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PAR Nicolas d'Estienne d'Orves | MON ŒIL | 17 novembre 2008
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Classica

Johann Sebastian Bach plaît aux cinéastes exigeants. On se rappelle les admirables mais très austères Chroniques d'Anna Magdalena Bach de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Avec Die Stille vor Bach (« Le Silence avant Bach »), le cinéaste catalan Pere Portabella (né en 1927) va encore plus loin : il déconstruit toute narration pour composer un film fondamentalement musical. D'emblée, le spectateur est dérouté.



Sortie le 19 novembre 2008

La première scène montre un Pianola sur roulettes qui erre dans une galerie d'art en jouant le thème et la première variation des Goldberg. Scène suivante, changement de registre : deux routiers espagnols dissertent sur les valeurs de l'art musical, avant que l'un d'eux ne joue à l'harmonica la deuxième des variations (non, ce n'est pas du Jean Yanne !). Nouveau changement : venant de prendre ses quartiers à l'église Saint-Thomas de Leipzig, Bach donne à l'un de ses fils quelques conseils pour toucher l'âme par le clavecin. Sans transition, un Allemand de 2007 se déguise en Cantor pour faire visiter Leipzig à des touristes. L'instant d'après, Mendelssohn découvre la partition autographe de la Saint Matthieu enveloppant le rôti d'un boucher jovial... et ça continue, ça continue.

On le voit, ce film ne cherche pas à donner une vision cursive. Il ne tente même pas de « raconter » Bach. Mieux, il nous le fait ressentir. Voici un film qui s'adresse directement à nos sens, sans flatter nos penchants cartésiens pour les histoires suivies et les développements logiques. La musique fait naître une liberté implicite qui unit ces scènes (parlera-t-on de sketches ?) les unes aux autres, avec une fluidité magistrale. On gardera longtemps en mémoire ce travelling arrière dans une rame de métro allemand, entièrement occupée par des violoncellistes qui jouent à l'unisson le prélude de la Suite BWV 1007. Sous son apparente trivialité, cette scène touche au sublime en ce que le cinéaste n'a pas cherché à la couper du réel mais à l'y intégrer.

Nulle bande-son trafiquée, mais un son direct, où les bruits du métro se mêlent à la musique de Bach en un vertigineux contrepoint. Car il est bien ici question de contrepoint, de trames entremêlées, de mélange des genres, des styles, des arts, avec un constant souci d'harmonie. Ce film s'apparenterait presque à un manifeste esthétique tant il conjugue les moyens d'expressions et les idées qu'ils impliquent. Bref : le contraire d'une perte de temps.

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Votre avis

Publié par bachmaniac (1 message) il y a plus de 3 ans
Je suis allé voir le film et j'ai trouvé ça très beau et très inspiré. Je ne sais pas à quel point le réalisateur est interessé par Bach, mais l'ambiance est magnifique

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