Cyril SCOTT : Concerto pour violoncelle et orchestre. Symphonie n° 1
Paul Watkins (violoncelle), BBC Philharmonic, Martyn Brabbins
Chandos CHAN10452 (Abeille). 2007. 58'
NOUVEAUTE_PREMIERE
Prise de son tr

Dandy raffiné et excentrique disciple à l'orée du siècle du poète symboliste allemand Stefan George, et lui-même poète de talent, mystique en relation avec un maître hindou du XVIIIe siècle, hygiéniste adepte des médecines naturelles (et auteur de plusieurs livres dans ce domaine) : Scott est une personnalité d'exception, et cette série d'œuvres orchestrales de Chandos, dont voici le volume IV, le place d'emblée au premier rang des « grands romantiques anglais ».
Le Concerto pour violoncelle soutient la comparaison avec les meilleures pages de Frank Bridge ou de John Ireland. Clapotis de harpes, carillons du célesta ou ornementations baroques stylisées du piano, Scott tire de l'orchestre des effets suprêmement raffinés que Ravel lui-même n'aurait pas désavoués. Cette magie sonore n'est jamais gratuite. Comme dans le très voisin concerto de Delius, l'instrument soliste s'avère une prima donna dont l'expressif bel canto s'exalte en des fusées de lyrisme.
Ailleurs une texture frémissante, fragmentée et pointilliste se résout en un poudroiement d'embruns et esquisse l'une de ces marines impressionnistes dont Debussy semble avoir légué l'exclusivité à Scott. Une notoire propension pour le mode II, l'utilisation de valeurs rythmiques ajoutées ou retranchées : comme notre Florent Schmitt, Scott fait la jonction entre Claude de France et Messiaen. Cette page maîtresse écrite pour la grande violoncelliste Beatrice Harrison, une amie de Delius, n'avait jamais été jouée : plus que d'une première discographique, Chandos nous gratifie donc d'une première, au plein sens du terme.
La Symphonie n° 1 écrite à 20 ans est dédiée à George. Elle n'a été jouée qu'une fois, en 1900, à Darmstadt. Ses lignes spacieuses et sa topographie savamment calculée témoignent d'une science précoce, tandis qu'une grâce juvénile dont la séduction avoisine parfois la musique légère (on pense à André Messager, à Sullivan ou même à Massenet) évoque la fringante, exubérante et romantique silhouette du jeune protégé de Stefan George.
Comme d'ordinaire, Brabbins s'avère un éloquent avocat de ces pages oubliées. On regrettera seulement un CD un peu court (58'). Les deux Passacailles sur des thèmes irlandais (1912), considérées par l'auteur comme l'une de ses meilleures pages d'orchestre, auraient pu fournir un complément bien calibré (12') : une raison supplémentaire pour Chandos de ne s'en point tenir là, et de nous gratifier, l'an prochain, d'un volume V.
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