’estime, et puis un duo avec le guitariste malgache Slim, avec lequel elle révise les classiques du blues – John Lee Hooker et Robert Johnson – tout en peaufinant encore et toujours ses chansons…
Indéfinissable. Irréductible à style. Ndidi O peaufine le sien, chante ses maux et compose ses mélodies. Ce sera No I Never, un album fait maison en 2006 avec son ami de l’époque, Sam Goldberg. Le début d’une reconnaissance, pour celle qui commence à prendre la guitare. Deux ans plus tard, elle signe paroles et musique de son deuxième recueil, The Contradictor, titre qui décrit une partie d’elle-même, à l’époque susceptible de changer d’avis sur le champ. Capable de tout et son contraire, elle valorise cette naturelle ambiguïté pour aborder à sa manière toute singulière tous les registres. Des confessions les plus intimes aux inflexions les plus universelles, du blues au cabaret, du folk au rock, de la soul au jazz, ses chansons exorcisent les peurs d’une enfance malmenée, la native de Colombie Britannique y poursuit les fantômes qui peuplent ses nuits. Cet album va lui faire traverser l’Atlantique, augmenté de quelques titres et rebaptisé Move Together lors de sa sortie européenne en 2009. Paris découvre cette voix qui a un rien de Shirley Bassey, entre les lignes. C’est le début d’une autre vie pour celle qui a grandi au pays des grizzlys…
Deux ans plus tard, la voilà de retour avec un troisième album où elle parle d’elle à travers les autres, d’une vie rude qui ne l’a guère épargnée. Ndidi O a beaucoup galéré, pas mal voyagé, avant de se retrouver telle qu’en elle même, avant d’y arriver, là, face à ce café de sa nouvelle ville d’adoption, Paris. Elle y place les balises pour creuser pour de bon son sillon. « Trois décennies à bouger dans tous les sens, il était temps de me trouver. C’est la première fois que c’est vraiment moi. Ce disque correspond plus à qui je suis sur scène, plus rock que folk, à mon histoire personnelle. » Voilà comment comprendre le titre, The Escape, comme une projection vers le futur, et non une réaction au passé. Plus question de fuir.
Ce dernier disque est comme la transition entre deux vies, entre deux villes, comme il a été écrit entre Vancouver et Paris. Ou plus précisément entre Britannica Beach, la petite ville à une heure de Vancouver où Ndidi O vivait face à l’océan, et la Normandie, où elle passera de longues plages recueillie face à la mer. Sur cet album, elle joue même de la guitare et du piano, signe surtout l’essentiel des arrangements et du répertoire, paroles et musique.
Des bouts de conversations glanées au hasard de la vie, des idées nées au détour du vécu, Ndidi O affirme et affine un style de narration ancré dans le quotidien, sa principale source d’inspiration. « J’observe comment mon monde intérieur se mélange au monde extérieur. » C’est ainsi qu’elle griffonne un premier jet sur son carnet, qu’elle esquisse très vite une mélodie sur sa guitare ou son piano. A la manière des storyboards, cette trame est la matière première qu’elle laisse reposer et mâturer, avant de la fignoler dans son jardin secret. Face aux vagues qui nourrissent le vague à l’âme de cet esprit nomade.
Enregistré en six jours au studio Black Box d’Angers, cet album bénéficie de la présence de Craig Street, aux manettes. C’est avec ce producteur qui a fait le bonheur d’autres voix, de Cassandra Wilson à Norah Jones, que Ndidi O va composer le casting à la hauteur de ses ambitions, des équipiers aux cv qui en disent long…
Le bassiste et guitariste Chris Bruce (Jeff Beck, Robbie Williams, Me’Shell Ndegéocello, Aimee Mann, Lizz Wright, Bob Dylan, Seal), le guitariste (mandoline et piano) Kevin Breit (Norah Jones, k.d. lang, Cassandra Wilson, Molly Johnson, Lou Reed, Ani DeFranco), le batteur et percussionniste Earl Harvin (Air, Jeff Beck, Robbie Williams, Seal, Tindersticks), en constituent la base. Tous ont en commun une faculté à transcender les querelles de chapelles musicales, des facilités pour aborder la variété des registres en y apportant une identité spécifique. Tous œuvrent pour ce son, unique, mais où résonnent toutes les musiques, que souligne le mix de Joe Barresi, connu pour avoir travaillé avec les Melvins ou Queens Of the Stone Age…
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