ROBERT SCHUMANN
Sonates pour violon et piano n° 1 et n° 2 - Romances op. 94
St
Ligia Digital Lidi030218408 (Harmonia Mundi). 2006. 62'
NOUVEAUTE
Prise de son naturelle mais lointaine.

Après de décevants duos de Mozart, Stéphanie-Marie Degand s'empare de Schumann avec davantage de succès. On reste toujours un peu circonspect devant la mise en valeur par l'éditeur « d'instruments d'époque », tout d'abord parce que le piano Steinway utilisé ici, aussi magnifique soit-il et quelle que soit son histoire (racontée dans la pochette), date de 1883 ; ni la marque (créée en 1853...) ni la date n'ont donc de rapport direct avec Schumann. Quant au violon, il date de 1756, et même si le montage est « romantique », le jeu de la violoniste est tout ce qu'il y a de moderne. Comment faire de la communication avec presque rien...
Mais revenons à Schumann. La violoniste s'engage pleinement dans la musique du compositeur allemand et ne ménage pas son énergie. Les attaques sont franches, le bras tonique, l'archet percutant. Sélectionnant des tempos rapides, elle privilégie la grande phrase et la conduite des lignes sinueuses, en un geste al fresco. Elle sait parfaitement appréhender l'écriture fulgurante de l'instant, propre au compositeur, tout en mettant en valeur le sentiment de confession improvisée permanente. Ces qualités sont le gage d'une interprétation globalement réussie de ces œuvres qui échappent trop souvent aux violonistes. Néanmoins, quelques réserves s'imposent. La première est le déséquilibre entre la violoniste très présente et le pianiste trop discret, notamment dans la Sonate n° 2 op. 121 : contrairement à la « petite » Sonate op. 105 très classique de facture (mais défendue ici comme une grande, peut-être même un peu trop), il s'agit pour l'Opus 121 d'un véritable duo quasi concertant, dans lequel les deux instruments dialoguent d'égal à égal et se complètent. Or, ici, le piano est trop relégué au second plan, et le violon assume seul l'effervescence contenue dans les trois mouvements rapides. La seconde réserve concerne la sonorité du violon : si l'engagement est bon, c'est parfois au détriment de la qualité sonore, par moments trop aigre, mais aussi d'une palette de timbres assez réduite. Les multiples personnalités contenues dans la musique de Schumann mériteraient une variété de sonorités plus grande.
Stéphanie-Marie Degand et Olivier Peyrebrune ne déméritent donc pas dans ces œuvres difficiles, bien au contraire. Ils sont juste dépassés par des musiciens au talent plus grand, en premier lieu Kremer/Argerich (DG) mais aussi Schwarzberg/Leschenko (Avanti) ou Landgraf/Koch (Genuin), ces derniers véritablement sur instruments d'époque...
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