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De clavecin en piano

De clavecin en piano

Lors d’une émission des « Rois de la Galette » sur France Musique, à laquelle je participai l’année dernière autour de pièces pour clavecin de Couperin, je me souviens encore du...

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djib4rc il y a plus de 2 ans 01234

on m'a offert Couperin par le grand Frédérick Haas au clavecin...magnifique !

djib4rc

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pangloss il y a plus de 2 ans

Tous ces commentaires sont très enrichissants. Je suis hérissé par le snobisme post-gouldien qui veut que Bach, et tous les autres compositeurs pour clavecin, ne soient plus écoutés qu'au piano. Sur radio-classique, depuis 6 mois je n'ai entendu que deux fois du clavecin pour 96 interprétations au piano d'oeuvres écrites par des compositeurs qui n'ont jamais eu connaissance de cet instrument: Bach, Haendel, Couperin, Scarlatti et autres. Encore ces 2 interprétations avaient-elles été spécifiquement choisies par des invités d'O. Bellamy, qui ne pouvait pas leur dire "non, mon cher, vous êtes ringard, je vais plutôt passer l'interprétation du grand Glenn". Etrange, quelqu'un peut-il m'expliquer les raisons de cette exclusion de fait du clavecin à l'antenne (il semble en être de même sur France-Musique) ?

pangloss

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nemorino il y a plus de 2 ans

Texte fort intéressant, et commentaires tout aussi passionnants. Avec la musique dite "baroque", l'on peut se poser la question de savoir s'il faut jouer cette musique telle que les compositeurs l'entendaient à leur époque, ou telle qu'ils auraient voulu l'entendre. Bien des compositeurs de cette époque pestaient contre la facture instrumentale, trop rudimentaire à leur goût.
Le clavecin était apparemment très mal aimé, jugé incapable de nuances.
Et puis, le jeu des cordes sans vibrato, quel compositeur a exigé cela?
Alors que Corelli lui-même écrivait souvent qu'une chose à ne pas oublier aux cordes pour avoir un beau son, c'était "un beau vibrato". Quant aux orchestres, ils étaient sans doute bien plus fournis que ce qu'on veut nous faire croire. Il semble que l'effectif instrumental et choral jugé aujourd'hui comme servant le mieux Bach, c'était le minimum de musiciens que Bach réussissait à se procurer, minimum en-dessous duquel il refusait de faire jouer sa musique.
Ensuite, appliquer le même traitement à Mozart, c'est déjà douteux. Surtout quand on songe à l'orchestre que Mozart adorait, celui de Mannheim et ses 40 violons. Et sur-orner ses lignes vocales comme beaucoup le font aujourd'hui (sous prétexte que c'était "la mode" à l'époque), n'est-ce pas aussi le traiter comme un musicien post-baroque lambda?
Par contre, il me semble ridicule de servir Berlioz et Rossini (Wagner et Verdi, ça commence aussi) de la même façon. Berlioz militait activement pour la généralisation des pistons aux cors... Et le pauvre Rossini, maltraité avec des cordes sans vibrato qui patinent dès que s'amorce une certaine virtuosité et des cors qui canardent une fois sur deux...
Mais le pompon semble tout de même le Trouvère de Verdi joué à Ludwigsburg cet été, dont la distribution est simplement ahurissante : en Luca, un Papageno-Guglielmo, en Leonora, Simone Kermes (excellente dans le répertoire baroque, mais qui n'a pas le quart de la moitié de la voix pour servir ce rôle... repensez à Milanov, Price, Caballé...) et en Manrico... Herbert Lippert (joli ténor d'opérette et d'opéra-comique, faisant de belles choses dans Mozart)... accompagnés bien sûr par l'orchestre du Château de Ludwigsburg... sur instruments anciens bien entendu.
Quand je réécoute Alcina dirigée par Richard Bonynge, avec le LSO, le "Verdi prati" prend une dimension quasi-surnaturelle de grandeur et de majesté.
Un orchestre qui a, à mon sens, trouvé un juste milieu, c'est le Berliner Kammerorchester qui allie l'éclat et la santé des instruments modernes, la noblesse alliée au mode de jeu moderne (pas d'attaques "raclées", aucune nervosité intempestive, juste de l'énergie) et la légèreté et la transparence des ensembles "baroques". L'équilibre parfait, à mon sens.

nemorino

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cd-maniac il y a plus de 2 ans

Non, je la trouve très intéressante cette "diatribe interminable". C'est bien de s'interroger avec un peu de fraîcheur sur le "politiquement correct" musical de notre société. Je suis toujours un peu surpris - moi, amateur de musique contemporaine - de m'entendre dire que Bach au piano, c'est finalement mieux. Désolé, mais j'aime beaucoup le clavecin et j'ai du mal à l'envisager comme un instrument poussiéreux qui n'a plus sa place dans les interprétations modernes. Cette manière de revisiter, non sans quelque arrogance, le grand répertoire baroque au piano n'entraîne que très modérément mon adhésion.
Ce qui est irritant finalement, c'est cette propension à considérer comme "définitives" les lubies du moment en leur ôtant toute perspective. La musique classique a ceci de particulier que les opinions s'y expriment souvent avec une grande intolérance qui contraste avec le caractère apaisant (et apaisé) que l'on prête généralement à cette forme d'expression artistique.
En matière de goûts musicaux, il faut rapidement prendre de la distance avec la critique officielle et à n'écouter que ses propres sens, ce qui n'exclut pas de se documenter jusqu'à lire des avis contraires à ses propres opinions.
Finalement, tout tourne autour des relations incestueuses entre le consumérisme et l'art. Lorsque l'on a réussi à tracer une frontière entre les deux, tout devient plus clair et les avis extérieurs n'ont, dès lors, plus grande importance.

cd-maniac

49 messages

kikothegnou il y a plus de 2 ans

"la musique, qui s’aborde et se vit d’abord par l’intérieur, est avant tout le fruit d’une réflexion."

Depuis quelque temps, la question de l'interprétation me t(h)araude au plus haut point. À vrai dire, je ne m'y étais jamais penché sérieusement. J'ai toujours détesté Glenn Gould jouant Bach au piano — opinion purement musicale, j'adore le personnage et ses écrits. Cela restait acquis, gravé dans le marbre, jusqu'à ce que des amis pas forcément mélomanes me traitent gentiment — pas forcément tous, d'ailleurs — de snob et de "vieux con". Il fallait donc argumenter.

Je réfléchis toujours sur cette spécificité de la musique classique, peut-être refais-je le monde, je n'ai que très peu suivi d'études musicales "sérieuses", je ne sais si cette question est enseignée ou non. Je veux dire, l'on joue de la musique de morts, finalement ? pour aller à l'essentiel. En peinture, rien à faire, nous sommes tous spectateurs. En danse, le corps fait expression, il interprète la chorégraphie, comme la voix en musique, me semble-t-il, nous touchant directement à l'estomac. Je suis architecte, d'autres vont habiter mon oeuvre, interagir, ressentir — je l'espère — mais pas forcément mes intentions. En revanche, je désespère et me sens bafoué lorsque l'on modifie un bâtiment, en ajoutant ou retranchant des éléments… Tout ceci pour pouvoir dire que l'interprète doit respecter l'oeuvre, sans me faire traiter, forcément, de réactionnaire.

Il est difficile pour moi d'admettre qu'en musique classique, tout peut être fait, au mépris des intentions initiales. Il me semble que le minimum pour un interprète est de respecter les données initiales : jouer l'oeuvre telle qu'elle a été crée : instruments, indications, style. Est-ce vraiment si réducteur ? Cela n'enlève rien au mérite ou au génie de l'interprète, cela réduit juste son champ d'action. Non pas que je veuille être péremptoire et mettre à la poubelle toute interprétation des variations Goldberg au piano : pour moi, ce n'est plus du Bach. Bien sûr, le clavecin est un instrument difficile à appréhender, c'est un instrument "mort", comme une langue morte. À en entendre de nombreux proches, c'est insupportable à écouter, le son est grinçant, aigu, ça passe pas, quoi. Mais l'oreille s'éduque, comme la lecture. Pourquoi vouloir à tout prix jouer du Bach à la guitare, sous prétexte que c'est plus accessible ? Il y a l'art du clavecin, suffisamment complexe et l'art du piano. On ne peut pas dire qu'un pianiste manque vraiment de littérature à jouer tout de même. J'exagère, bien entendu, mais pour moi, l'écoute des variations Goldberg par Ton Koopman est 10 fois plus jouissive que celle de Gould. La liberté n'est pas toujours créatrice.

J'ai arrêté de faire effectivement mon snob en disant : "Bouhou, Tharaud, il joue Couperin au piano sur un seul clavier, c'est vraiment un blaireau". C'est juste que pour moi, c'est une adaptation, ce n'est plus du Couperin. Lorsque j'écoute et que je vois Hélène Grimaud dans son appartement Berlinois Hamiltonien, j'apprécie Busoni. J'entends Bach, bien sûr, comme tout le monde, mais je suis intellectuellement stimulé par le travail de Busoni et ému par l'interprétation de Hélène Grimaud. En revanche, je pense que cela n'apporte rien à la compréhension de l'oeuvre de Bach.

J'ai l'impression que l'on voudrait aujourd'hui désarticuler l'expression de la musique — et des arts en général — scinder son approche de la raison et de la connaissance, la réduire à l'expression pure et directe des sentiments personnels qu'elle procure à son audition. A contrario, l'on voudrait trouver une justification intellectuelle évidente à la triturer dans tous les sens. Pourquoi est-ce que j'ai l'air élitiste lorsque je dis cela ?

Acceptons le fait que la musique classique a des codes, une culture. Au sujet de la musique baroque, c'est pire : c'est une musique qui sait dire les choses et qui ne s'en cache pas, comme vous le dites très bien plus haut. Je suis comme vous, il est difficile d'entendre Didon et Énée lorsque l'on veut faire dire à Purcell le contraire de qu'il écrit avec cette oeuvre. Au final, je pense qu'il y a une vérité de l'oeuvre (j'entends les sifflements…) mais qu'elle peut s'exprimer de différentes manières, selon la personnalité et le travail de l'interprète. Je ne pinaille pas sur telle ou telle version de la 3ème étude de Chopin, chacun se reconnaît dans une manière de dire. En revanche, le style me semble tout aussi important dans l'interprétation. L'art de la musique est difficile, c'est un travail, pas un passe-temps. Arrêtons avec cette image romantique de l'artiste inné. Je pense à Badura-Skoda que j'apprécie énormément. Les critiques s'en foutent depuis longtemps, mais je trouve qu'il y a chez lui une adéquation parfaite entre la recherche et l'expression artistique. Je voudrais avoir le droit de dire qu'il y a plus de valeur dans le travail de Badura-Skoda et Ton Koopman que celui d'Alexandre Tharaud ou Glenn Gould (chez Couperin et Bach), mais a-t-on vraiment encore le droit de dire cela en public aujourd'hui ? La musique — l'Art — n'est-elle véritablement qu'une histoire de goût ?

Mille excuses pour cette diatribe interminable, j'apprécie la réflexion que vous suscitez dans votre blog, loin des jugements définitifs si souvent présents au sujet de la musique classique et c'est un sujet délicat, prompt à déclencher toutes sortes de déclarations tant sanguines qu'irréfléchies. J'espère ne pas avoir été si borné que cela pouvait en avoir l'air.

Salutations

kikothegnou

18 messages


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