L'avis de la communauté sur :
Par Classica le 2010/05/31
MAGAZINE : ACTUALITÉS LIVRES Paru - le 2010/05/31
Notre collaborateur Benoît Duteurtre nous livre ses réflexions sur un essai qui vient de paraître. L'auteur, un musicologue américain, parcourt le bouillonnant XXe siècle, ses dogmes...
Moyenne des notes :
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antoric il y a environ 1 an // Modifié le 16/6/2010 18:21. |
antoric 3 messages |
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Ce qui me semble important dans ce livre, c'est sa "modernité" et son tempo, à mille lieux des clichés de la (belle) langue soporifique et archaïque parlée par les spécialistes de musique classique. Ici (je fais confiance au traducteur), c'est plutôt l'érudition décontractée qui règne, à l'image de la bonne littérature postmoderne américaine ou du meilleur journalisme anglo-saxon. Avec une probité universelle, on n'hésite pas à traiter les compositeurs comme des hommes, on raille l'intégrisme caméléon de certains, on ironise sur leur vanité, ou leur habillement... et on intégre ça dans la cuisine de l'Histoire. Car l'époque est toujours présentée dans son contexte, assez finement avouons-le, faisant tour à tour appel à la littérature (Thomas Mann), à la philosophie, à la vie en société. Intéressant passage sur la société de Bayreuth qui s'entiche en même temps que Hitler de droit des animaux, de végétarianisme et de bouddhisme. Celui où Schönberg s'installe à Los Angeles en même temps que tous les exilés européens est hilarant: adoptant peu à peu les codes américains ("his dress grew funky"), il s'achète une Ford Sedan, suit le football, joue au tennis avec Chaplin et du piano chez Harpo Marx.
Les tout derniers chapitres sont l'occasion en quelques dizaines de pages de passer en revue les dernières décennies du siècle. Chaque participant a droit à sa ligne, rarement plus. C'est que les associations entre les courants et les liens de parenté entre les musiques deviennent plus complexes : musique académique, musique populaire, musique ethnique, subversion, tradition et politique, tout se mélange. Ross semble manquer de temps (ou de place) pour finir son livre. On a donc cette impression de vitesse qu'on retrouve généralement dans les descriptions du début du XXe siècle. La fameuse technique du flou pour montrer aussi qu'on n'a pas le recul nécessaire.
Bref, un excellent bouquin avec des éclairages nouveaux : lire l'histoire d'un siècle de musique comme on observerait les rouages d'un Mécano improbable. Un auteur avec une "vista" et une plume rythmée. C'est déjà beaucoup pour un livre supposé sérieux. Les mélomanes souhaitant réviser leur anglais peuvent se jeter sur la VO : pas difficile, et terriblement fluide. Et moins cher.