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Alice Ader se colle à Bach
Une relecture de l'Art de la fugue au piano

La pianiste nous donne les clefs de cette interprétation mesurée pour Fuga Libera.

PAR Franck Mallet | DISCOGRAPHIE | 30 octobre 2008
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Classica

Après le XXe siècle, un retour à Bach ?
— Mon premier amour, c'était Bach. En fait, j'ai été élevée au « biberon » Bach avec mon premier professeur de piano. Je ne faisais que cela. Ensuite, au Conservatoire, ce fut une autre histoire... Puis, l'abandon total : beaucoup de musique romantique, Messiaen, Debussy, et le répertoire contemporain, qui me passionne toujours autant, bien sûr. En un sens, la musique contemporaine rejoint L'Art de la fugue : dans l'exigence de lire une partition, la décortiquer, etc. Mais pourquoi ce retour à Bach ? C'est en fait l'histoire d'une rencontre avec un objet, posé sur le bureau de mon compagnon : une petite partition sur quatre portées. Mon premier disque aussi, consacré à Benda, provenait d'un coup de foudre pour une édition particulière, ancienne et très belle, que j'avais vue à la Bibliothèque nationale. Ensuite, j'ai acheté l'édition moderne et ça ne m'a pas parlé du tout ! D'ailleurs, si j'avais disposé de L'Art de la fugue dans l'édition Henle, je ne sais pas si je l'aurais enregistré. Curieux, non ? En fait je n'allais pas bien du tout à l'époque — il y a une vingtaine d'années — et je ne pouvais jouer que cette musique. Je ne pensais pas à une exécution en concert, je la travaillais pour moi, comme une nourriture quotidienne, un travail de concentration. Après, j'ai pensé que ce serait intéressant de la monter, puis j'ai abandonné cette idée, pour me lancer dans la musique de chambre, la création d'un ensemble : je faisais beaucoup de musique contemporaine. Mais l'idée me trottait dans la tête.



Bach : L'Art de la fugue
(2 CD / Fuga Libera)

Alice Ader en concert
le 14 novembre à 20h30
au Temple Saint Marcel à Paris (Ve)


Quand êtes-vous revenue à cette partition ?
— Il y a deux-trois ans, lorsque j'ai arrêté l'Ensemble Ader, qui me prenait trop de temps, et dont l'organisation se révélait trop fastidieuse, j'ai réalisé que c'était le bon moment. Je n'avais pas totalement arrêté mes activités annexes, la musique de chambre, les récitals, mais j'ai de nouveau intégré cette partition, que j'ai mémorisée entièrement.

Pourquoi l'enregistrer en concert ?
— C'est une longue histoire ! D'abord, j'ai souhaité que l'on réalise ce disque ici, dans mon studio. Mais l'enregistrement ne m'a pas plu ; ce n'était pas la qualité de la prise de son, ni la direction artistique, mais il s'est passé quelque chose avec la pièce que je ne m'explique pas encore totalement : la clarté des voix — l'un des aspects les plus importants dans cette œuvre — me paraissait gommée. Mais nous étions allés jusqu'au bout, jusqu'au montage, avec cette partition que je considère comme fondamentale, à l'instar des Vingt Regardsde Messiaen. Il m'était insupportable que cela ne soit pas parfait. C'était trop compliqué de retourner en studio et, du coup, j'ai préféré tenter de l'enregistrer en concert. J'étais plutôt contente à la réécoute et, disons que sur une heure quarante-cinq de l'œuvre, il y aurait éventuellement un quart d'heure que j'aurais refait, dans le cas d'un enregistrement en studio. L'un dans l'autre, il y a l'émotion du live qui compense ce quart d'heure que j'aurais réenregistré avec des mouvements plus allants. Peut-être dans dix ans... Mais c'est toujours une grande souffrance de réécouter un disque. On se dit : « Tiens, j'aurais pu faire ça plutôt de cette manière... Tiens, pourquoi ai-je attendu cette note ? » [rires]. Il s'est passé la même chose pour les Debussy enregistrés pour MusiFrance et Pianovox. Je ne supportais pas de les réécouter. Maintenant, je les trouve beaux, mais il m'a fallu dix ans ! Sur le moment, on a une vision si précise de ce que l'on veut faire...

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Votre avis

Publié par vandyck (1 message) il y a plus de 3 ans
C'est effectivement un disque magnifique, dont on parle trop peu à mon goût.

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