LAMENTI
Œuvres de Cavalli, Monteverdi, Strozzi, Landi, Carissimi, Cesti
Patrizia Ciofi, Natalie Dessay, V
Virgin Classics 23692923 (EMI). 2008. 64'
NOUVEAUTE
Magnifique rendu, moelleux du continuo.

Fort du succès critique d'un précédent « Monteverdi + guests », Emmanuelle Haïm récidive avec un luxueux plateau de stars, dont aucune n'est inattendue dans le chant baroque. Ce nouveau CD est entièrement consacré au «lamento», un genre dont la noblesse émotionnelle a déjà séduit d'autres chanteurs dans leurs disques en solo, Anna Caterina Antonacci, Sara Mingardo ou Anne Sofie von Otter. En ces temps de disette discographique, un projet éditorial aussi volontariste et original ne peut être, sur le principe, que salué.
Qu'en est-il à l'écoute du disque ? Vive, théâtrale, mais sans exagération, la direction d'Emmanuelle Haïm allie légèreté, rondeur et limpidité. Mais, côté voix, à trop jouer le casting de luxe, le résultat s'avère forcément inégal. Il commence par un coup de soleil : les deux interventions de Villazón, au début et à la fin du CD, sont d'authentiques grands moments. Une passion inouïe habite chaque note. La beauté du timbre et l'implication de l'interprète rendent bouleversant le «Lasso in vivo» de L'Egisto qu'on est frustré d'entendre se terminer si vite. Ce répertoire lui convient étonnamment, bien mieux selon nous que son Rodolfo de La Bohème... Le «Lamento della ninfa», tube monteverdien, par contre, était-il vraiment nécessaire ? Surenregistré, sa présence ressemblerait presque à de la démagogie. Mais, pour les fans de la diva, le plaisir sera exquis d'y découvrir Natalie Dessay confrontée à un des rares «tubes» du répertoire baroque, avec son habituelle pureté instrumentale. Plus opportun peut-être s'avère «L'Eraclito amoroso» de Barbara Strozzi par un Jaroussky fort à son aise dans ce déploiement de pathétique vocal. À la Signora Strozzi, qui composa en son temps une déploration sur la mort de Cinq-Mars, répond le tout aussi politique Lamento sur la mort de Marie Stuart de Carissimi, la découverte musicale du CD, et que réussit pleinement Patrizia Ciofi, merveilleusement fragile dans cette incarnation d'une héroïne qu'elle pratique plus souvent dans ses atours belcantistes. Si l'art de tragédienne de Véronique Gens lui permet l'une des meilleures Arianna jamais gravées, sa consœur Joyce DiDonato répond par un «Addio Roma» racé mais froid, ce que n'est à aucun moment la vibrante Marie-Nicole Lemieux dans La Didone de Cavalli.
Les barytons-basses complètent la palette vocale sans vraiment convaincre. Quel dommage ! Leur présence aurait même tendance à anesthésier une écoute trop électrisée par Villazón. En plaçant d'emblée la barre si haut, l'étoile mexicaine fait pâlir les dix autres...
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