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Jean Guillou

SCHUMANN : Six fugues sur le nom de B.A.C.H. - Six pièces en forme de canon - Quatre Esquisses - BRAHMS : Deux Préludes et Fugues

PAR David Loison | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 30 septembre 2008
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Classica

NOUVEAUTE      

Splendide palette sonore de Jean Guillou,
restituée avec éclat par la prise de son

Philips 4800986 (Universal). 2008. 72'
9


« LE VOYAGE À NAPLES » : Improvisations sur l'orgue
du conservatoire San Pietro a Majella
de Naples

Philips 4800987 (Universal). 2008. 67'
NOUVEAUTE STEREO DDD Admirable de couleurs et de vitalité.
8
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LISZT : Fantaisie et fugue sur B.A.C.H. - Fantaisie « Ad
Nos » - Prometheus - Orpheus

Philips 4800988 (Universal). 2008. 66'
NOUVEAUTE STEREO DDD Admirable de couleurs et de vitalité.
7
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Quand Guillou tutoie les étoiles


Avec l'orgue de Jean Guillou, l'anodin rejoint l'étrange, le pittoresque une certaine sauvagerie, l'humanité enfin, la force brute de la nature.


Des trois disques que Jean Guillou, celui consacré aux pièces pour orgue ou piano-pédalier de Schumann, complétées des Préludes et Fugues de Brahms est le plus intéressant. Le style de Jean Guillou n'est plus à décrire : phrasés très marqués, une registration inventive qui accorde aux anches une place de choix, allège les fonds, enfin évite les tutti trop massifs. L'interprète trouve dans ses meilleures réalisations (l'intégrale Franck par exemple) un juste compromis entre la fidélité au texte et une réinterprétation de l'œuvre. Œuvres adaptées écrites pour le piano à pédalier, les pièces de Schumann, par leur situation aux frontières du répertoire, offrent à l'interprète un vaste champ d'interprétations dont Guillou se saisit avec délice. Le paradoxe consiste à transformer ces pages bâties sur un contrepoint serré, parfois abstrait (le Bach de la dernière période reste le grand modèle) en de grands instants lyriques. Les Fugues sur le nom de B.A.C.H. chantent sous les doigts de l'interprète grâce à une personnalisation admirable des voix. Les Canons sont l'occasion de dialogues lyriques usant de larges rubatos. L'interprète donne à cette complexité contrapuntique une rare spontanéité. Et lorsque Guillou aborde les Esquisses, pages à l'écriture plus verticale, l'orgue abandonne le registre lyrique pour celui du final symphonique. Si l'auditeur accepte d'entrer dans un jeu qui s'autorise quelques décalages (parfois irritants) entre les voix, il sera envoûté par cette interprétation parfaitement aboutie dans son propos. Actuellement difficiles d'accès, les interprétations plus classiques d'Olivier Latry (SDV-Sony) et de Philippe Lefebvre (FY) restituent un souffle d'ensemble profondément romantique, loin de l'approche de détail adoptée par Jean Guillou. À côté de Schumann, les deux Préludes et fugues de Brahms complètent à raison la figure d'un Bach revisité par le romantisme. Le jeu de Jean Guillou s'épanouit dans ces pièces au style brillant, tel une fête réjouissante que nous ne bouderons certainement pas.

Dans un programme comprenant la Fantaisie et fugue sur B.A.C.H. et la Fantaisie « Ad Nos », Jean Guillou s'attaque à Liszt plus qu'il ne le sert. L'interprète impose une registration qui rompt bien souvent le mouvement lisztien. Le disque intéressera les passionnés de l'organiste dont la maîtrise des claviers demeure hors du commun et ceux curieux d'entendre une transcription de Prometheus, poème symphonique de seconde importance.

Alors que s'achèvent trois jours d'enregistrements sur l'orgue du conservatoire San Pietro a Majella dont il a dirigé la construction, Jean Guillou nous livre sous forme d'improvisations ses impressions d'un voyage à Naples. Le disque a le charme désuet de la lettre de voyage : écrite au fil de la plume mais en tout point éloignée de la carte postale informative. Il s'étend sur les choses vues et entendues, rassemble au fil des notes images et impressions. Qu'évoquent ces notes jetées ? Explicitement des chansons populaires qui alimentent la plupart des improvisations. Implicitement, mais avec autant d'acuité, la lumière qui scintille, les jeux de l'ombre et du soleil, les bruits de la rue et les parfums qui emplissent l'espace par grandes volutes. Le récit de voyage est ainsi haut en couleurs, soutenu par un instrument dont les jeux de détail, les anches en particulier, rivalisent de personnalité. Des silhouettes, tristes ou comiques, se détachent de ce décor suggérant une histoire mélancolique car sans lendemain. Telle est sans doute la force de ce disque qui rend compte avec passion de la nature de l'improvisation. L'orgue se saisit de l'instantané, du futile : ici un thème populaire énoncé sur un piano d'étude, là une diva de conservatoire, qui lance la ritournelle. Tour à tour cette matière prend forme dans des variations tonales puis semble écartelée par la force de l'improvisation. La musique redevient un instant une matière brute, jusqu'à l'emploi de traits désordonnés ou de clusters. Cette dialectique des contrastes, de la forme et de la force renvoie in fine au baroque que Guillou célèbre dans son évocation du Caravage. Loin des grands paysages de Thierry Escaich ou des méditations sur le son de Loïc Mallié, ces improvisations façonnent dans un feu tourbillonnant, matière et personnages, à la fois Héphaïstos et Pygmalion.



ÉCOUTEZ L’INTERVIEW DE JEAN GUILLOU (Juillet 2008)

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