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Béla Bartók
Concerto pour deux pianos, percussion et orchestre* - Concerto pour violon et orchestre n° 1 - Concerto pour alto et orchestre

PAR Stéphane Friédérich | LE RÉPERTOIRE DES CD DE A À Z | 7 octobre 2008
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Classica

Tamara Stefanovich (piano I), Pierre-Laurent Aimard (piano II), Nigel Thomas (percussion I), Neil Percy (percussion II), Gidon Kremer (violon), Yuri Bashmet (alto), Orchestre symphonique de Londres*, Orchestre philharmonique de Berlin, Pierre Boulez

DG 4777440 (Universal). 2004, 2008. 70'

NOUVEAUTE      

Beaut

La note de Classica :

L'auteur du texte de présentation du présent CD revient sur la place que Pierre Boulez accorde à l'œuvre de Béla Bartók et à ces partitions « qu'il n'a pas envie de diriger » comme le poème symphonique Kossuth dont les influences de Richard Strauss et Franz Liszt lui apparaissent trop marquées. Puisqu'elles ne témoignent pas déjà de la rupture du compositeur radical que Béla Bartók devint par la suite, ces pièces sont, à demi-mots, plus faibles et indignes d'être enregistrées dans l'édition Deutsche Grammophon. Le discophile est donc prévenu...

Il existe peu d'enregistrements du Concerto pour deux pianos, percussion et orchestre. La notoriété de la Sonate pour deux pianos et percussion dont le Concerto est l'orchestration domine sans conteste. Reconnaissons-le : la densité expressive de la partition originale composée en 1937 lui est supérieure. Quant à l'orchestration effectuée en 1940 dans un but essentiellement « alimentaire », elle pose des problèmes de mise en place et d'équilibre entre les pupitres du fait de l'amplification sonore.

Les cordes et les vents de l'Orchestre symphonique de Londres interprètent l'œuvre avec un lyrisme qui contraste singulièrement avec la modestie des couleurs proposées par les deux claviers. La massivité de l'orchestre s'oppose à la finesse assez froide des deux pianos. Ce contraste est encore plus accentué dans le mouvement central dont le climat de mystère si proche de celui de la Musique pour cordes percussion et célesta est absent. Virtuose, grandiose, le finale surenchérit par des effets à la fois rythmiques et de timbres. La direction analytique de Pierre Boulez se fait au détriment d'une certaine spontanéité. Celle-ci se révèle dans l'utilisation de motifs populaires et d'un expressionnisme que le xylophone et les percussions traduisent avec saveur.

L'osmose entre l'orchestre et le soliste est plus évidente dans le Concerto pour violon. À la fois déclamation et prière, celui-ci traduit le regret d'un amour de jeunesse déçu. Le violon de Kremer est d'une douceur magnifique, s'inspirant d'une tradition héritée du post-romantisme viennois. Le dialogue avec les pupitres de l'orchestre et notamment les bois est splendide. Regrettons que ceux-ci restent souvent sur la réserve comme s'ils contenaient leur expressivité.

Le constat est légèrement différent pour le Concerto pour alto. Yuri Bashmet vient davantage au contact de l'orchestre dans un climat beaucoup plus marqué par l'expressionnisme des ultimes partitions du compositeur. L'interprétation est théâtralisée, suggérant dans les chorals de cuivres des réminiscences du Château de Barbe-Bleue. Cette dimension narrative que Tibor Serly assuma en achevant l'orchestration de l'ouvrage donne une saveur toute particulière à la lecture de Bashmet. Le soliste met notamment en valeur les couleurs néoclassiques de son archet, clin d'œil que Bartók n'eût probablement pas désavoué, mais aussi dans le mouvement lent, un vibrato digne des grands concertos romantiques. L'orchestre suit à l'évidence une conception dans laquelle il se reconnaît. Un très beau disque et une référence moderne pour les deux concertos.

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