Raretés lyriques
Mélodies et lieder, chœurs et extraits d’opérette pour amateurs confirmés.
Aribert Reimann (né en 1936) est notamment connu comme l’auteur d’un Roi Lear, enregistré par Fischer-Dieskau. Dans ses lieder avec orchestre, il semble appliquer un sérialisme strict. Mais Reimann échappe à la sécheresse de l’école de Darmstadt grâce à un traitement original du rythme et à une connaissance très approfondie de la voix, qu’il a tirée de sa longue expérience d’accompagnateur. On note aussi une étonnante réhabilitation de la vocalise. Au départ réticente, l’oreille se laisse vite happer par ces œuvres à la puissance incantatoire presque hypnotique. L’interprétation est excellente : le baryton Yaron Windmüller déploie une aisance étonnante, et l’accompagnement de l’orchestre de Sarrebruck, dirigé par Günther Herbig, est irréprochable. A conseiller aux mélomanes qui se croient allergiques à la musique contemporaine (Naxos 8570199, 2004, 55’, note 8. Téléchargez le produit en ligne).
Le label « Musique en Wallonie » poursuit son exploration du répertoire belge avec des mélodies de Poldowski, pseudonyme employé par Régine Wieniawski (1879-1932), fille de l’illustre violoniste. Sa musique aurait mérité mieux que l’oubli dans lequel elle est aujourd’hui tombée. L’ambiance est typique de la belle époque de la musique franco-belge : raffinement et insouciance. Mais cela ne signifie pas superficialité : la musicienne traduit à merveille l’ambiance de chacun des textes, et ses notes sonnent très bien en situation. L’exercice était pourtant périlleux, tant les poèmes de Verlaine sont souvent autosuffisants au niveau musical. L’interprétation est de qualité : Elise Gabële, si son timbre est parfois un peu acide dans les aigus, est engagée et dotée d’une diction irréprochable. Un disque sans doute pas indispensable, mais agréable (Musique en Wallonie MEW 0741, 2006, 66’, note 7).
CPO poursuit patiemment son travail d’édition complète des lieder de Carl Loewe. Voici le volume 21 (!), et le compositeur reste fidèle à lui-même : rien ici qui pèse ou qui pose, une musique bien écrite, agréable, fluide, juste sombre ce qu’il faut quand il faut, dont l’écoute s’apparente à un long fleuve tranquille. L’interprétation est de qualité : le jeune baryton danois Morten Ernst Lassen a bien pénétré l’esprit de ces œuvres et il le restitue avec beaucoup de naturel et une excellente santé vocale. L’accompagnement de Cord Garben est parfait, tout au plus regrette-t-on parfois que certaines parties de piano n’aient pas été un peu plus fouillées (CPO 9999792, 2003, 67’, note 7).
Avouons notre légère déception à l’écoute des chœurs a cappella de Robert Schumann, tels que nous les livre l’ensemble Aquarius chez Naxos. En dehors des pièces de l’Opus 67, écrites sur des textes de Goethe, rien n’est vraiment essentiel dans cette musique. Il semble que, privé du soutien du piano ou de l’orchestre, l’inspiration de Schumann faiblisse quelque peu. Et pourtant, il savait écrire pour chœur : les sublimes Scènes de Faust en témoignent à suffisance. Ceci étant dit, il n’y a ici rien de mauvais, mais on se situe juste un niveau en dessous de ce à quoi le compositeur nous a habitués. L’interprétation de l’ensemble Aquarius, dirigé par Marc Michael De Smet, est soignée et très professionnelle. Tout juste notera-t-on un léger manque d’homogénéité dans les aigus et une tendance à une certaine froideur. Pas indispensable (Naxos 8570456, 2006, 72’, note 6. Téléchargez le produit en ligne).
Si vous souhaitez découvrir la toute première opérette écrite par Franz Lehár, Wiener Frauen, CPO en propose de larges extraits. Il s’agit d’une première mondiale au disque. Mais il n’y a pas vraiment urgence pour le discophile à acquérir cet enregistrement. Les amateurs du genre y trouveront les standards de l’opérette viennoise après la mort de Johann Strauss : bluettes et romances à profusion, toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Interprétation honnête, au sein de laquelle il faut signaler la jolie voix de ténor de Thomas Dewald. En complément de programme, deux ouvertures nous montrent quel grand compositeur Lehár serait devenu s’il n’avait trop souvent cédé à cette écœurante facilité (CPO 999 326-2, 2003-2005, 59’, note 5).
La firme suédoise Bis poursuit son enregistrement de l’intégrale des lieder d’Edvard Grieg. Et, à nouveau, il faut bien constater que l’inspiration du compositeur norvégien est bien inégale lorsqu’il s’agit d’écrire pour voix et piano. Si l’Opus 18 contient quelques pages intéressantes, notamment un très beau Tempêtes d’automne, les cahiers des Opus 58 et 59 sont faibles, voire d’une platitude indigne d’un nom aussi célèbre que celui de Grieg. L’interprétation n’aide pas à rehausser la qualité de l’ensemble : Monica Groop, qui a été une merveilleuse Zerlina dans le Don Giovanni de Georg Solti, n’a plus qu’un timbre prématurément usé à offrir. On note aussi un aigu problématique. Le vibrato s’insinue partout, et ce n’est pas l’accompagnement mécanique de Roger Vignoles qui sauvera l’entreprise. Un disque décevant (Bis CD1657, 2006, 62’, note 4).
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