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Vagn Holmboe, le Danois à découvrir

Le label Da Capo publie un double album, rétrospective passionnante de l’œuvre du Danois Vagn Holmboe, et un parfait reflet des nombreuses et diverses préoccupations esthétiques du compositeur.

PAR lascar | COMPOSITEUR | 24 août 2009
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Né au Danemark en 1909, Vagn Holmboe composa près de deux cent œuvres, dont treize symphonies, trois symphonies de chambre, quatre symphonies pour cordes, vingt quatuors ou encore un opéra. Dès les années quarante, après plusieurs années passées à l’étranger, il devient l’une des figures de proue de la nouvelle musique danoise, succédant ainsi à Nielsen. Les amateurs de musique nordique, et plus généralement, les amoureux des grands univers stylistiques du XXe siècle, se doivent de découvrir l’univers envoûtant d’Holmboe, empreint d’un néoclassicisme plein d’une vitalité toute nordique… portrait d’un homme à la quête de la pureté originelle…

La musique de VAGN HOLMBOE

Vagn Holmboe
The Key Masterpieces
Prélude "To the Seagulls and the Cormorants", op. 174 n° 6 - Concerto de chambre n° 2 pour flûte, cordes & percussion, op. 20 - Trio avec piano, op. 129 "Nuigen" - Symphonie n° 1, op. 73a - Sonate pour violoncelle seul, op. 101 - Quatuor à cordes n° 4, op. 63 - Requiem pour Nietzsche, op. 84

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Une véritable fusion entre la pensée et la nature, voilà comment l’on pourrait tenter de définir la musique de Vagn Holmboe en quelques mots ; une musique concentrée et logique, mais qui ne peut en aucun cas être réduite à un simple exercice intellectuel. Car elle présente d’innombrables caractéristiques purement organiques : elle bourgeonne, croît, fleurit et se referme tel un organisme vivant ; elle se développe selon une série de métamorphoses décrivant le parcours du soleil dans le ciel nordique.

Cette confluence entre nature infinie, exubérante, et la sobre retenue des humeurs du compositeur confère à la musique de Holmboe une sorte de dualité propre : ascèse et liberté, ou bien comme il le formule lui-même, « extase maîtrisée ». Voilà une vision de la création certes très pondérée et mesurée, mais constamment en état d’émerveillement.

En 1925, Holboe fut admis à l’Académie royale de musique de Copenhague dans la classe de Carl Nielsen en personne : le maître l’écouta jouer du piano et du violon, et parcourut quelques-unes de ses compositions de jeunesse. Les années d’apprentissage le plongèrent dans le langage classique et l’art de la polyphonie, parfaitement en accord avec le principe de la « nouvelle objectivité » alors en vogue. Toutefois, cette assise classique fut quelque peu ébranlée au cours des années 33 et 34, lorsque Holmboe se rendit en Europe de l’Est pour y étudier la musique folklorique des bergers et des Tziganes. Le but final de son voyage était le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, mais Holmboe contracta le typhus et dut se faire soigner en Roumanie. Un moindre mal, en quelque sorte, puisqu’en plus de la musique des Balkans, il y fit connaissance de la pianiste Meta Graf qui allait devenir son épouse.

La musique des Balkans imprima sur Holmboe une profonde trace. Son collègue Svend Erik Tarp, lui-même plutôt influencé par la musique française d’alors, observa « Nous adorons tous les rythmes folkloriques roumains de la région de Horsens » [Horsens étant une ville tout à fait danoise de la péninsule du Jutland]. Cela dit, Holmboe n’échangea pas réellement une culture contre une autre : il était attiré en premier lieu par l’expressivité de la musique d’Europe Centrale, plutôt que par son style et son langage propre. « L’émotion et l’immédiateté, le sentiment et l’expression absolument claire, voilà qui m’intéressait grandement. Il y a quelque chose de fondamental, d’élémentaire dans cette musique », se rappelait-il sur ses vieux jours.

Ce sont donc ces thèmes carrés et simples qui caractérisent ses œuvres à partir des années 30, en particulier sa considérable série de concertos de chambre – en d’autres termes, des concertos pour instrument solo accompagné par un orchestre de chambre – écrits entre 1939 et 1956.

Le Concerto de chambre n°2 de 1940 met en scène deux solistes, flûte et violon, en face d’un orchestre de cordes et percussion. Il s’agit là d’une œuvre bouillonnante, énergique, où apparaît d’entrée la juxtaposition d’éléments rythmiques dansants, villageois, et de phrases solistes subtilement entrelacées.

Après qu’il eut achevé sa série de concertos de chambre, Holmboe se lança dans un étonnant projet, quasiment sous la forme d’une métamorphose continue : les quatre Sinfonias pour cordes. On peut les considérer comme des concertos de chambre sans soliste, puissamment concentrés et maîtrisés ; ils représentent en quelque sorte la « quatrième voie » majeure de Holmboe, en plus de la forme du concerto, de la symphonie et du quatuor à cordes. La Sinfonia n° 1 de 1957 fait preuve d’une remarquable pureté, sans une note superflue ou déplacée dans le discours – un discours articulé en deux parties, absolument rigoureuses d’architecture.

Une fois achevées les quatre sinfonias, Holmboe prit conscience qu’elles pouvaient former, une fois rassemblées (quand bien même dans un ordre différent de la chronologie), une œuvre unique et cohérente, à laquelle il donna le titre de Chairos, le mot grec signifiant « moment » dans la dimension psychologique, non-linéaire : le temps de l’occasion opportune.

À la fin de sa vie, Holmboe s’attela une dernière fois à créer une nouvelle série d’œuvres indépendantes, les extraordinaires Préludes, des poèmes symphoniques entièrement tournés vers la nature. Non seulement sont-ils réellement descriptifs, mais le compositeur les a consacrés à des entités naturelles spécifiques, comme une sorte de musique « écologique » devant laquelle l’homme n’a d’autre choix que de se retirer, soumis à la beauté des arbres et de la vie dans les airs et les eaux.

Le sixième de ces Préludes, Pour les mouettes et les cormorans (1987), décrit à la fois les oiseaux eux-mêmes ainsi que leur élément, à savoir l’eau. Le flot des cordes s’écoule doucement à mesure que l’auditeur est soulevé par le vol des mouettes et des cormorans, dépeints par les instruments à vent, plus particulièrement les bois. Un creuset bruissant de vie, dans lequel la nature joue de toutes les formes possibles et imaginables, fluides et changeantes, selon sa propre liberté.

S’il est un modèle auquel Holmboe se référa toute sa vie, ce fut bien Haydn ; adossé à ce référent, il écrivit vingt quatuors à cordes ainsi que le Quartetto Sereno , sans numéro d’opus, laissé inachevé à sa mort. C’est donc son élève le plus renommé, Per Nørgård – à qui Holmboe avait dédié son Quatrième Quatuor quelque quarante ans auparavant –, qui termina l’ouvrage.

Sans doute la forme du quatuor à cordes était-elle, pour Holmboe, le choix le plus évident et organique pour son esprit ascétique ; le discours semble en jaillir naturellement, tandis que les constantes recherches polyphoniques y trouvent un terrain de développement propice à mille et une métamorphoses. « On peut dire sans se tromper que mon premier Quatuor à cordes (1949) marque une sorte de tournant ou, du moins, un point de départ pour une nouvelle évolution. J’y étais certes préparé, mais d’une certaine manière, la musique se libéra d’elle-même », se rappelait Holmboe peut avant sa disparition.

Avec sa série de quatuors, Holmboe se place d’emblée parmi les compositeurs du XXe les plus productifs dans le genre : écrits au cours de presque un demi-siècle, ils peuvent aisément se comparer à ceux de Chostakovitch, en termes de continuité dans développement. Le Quatrième Quatuor à cordes (1954) souligne avec brio la puissance, la rigueur et la force naturelle du compositeur dans cette forme. L’œuvre se présente, dans sa construction, comme une métamorphose à partir d’une Sonate pour violon solo inachevée à laquelle Holmboe avait travaillé quelques temps auparavant.

De manière générale, la musique de chambre représente pour Holmboe l’un des éléments fondateurs de sa force créatrice. On lui doit plus d’une centaine de pièces de musique de chambre, et sous l’impulsion d’innombrables solistes, il devait écrire des œuvres pour toute sorte d’effectifs. L’impressionnante Sonate pour violoncelle solo (1969) soutient largement la comparaison avec celle de Kodály, qui marqua en son temps un tournant décisif dans cette forme rare. C’est là l’une des œuvres de Holmboe les plus exigeantes vis à vis du soliste, autant en termes de conduite dramatique que sous l’aspect purement virtuose.

Nuigen (1976) est le second trio avec piano de Holmboe, d’où son titre quelque peu mystérieux (« À nouveau »). Composé une vingtaine d’années après le Premier Trio, il permet de découvrir l’art de Holmboe à extraire la quintessence de la musique folklorique. Les trois mouvements principaux, avec leurs thèmes initiaux obstinés, sont mis en relief par deux intermezzi qui, de par leur style s’apparentant à la musique sacrée, semblent autant de réflexions philosophiques.

Rarement, très rarement, ce musicien doux, et affable s’aventura dans des œuvres du genre monumental, dans lesquelles la puissance de la forme semble emporter tout sur son passage. C’est le cas de l’exceptionnel oratorio Requiem pour Nietzsche (1963-64), une œuvre « complète » très différente de ses quatuors ou ses concertos dans lesquels il préférait explorer de nouvelles voies plutôt que de se déchaîner. Le style « tous-azimuts » du Requiem en fait l’une des œuvres les plus amples, puissantes et ambitieuses de Holmboe.

Il s’agit ici d’un portrait de Nietzsche, construit sur les sonnets du poète danois Thorkild Bjørnvig qui dépeint ici la progression dramatique du philosophe, allant de ses conceptions les plus profondes jusqu’à sa folie la plus absolue. Bien qu’écrit sous la forme d’un oratorio, l’ouvrage évite soigneusement le pastiche baroque ; Holmboe préfère recourir à des effets passionnés et surprenants, ce que souligne l’orchestration sophistiquée et la recherche dramatique musicale. Cela dit, il ne recourt jamais au moindre cabotinage, et les effets en question ne sont que la manifestation sonore jaillissant de l’évidence du texte. En aucun cas ne pourrait-on mettre en doute l’absolue sincérité du compositeur.

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur Da Capo Records (Référence : 822610102)
Traduction : © Qobuz

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