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La quête du violon
Vivaldi à nouveau à l'honneur

Le violoniste Daniel Hope ou l'art de jouer le répertoire contemporain et... Vivaldi.

PAR Stéphane Friédérich | DISCOGRAPHIE | 16 octobre 2008
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Classica

Comment vous est venue l'idée de ce disque ?
— Je voulais montrer que l'on peut jouer autre chose que les Quatre Saisons. Ces quatre concertos sont certes superbes, mais il y a bien d'autres œuvres instrumentales à découvrir chez Vivaldi. Ce disque est une sorte de kaléidoscope qui présente quelques-unes des facettes de ce génie dont je joue la musique depuis l'âge de 5 ans. Pour moi, il fut un inventeur au service de l'émotion. Sa manière de s'exprimer me bouleverse. En quelques lignes et avec peu d'écriture, il offre des possibilités sonores illimitées. L'une des œuvres de l'album, « La tempesta di mare », est une description presque littéraire, « shakespearienne » de la mer.


Vivaldi
Concertos pour violon
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Le fait d'interpréter beaucoup de musique contemporaine favorise-t-il une meilleure compréhension du répertoire vivaldien ?
— Jouer ou créer des pièces contemporaines contraint l'interprète à inventer une infinité de possibilités sonores. Vous testez les contrastes les plus extrêmes jusqu'à trouver votre propre voie. La musique d'aujourd'hui n'a aucune limite auditive : exactement comme celle de Vivaldi ! Ce musicien possédait déjà l'étonnante faculté de transgresser les règles de son époque. Lorsque vous êtes dans cet état d'esprit de transgression vis-à-vis de la notion de style, vous passez le plus naturellement d'un concerto de Vivaldi à une partition de Thomas Adès ou de Schnittke. D'ailleurs, dans les Concerti grossi de Schnittke, il faut jouer avec aussi peu de vibrato que dans Bach ou Vivaldi !

Quelle serait alors votre définition de la modernité ?
— L'idée de modernité transgresse le temps. Un violoniste utilise souvent un instrument de l'époque de Vivaldi pour jouer la musique d'aujourd'hui. Peut-il faire abstraction des timbres, des couleurs de l'univers baroque ? Depuis quelques années, nous avons appris à mélanger sans complexe les esthétiques sans renier les travaux exploratoires du passé. À l'inverse, il est nécessaire de connaître parfaitement les différents styles et de ne plus nous enfermer dans une approche qui privilégierait des écoles du violon — souvent des écoles nationales — qui ont disparu au fil du XXe siècle.

Vous évoquez la nécessité pour l'interprète d'explorer le son. Quelles seraient alors les limites de l'improvisation ?
— Du temps de Vivaldi, l'improvisation était une forme d'expression aussi importante que l'écriture. Cet espace « blanc » laissé à la discrétion de l'interprète et que l'on retrouve dans les cadences libres chez Mozart, par exemple, était l'apanage des compositeurs : ils étaient les meilleurs interprètes de leurs propres œuvres ! Par conséquent, nous devons connaître les traités et les méthodes des XVIIe et XVIIIe siècles, mais aussi réaliser des compromis avec les savoirs de notre époque. Pour ce disque, j'ai donc fait appel aux cordes « modernes » de l'Orchestre de chambre d'Europe, mais avec un continuo baroque. Cela étant, je ne pense pas que le plus important soit l'authenticité. Yehudi Menuhin, avec qui j'ai joué de nombreuses pièces baroques et classiques comme les Concertos pour violon de Bach, estimait que le style d'une œuvre était dans la tête de l'interprète et non dans le choix de ses instruments !

Quels sont vos projets discographiques ?
— J'ai déjà gravé une vingtaine de disques dont les deux tiers sont consacrés à la musique du XXe siècle. Depuis quelque temps, je me passionne pour les origines du violon. Je souhaite revenir aux sources de cet instrument venu d'Orient. Cette quête du « premier » violon est devenue pour moi un véritable credo. Je ne sais pas encore de quelle manière cette quête se révélera au disque.

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