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RENCONTRES

Rencontre avec Julia Fischer : "Mon violon est un ami, pas plus"

C'est un phénomène dans le monde musical. Violoniste adulée, elle est aussi... pianiste. Entretien sans langue de bois avec une artiste qui a su rester lucide...

COMPOSITEUR

10 vérités sur Antonio Vivaldi

L'auteur des Quatre saisons fut totalement oublié pendant deux siècles ! Ce n'est pas le moindre paradoxe d'un compositeur qui fut célèbre de son vivant dans toute l'Europe et mourut dans la misère. L'œuvre de Vivaldi est elle-même un véritable continent qu'on n'a pas fini d'explorer : en témoigne la monumentale édition discographique entreprise par le label Naïve. Plongée dans un univers unique et envoûtant... en dix vérités.

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L’édition 2010 s’achève… En exclusivité, éclairage sur l’édition de l’an prochain, avec les Mozart de Claus Guth en vedette

Elektra à Salzbourg

Nouvelle production réussie du chef-d’œuvre de Strauss.

Voir Salzbourg… et payer !

Plus cher que jamais, le Festival fait pourtant le plein.

Orphée perdu avec Euridice

Ricardo Muti dirige une nouvelle production d’Orfeo ed Euridice de Gluck. Laborieux.

Matthias Goerne, maître chanteur

Le baryton donne une série de Lied de Schubert. Historique.

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Jean-François Zygel sur France 2 durant cet été

Musicien inclassable, le navigateur Jean-François Zygel revient cet été sur France 2 avec une nouvelle "Boîte à Musique".

Festival de Radio France et Montpellier Les risques fous de la jeunesse

À ne pas manquer La manifestation (12 au 30 juillet 2010) fête cet été son anniversaire : vingt-cinq ans d'œuvres disparues ou rares, de grands interprètes, de jeunes solistes et de mille et une surprises.

Krzysztof Penderecki, invité d'honneur du Festival de Prades

Le compositeur polonais est l'Invité spécial de la soixantième édition du Festival Pablo Casals de Prades (du 26 juillet au 13 août 2010). Trois questions à Krzysztof Penderecki.

Saint-Céré à belle voix pour la 30e édition de son festival

30e anniversaire pour le Festival de Saint-Céré en Dordogne, qui se déroulera du 20 juillet au 14 août 2010.

Boulez au Festival Messiaen

Le Festival Messiaen au Pays de La Meije rend hommage à Pierre Boulez. Du 31 juillet au 8 août 2010

 
LIVRES

Raffaele D'Alessandro

Un portrait du compositeur suisse, Raffaele D'Alessandro, par Antoni Scherrer.

CRITIQUES

Musique sur les rivages de Bretagne

Il est temps de réserver pour trois festivals bretons qui se dérouleront en cet été 2010 : Les Musiciennes d'Ouessant, du 2 au 6 août ; le Festival de musique sacrée de Saint-Malo, du 26 juillet au 23 août ; le Festival de Dinard, du 4 au 18 août.

INSTRUMENTS

Les nouveaux surdoués de la famille Yamaha

Au salon de la musique de Francfort, Yamaha a présenté sa nouvelle gamme de pianos de concert. Trois instruments d'exception.

L'INVITÉ DU MOIS

L'invité du mois d'Olivier Bellamy Bernard Pivot

Pendant quinze ans, au fil de ses 724 (!) numéros, "Apostrophes" et son célèbre générique signé Rachmaninov ont fait aimer la littérature à des millions de personnes. Merci Bernard Pivot !

ÉCOUTE EN AVEUGLE

Écoute en aveugle : Tosca (Acte I) de Giacomo Puccini

Les grandes voix émeuvent aux larmes dans le chef-d'œuvre de Puccini. Mais attention, ici la magie vient aussi de l'orchestre : Tosca est en fait un opéra de chef.

ÉCOUTE EN AVEUGLE

Écoute en aveugle Le "Te Deum" de Marc-Antoine Charpentier

Le Te Deum de Charpentier est devenu célèbre en 1953 quand l'eurovision tout juste créée en a choisi les premières mesures comme indicatif. Les interprètes doivent garder à l'esprit que cette musique d'apparat est aussi un hymne d'humilité devant Dieu. Cette écoute en aveugle est commentée par Philippe Venturini (PV), Bertrand Dermoncourt (BD) et Jérémie Rousseau (JR).

ÉCOUTE EN AVEUGLE

Écoute en aveugle La "Neuvième Symphonie" de Gustav Mahler

Mahler écrit sa "neuvième symphonie" comme un testament : dans cette somme tragique, il récapitule sa vie, portant les moyens expressifs à leurs limites. Ici, entre les détails infinis de la partition et l'immense arche de l'œuvre, le chef est en permanence sur le fil. Cette écoute en aveugle est commentée par Eric Taver (ET), Bertrand Dermoncourt (BD) et Stéphane Friédérich (SF).

ÉCOUTE EN AVEUGLE

Écoute en aveugle Barcarolle, op. 60 de Frédéric Chopin

La Barcarolle est une des toutes dernières compositions de Chopin, une œuvre lumineuse qui ne cherche pas les effets. Qu'on la considère comme nostalgique et rêveuse, ou plus dramatique et nerveuse, seule compte la spontanéité. Cette écoute en aveugle est commentée par Franck Mallet (FM), Arnaud Drillon (AD), Eric Taver (ET) et Philippe Venturini (PV).

ÉCOUTE EN AVEUGLE

Ecoute en aveugle La "Grande Messe en ut" de Mozart

Quand Mozart écrit la Grande messe KV 427, il est enfin libre. L'œuvre manifeste cette indépendance : lyrique et spirituelle, pieuse et sensuelle. Un véritable défi pour l'interprète. Cette écoute en aveugle est commentée par Philippe Venturini (PV), Eric Taver (ET) et Bertrand Dermoncourt (BD).

LES NANARS

Jan Vogler and the Knights experience : Live from New York

Jan Vogler et ses chevaliers dans « Machine gun » : c’est pas d’la bombe !

LES NANARS

Prose ou ver(s), Monsieur Jourdain ?

Ce qui est prose est parfois ver...

LES NANARS

Toutes sirènes hurlantes

Ce disque rare se prête à un jeu collectif (à condition d’acheter une, voire deux boîtes de boules Quiès en sus).

LES NANARS

« El Condor pasa, la musique trépassa »

Le label Gallo a décidé opportunément de publier 3 CD réunissant l’acmé de la production discographique du musicien virtuose Michel Tirabosco à la flûte de pan (le flûtiste a enregistré 12 CD). Belle occasion pour nous de faire connaissance avec l’artiste.

LES NANARS

Images de Debussy

Lue sur Wikipédia cette présentation des Images, d'une éblouissante pertinence. Eclatantes perles, comme on vous aime !...

LES BRÈVES

Archives lyriques Rééditions de grandes voix

Importantes rééditions chez Opera d'Oro et grandes voix masculines.

LES BRÈVES

Archives d’orchestres

Quelques rééditions de bandes oubliées, mais aussi de splendides prises sur le vif, certaines inédites, nous font redécouvrir de grands noms de la baguette.

LES BRÈVES

Musiques de chambre

Tout n’a pas été dit sur Haydn, Schubert, Schumann et Brahms. Leurs chefs-d’œuvre continuent heureusement de tenter les musiciens et les éditeurs de disques…

LES BRÈVES

Archets divers

Nous ne vous ferons pas l’injure de vous poser la question : « Aimez-vous Brahms ? » Hagai Shaham met tout en œuvre pour nous le faire adorer. Mais connaissez-vous les compositeurs Christian Joseph Lidarti ou Charles-Auguste de Bériot ?

LES POISSONS D'OR

Michael Nyman a créé son label

Michael Nyman réédite ses partitions les plus célèbres sur son label MN Records.

LES POISSONS D'OR

Terje Rypdal Crime Scene

Le Norvégien Terje Rypdal revient en grande forme pour un tour de piste post-coltranien avec son album Crime Scene.

LES POISSONS D'OR

Les "Poissons d'or"

De la voix hors du commun de Meredith Monk au Bach rendu universel par Richard Galliano.

LES POISSONS D'OR

Les "Poissons d'or"

De la trompette surnaturelle de Jacques Coursil au ukulélé revigorant ambiance Tahiti douche, en passant par la musique électronique et improvisée de Carol Robinson.

LES POISSONS D'OR
100% CRITIQUES
  • Johannes Brahms Sonates pour violon et piano n°1 à n°3

      Si l'on ne retrouve, certes, pas l'insolence technique et l'engagement inouï de son désormais légendaire {Concerto} de Brahms enregistré avec Kurt Masur (DG), on se réjouit de pouvoir savourer à nouveau la sonorité large, intense et chaleureuse qu'Anne-Sophie Mutter sait toujours déployer avec générosité. Cela nous vaut surtout une belle {Sonate n° 2}, la plus claire des trois, mais aussi peut-être la plus difficile d'accès — qui ouvre pourtant le disque. Le violon y déroule ses lignes comme sans efforts : on n'oubliera pas la plénitude de certains accords, et les beaux aigus du mouvement lent, même s'ils n'atteignent pas l'intensité qu'Anne-Sophie Mutter savait produire il y a quelques années. La violoniste suit donc au plus près l'écriture complexe de Brahms, bien entouré par le piano de Lambert Orkis : on regrettera juste, et encore une fois, que le complice habituel d'Anne-Sophie Mutter ne possède ni le poids sonore ni la personnalité nécessaires pour réellement dialoguer avec elle. La {Première Sonate} est plus problématique. Son {sol majeur} curieusement inquiet convient moins au violon généreux d'Anne-Sophie Mutter, comme obligée d'ajouter quelques coquetteries pour corser le discours, et au piano pâle de Lambert Orkis. La virtuosité de la {Troisième Sonate} nous vaut quelques moments exaltants (le Finale !), d'autres plus caricaturaux (la fin de l'Adagio en non vibrato, les contrastes forcés du scherzo), mais surtout le sentiment que l'archet se fait moins sûr (la toute première phrase...), moins dominateur. Anne-Sophie Mutter nous fait donc ici heureusement oublier ses premières {Sonates pour violon} de Brahms enregistrées pour EMI avec Alexis Weissenberg, mais son violon manque encore un peu de l'humilité de Josef Suk (avec Julius Katchen, Decca) ou de Henryk Szeryng (avec Arthur Rubinstein, RCA) pour nous en donner l'enregistrement qu'elle nous doit.

  • Piotr Iliytch Tchaïkovski Concertos pour piano n°1 à n°3 - Fantaisie de concert op.56 - Deux mélodies (transcr. Hough) - Mouvement lent du Concerto n°2 (transcr. pour trio Siloti/Hough)

    Pour fêter son 50e volume, la collection "Concerto pour piano romantique" d'Hyperion nous propose l'intégrale des concertos du plus romantique des romantiques. Les possibilités techniques de Stephen Hough sont illimitées, sa virtuosité époustouflante : il les domine parfaitement et recherche en toute chose le juste équilibre. Qu'il déteste l'étalage sentimental, son approche extrêmement personnelle de Tchaïkovski en apporte une preuve supplémentaire. L'esprit de son interprétation est apollonien : il travaille sur la construction et l'architecture, et fait ressentir presque visuellement la perfection formelle de ces édifices. Avec lui, le maître russe procède directement de Beethoven, avec l'accent mis sur la jubilation rythmique, une certaine distanciation et la recherche de l'unité de l'œuvre par la mise en relief des parentés et des échos thématiques d'un mouvement à l'autre. L'ouverture du célébrissime {Opus 23} a valeur de signature pour Stephen Hough : grande mais non grandiose, impressionnante mais non spectaculaire, théâtrale, mais sans emphase. Il garde une ligne classique là où les autres s'épuisent en gesticulations romanesques, mais en contrepartie "romantise" des sections d'ordinaire purement virtuoses et mécaniques. Dans le {Concerto n° 2}, on est parfois saisi de vertige devant l'accélération du tempo : cette allure s'intègre à un projet esthétique délibéré, plus spirituel que physique, tendant à révéler "l'âme de la musique" par l'intuition plus que par la démonstration. Hough le mystique "dématérialise" le son dans ses étourdissants accès (et non excès) de vitesse, sa quête d'absolu rejoint alors les courses vertigineuses d'un Schumann. Relevons cependant parfois de surprenantes fautes de texte : le troisième thème du premier mouvement (n° 2) abusivement accéléré par l'orchestre ; le second thème du n° 3 répudiant tout lyrisme pour un énoncé sec et scolaire. L'originalité, même non gratuite, a sa rançon. Il reste que Stephen Hough et son complice Osmo Vänskä ont relevé avec panache le défi d'un nouvel enregistrement de pages pour certaines galvaudées et rebattues.

  • Johann Sebastian Bach Messe en si mineur

      Vingt ans après, Frans Brüggen et son orchestre réenregistrent la {Messe en si}. Les décennies passent, mais la passion musicale alliée à un goût sûr de la perfection stylistique demeure : le chef hollandais offre ici une {Messe} de grande beauté, éclatante et jubilatoire, la considérant comme un vaste concerto vocal où voix et instruments dialoguent à part égale. Le résultat impressionne par la souplesse des voix et la clarté des timbres instrumentaux, par une totale lisibilité polyphonique. À 75 ans, le chef joue l'épure : on savoure la délicatesse, la finesse, l'art des nuances (grande qualité de la Cappella Amsterdam), mais on recherchera presque en vain l'extrême dramatisation de certains passages (notamment dans le {Credo}) qui avait suscité l'enthousiasme dans la première version et qu'un chef comme Hengelbrock a traduite avec une incomparable maestria. Le chef ne s'est pas assagi, mais il apporte un ton plus sobre sans être froid, plus objectif sans être distant, en un mot, une sérénité. Ni luthérienne ni catholique, la {Messe} selon Brüggen se veut aliturgique et de ce point de vue-là, le résultat est tout à fait cohérent. Les solistes partagent cette vision : la voix colorée de Johannette Zomer (cf. {Laudamus te}) est plus lumineuse qu'enflammée, tandis que celle de Patrick van Goethem, dans l'émouvant {Agnus Dei}, préférable à Michael Chance, se fond avec magie aux lignes plaintives des cordes. Est-ce pour autant une {Messe} habitée ? Sans aucun doute, si la contemplation l'emporte sur l'exaltation. En ce sens, cette version est exemplaire. Mais ceux qui attendent de l'œuvre sa part d'éloquence où le poids des mots et le mouvement de la phrase sont au service d'un récit autant spirituel que théologique, à l'instar d'un Philippe Herreweghe (première version, Virgin Classics), regretteront pour une part l'absence d'une mise en relief du récit.

  • York Bowen Œuvres pour piano (vol.4) : Partita, op.156 - Suite Mignonne, op.39 - Troisième Suite, op.38 - Trois Esquisses, op.43 - Sonatine, op.144 - Trois Novelettes op.124 - Polonaise, op.26 n°2 - Une Lubie, op.19 n°2

      Depuis l'excellente Marie-Catherine Girod (Opus 3D, 1994), la redécouverte de Bowen s'impose davantage chaque année (plus de 20 CD actuellement disponibles). Bowen est l'un des plus grands compositeurs pour le piano du XXe siècle. Joliesse, charme et fluidité vont de pair chez lui avec le sens inné de la forme et la perfection de la texture — riche mais dans les limites du bon goût. Ce romantique est un ennemi des outrances ; ce classique sait s'ouvrir à la fantaisie, au lyrisme et à la prégnante suavité qui reste l'un des traits dominants de la sensibilité britannique. Ce nouveau volume juxtapose des pages datant de la Belle Époque à des œuvres des années 1950 : une étonnante unité de style les rapproche au-delà des années, même si la plume du dernier Bowen se distingue par une époustouflante sophistication, faisant de l'auteur un maître du "pastiche stylisé", comme dans la très belle {Novelette n° 2} — du pur York Bowen, mais dans l'esprit de Robert Schumann. La {Partita} est aussi un hommage à Bach, d'un baroque moderne et délicieusement recherché. Le "Moto Perpetuo" de la {Suite Mignonne} est lumineuse d'allégresse, légère et pétillante. Dans la {Suite n° 3} alternent énergiques figurations en accords, "fontaines pianistiques", valses exquises et toccatas sportives ; on y perçoit sans équivoque l'immense admiration de l'auteur pour Strauss (préciosité raffinée de la "Présentation de la rose"). Chef-d'œuvre de simplicité et de sérénité enjouée, la ravissante {Sonatine} rivalise avec Ravel en matière de naïveté sophistiquée. Cette musique coulant de source, véritable mélodie du bonheur (d'un Felix Mendelssohn moderne) apporte un inappréciable réconfort en nos temps de barbarie. Elle est magistralement servie par l'agilité, la force et la subtilité de Joop Celis, qui assume avec naturel l'élégance aristocratique du plus racé des compositeurs anglais.

  • Gustav Mahler Symphonie n° 2 "Résurrection"

      L’enregistrement de Klaus Tennstedt est un {live} (du 20 février 1989), jusqu’à ce jour inédit. Du chef allemand, on connaissait déjà sa version studio (EMI, 1981) avec le même orchestre (Edith Mathis et Doris Soffel sont les deux solistes). Cette version est plus passionnante encore. Dès les premières mesures, Klaus Tennstedt entre dans un drame lyrique. Il impose aux cordes une tension démoniaque avec des indications de nuances et de tempos virtuoses extraordinaires. L’œuvre prend une dimension épique avec des rythmes haletants de marches, des bois contraints de produire des sonorités laides. Les limites sont parfois franchies avec des ralentendos peu orthodoxes, mais aussi des baisses de tension nécessaires pour que les pupitres reprennent leur respiration. La narration morcelée joue sur l’effort physique de chacun et offre ainsi des moments inouïs dans l’{andante} et le {scherzo}, tous deux d’une cruauté mécanique fascinante. L’{Urlicht} est un peu lent et la voix de Jard van Nes peine dans les notes graves. Après un début du {Finale} quelque peu loupé en raison d’une mise en place trop brutale, Klaus Tennstedt concentre à nouveau ses pupitres. L’orchestre ne peut éviter une certaine brutalité dans l’expression de sa force conquérante. Les deux voix solistes assurent leurs interventions avec une superbe présence. Le chœur assez neutre et aux voix assez froides se place en retrait. Le crescendo final est d’une brillance et d’une grandeur époustouflantes. Un très grand concert.

  • Einojuhani Rautavaara Before the Icons - A Tapestry of life

      Rautavaara a révisé bon nombre de ses œuvres de jeunesse. En 1955, il débute l'orchestration de ce qu'il nomme une série d'"icônes byzantines" destinées à l'origine au piano. Un demi-siècle plus tard, il achève{ Before the Icons} qui réunit dix pièces exaltant sa foi. La musique inspirée par les images pieuses de paix et de lutte chrétiennes provoque, à l'instar des {Tableaux d'une exposition}, une succession de climats d'un charme particulier. On reconnaît aisément l'écriture du compositeur finlandais dont la personnalité musicale s'est imposée très tôt. La finesse du tissu orchestral fait aussi bien songer aux musiciens nordiques qu'à une filiation harmonique qui irait de Claude Debussy à Henri Dutilleux en passant par Olivier Messiaen. Le scintillement des pupitres se fond dans une masse sonore compacte. Rautavaara déteste les effets gratuits. Bien que l'orchestration soit particulièrement chargée, elle demeure au service d'un approfondissement des jeux de timbres avec une dimension féerique rare dans la musique actuelle. Achevé en 2007, {A Tapestry of Life} comporte cinq pièces nées d'inspirations diverses comme la lecture d'un poème surréaliste ou une danse solennelle. Ces instantanés composent une fresque mystérieuse d'une intense lumière. L'orchestration "à la Daphnis et Chloé" est à la fois souple et transparente, sans aspérités. On ne se lasse pas d'entendre ce flot voluptueux d'une grande vitalité expressive. L'Orchestre d'Helsinki qui a entrepris d'enregistrer l'intégrale de l'œuvre de Rautavaara réussit à nous transmettre un jaillissement sonore naturel et de générosité heureuse. Un très beau disque dont on ne regrettera que la durée un peu chiche.

100% CRITIQUES
  • Ralph Vaughan Williams Cantate "Dona nobis pacem"* - Oratorio "Sancta Civitas"**

      Un commerce assidu avec Milton et Blake est à l'origine de la quête mystique de Vaughan Williams. Pour cet agnostique, le conflit éternel du bien et du mal ne pouvait être résolu que par la conquête, par l'homme, de toutes les potentialités de connaissances inhérentes à sa nature. Par ce travail de chacun sur lui-même, l'humanité pourrait enfin entrer dans la Cité de Dieu. {Sancta Civitas} est l'une d'elles : la seule à porter le titre d'oratorio, elle s'inspire de l'{Apocalypse de saint Jean}, avec quelques adjonctions du rite anglican (le {Sanctus}). La venue du règne de Dieu, le combat sans merci contre le mal aboutissant à la destruction de la ville maudite de Babylone, puis la surrection sur ses décombres de la Cité de Dieu sont illustrés d'une manière flamboyante, à la manière des illustrations de Blake. La musique s'abîme dans une frénésie dévastatrice (le cavalier blanc foudroyant les forces du mal) ou s'élève au contraire vers d'apocalyptiques et aveuglantes extases, avant que la radieuse vision de la Cité ne se dissolve dans une sérénité psychédélique. {Dona nobis pacem} procède d'un schéma voisin : de sombres nuages s'accumulaient alors (1935) et cette cantate est un émouvant plaidoyer en faveur de la paix. Des glorieux "Hosannas" de la passacaille finale émerge le soprano, dont la voix s'immobilise peu à peu dans le lointain, distante lueur d'espoir dans les ténèbres. C'est le Bach Choir qui eut l'honneur de la création de {Sancta Civitas}. 85 ans après, son engagement pour cette méditation religieuse passionnée est toujours aussi intense : chœurs rayonnants de foi, solistes éperdus de passion ou d'extase, orchestre dispensant avec générosité l'éblouissante clarté du paradis ou les lueurs ténébreuses de l'enfer : David Hill renouvelle avec panache la tradition racée et incandescente des inoubliables gravures de Boult, prenant quelques encablures d'avance sur les versions un peu sages de l'excellent Matthew Best chez Hyperion.

  • Pierre Attaingnant "Que je chatoulle ta fossette" - Danceries

      Ce programme de "danseries" de la Renaissance française témoigne de l'immense chemin parcouru non seulement par l'ensemble Doulce Mémoire (qui avait signé un premier disque consacré aux publications parisiennes d'Attaingnant en 1995), mais plus généralement dans l'interprétation des musiques à danser du XVIe siècle. L'instrumentarium somptueux manipulé ici est la première délectable surprise que réserve l'enregistrement : des flûtes "colonnes" de facture allemande reconstituées à partir d'un modèle du Musée de la Musique, des hautbois aux timbres délicats dont la douceur enveloppe la première plage d'une mémorable aura poétique, des violons enfin, dont le timbre aigre-doux est parfaitement utilisé pour souligner rythmes et phrasés. Le charme de cette parure sonore opère immédiatement et confère à l'énergie des danses une merveilleuse distinction. Outre les timbres et les tempos, ce que l'on pourrait qualifier de "cinétique" des danses, cette manière de communiquer mouvement et allant aux carrures propres à chaque pièce, apparaissent particulièrement soignés. Dans la {Pavane première} aux violons, les suites de branles d'Écosse ou bien les "basses danses", la subtilité est toujours de mise. Le programme est enfin parfaitement agencé, avec des enchaînements de danse dignes du bal le mieux orchestré, et quelques chansons dans lesquelles l'écriture linéaire du contrepoint est mise en valeur par le ton malicieux du contre-ténor Paulin Bündgen.

  • Igor Stravinsky : Le Sacre du printemps - Revueltas : La Noche de los Mayas

      Avec l'Orchestre Simon Bolivar, le décor est dérangeant presque, par son caractère outrancier. L'obsession de la couleur frise la démonstration d'une panoplie d'effets sonoristes ! Mais Dudamel assure la cohésion de cette lecture dépaysante. On ressent le plaisir physique, vorace des musiciens, l'appropriation, dans leur propre culture, de l'âpreté et des formules laconiques de l'œuvre. Quelques baisses de tension, des effets trop appuyés ({Rondes printanières}), un manque de finition parfois (si l'on compare avec les références récentes de Salonen et Jansons) ne peuvent gâcher cette fête des sens. Elle rappelle — sans le classicisme idiomatique — les versions burinées de Markevitch. En complément, {La Nuit des Mayas} brille avec une frénésie envoûtante. Même Salonen (Sony) n'atteint pas cette fantaisie dans l'expression des rythmes sud-américains.

  • Franz Schubert Œuvres pour violon et piano (vol.2) : Sonate D. 574 - Fantaisie D.934 - Fantaisie pour piano à quatre mains D.940

      Ce second volume de l'œuvre pour violon et piano de Schubert ne fait que confirmer ce que nous laissait entendre le précédent : Julia Fischer et Martin Helmchen proposent certainement la référence classique moderne de ces œuvres. Classique, car les deux musiciens restent fidèles au chemin emprunté dans les {Sonatines}, celui de l'équilibre, de la finesse ; chaque nuance est parfaitement dosée, chaque phrasé minutieusement ciselé. Classique, car ici non plus, Fischer et Helmchen ne forcent pas le drame intérieur des œuvres mais se contentent des heurts de structure et de nuances, le tout avec des sonorités lumineuses et des couleurs chatoyantes. Tout cela atteint une certaine perfection qu'il sera bien difficile d'égaler et a fortiori de surpasser, tant les deux artistes proposent un jeu lissé presque intimidant de total contrôle. Maintenant, si cet abord convient parfaitement aux petites {Sonatines}, reconnaissons qu'il épuise bien moins ces partitions plus complexes que sont la {Sonate} et la {Fantaisie}, davantage pré-romantiques. Le jeu plus engagé d'Isabel Faust et Alexander Melnikov (Harmonia Mundi) était peut-être moins abouti dans l'absolu de la part de la violoniste, mais cela était très largement compensé par un pianiste plus imaginatif et davantage partenaire qu'accompagnateur. Également, le résultat sonore était plus attrayant, plus riche de sonorités et de couleurs. Les partitions se révélaient bien plus riches aux oreilles de l'auditeur. Apprenons donc les œuvres avec Fischer-Helmchen, et savourons-les avec Faust-Melnikov. Cerise sur le gâteau : Julia Fischer nous montre pour la première fois au disque ses talents de pianiste que l'on ne lui connaissait jusqu'à présent qu'en concert. La {Fantaisie D. 940} est de la même eau que les œuvres pour violon, toute de finesse et de contrôle, et à l'équilibre parfait avec Helmchen, ce qui est tout de même admirable... pour une violoniste !

  • Ludwig van Beethoven Sonates pour piano n°8 "Pathétique", n°14 "Clair de lune", n°15 "Pastorale", n°17 "La Tempête"

      Dès les premières mesures de la {Sonate "Pathétique"}, impossible de ne plus suivre avec intensité le déroulement de ce que nous dit Beethoven par le truchement des doigts, de la sensibilité et de l'intelligence musicale de Vahan Mardirossian. L'emprise est totale. Elle ne nous lâchera plus jusqu'à la fin du deuxième et d'ailleurs bref CD, curieuse répartition de quatre sonates sur deux CD, trois sur l'un, une sur l'autre. Pas possible de compléter avec une cinquième ? Quel plaisir cela eût été ! Mais cela importe peu à côté de la leçon beethovénienne qui nous est ici donnée. D'abord, il y a le son, avec sa rondeur, sa mœlleuse fermeté, son rayonnement. Cela n'a rien à voir avec ce qu'il faudrait pour Brahms, ni Schumann. Et une fois l'élan initié, tout paraît vivre spontanément dans un mouvement irrépressible. Une énergie sous-jacente bouillonne en permanence, même dans les mouvements calmes. Elle peut engendrer le drame, comme dans la "{Pathétique}", le rêve comme le premier mouvement de la "{Clair de lune}", des hésitations oscillatoires, comme dans son deuxième mouvement, un emportement de bruit et de fureur dans le troisième, ou encore le balancement récurrent, poétique, nostalgique du troisième mouvement de la "{Tempête}", les humeurs plus apaisées parfois de la "{Pastorale}". Mais il y a partout une urgence, une vérité intérieure qui fuse vers la surface et s'y s'impose. On adhère, on suit, on a la double impression d'être chez soi et de découvrir un rapport encore plus vrai aux œuvres. Il y a certes d'autres approches indiscutables de ces pages. Aux côtés des visions parfois contradictoires d'Arrau et de Barenboim, de Kempff et Gilels, d'un Yves Nat si personnel, celle-ci doit néanmoins prendre place parmi les lectures les plus fortes de ces pages.

  • Johann Sebastian Bach : Suites françaises BWV 812 à 817 - Carl Philipp Emanuel Bach : Suites W62/12 et W65/4

      "{Qu'est-ce que je pense pouvoir apporter à des oeuvres si souvent jouées ?}" demande Olivier Baumont dans un texte de présentation rédigé à la première personne du singulier. Et l'artiste d'évoquer "un ancien maître" qui conseillait de "ne pas déranger" une musique pour bien l'interpréter. Mais "ne pas déranger" ne signifie pas disparaître derrière une neutralité passive ou impuissante. Fin connaisseur de Couperin, Olivier Baumont cherche davantage à émouvoir qu'à surprendre son auditeur. Pour ce faire, il bénéficie d'un cadre propice à l'intimité dans un château du XVIIe siècle où s'épanouit la sonorité ronde et naturellement chantante du clavecin de Jacques Goermans (Paris, 1774) finement captée par Jean-Marc Laisné. Dans ces conditions, l'art français "{superbement exilé chez Bach}" comme l'écrit l'artiste, semble plus que jamais retrouver ses racines, magnifier son goût de l'équilibre, de l'éloquence discrète, du mouvement qui ne déstabilise jamais l'édifice. Connaissant le musicien, on imagine des allemandes et des sarabandes rêveuses ou mélancoliques ; elles le sont en effet à l'image de cette allemande au pastel de la {Suite n° 3} ou de celle, aérienne, de la {Suite n° 4}. Mais si le climat général se veut essentiellement contemplatif et oriente le plus souvent la tête vers les étoiles, il peut aussi faire danser les doigts avec une rare élégance comme dans ces gigues où les rythmes pointés participent à l'animation du geste sans jamais saccader la respiration. "{Enrichir sans déranger}" propose Olivier Baumont pour bien "redire". Il a tenu parole.

100% CRITIQUES
  • Robert Schumann Quatuors à cordes, op.41 n°1 à n°3 - Quintette avec piano op.44

      Christian Zacharias avait déjà enregistré pour EMI, il y a une petite vingtaine d'années, le {Quintette} de Schumann avec les Cherubini, interprétation qui demeure encore aujourd'hui l'une des versions de référence de l'œuvre au disque. Étaient alors loués l'engagement des musiciens et leur sens de la construction. À vrai dire, peu de chose a changé dans la vision qu'a le pianiste de l'œuvre. On salue le jeu très propre, charpenté et coloré de Zacharias, tout comme sa faculté à proposer une vision somme toute classique de l'oeuvre mais néanmoins investie et contrastée. Les Leipziger, plus inspirés que ces derniers temps, répondent parfaitement au piano en proposant un jeu abouti et conquérant. Néanmoins, les Cherubini proposaient une sonorité plus charnue et une qualité polyphonique supérieure, qui nous font préférer la première version de Zacharias. Avec les {Quatuors}, les Leipziger nous offrent certainement leur meilleur disque depuis leurs {Quintettes} de Brahms (MDG), grâce notamment à une cohésion qui fait particulièrement mouche dans ces oeuvres pourtant difficiles et dans lesquelles plus d'un quatuor s'est perdu. Ils parviennent ici aussi à proposer un bel équilibre entre une approche mesurée et classique des œuvres et de forts contrastes d'humeur et de couleurs. D'autres ont été plus loin — Cherubini (EMI), Melos (DG) et Renoir (ZZT) — dans la transmission de l'esprit schumannien, mais incontestablement, les Leizpig signent une belle interprétation, notamment en proposant la version originelle des {Opus 41} {n° 1} et {n° 2}, où l'on redécouvre la pensée cyclothymique schumannienne pas encore polie par le classicisme mendelssohnien. La quatrième étoile revient à cette belle initiative, qui fait la valeur de ce nouvel enregistrement.

  • Igor Stravinsky Les Noces* - Œdipus Rex

      Ces {Noces} se placent au sommet de la discographie. Dans une œuvre aussi difficile à enregistrer, la prise de son élimine d'emblée tous les autres concurrents. En ce qui concerne l'interprétation, les versions non-russes (Boulez, Ansermet...) ne peuvent rivaliser. Une seule exception avec Stravinsky (Sony) dont la seule énumération des quatre pianistes laisse rêveur : Samuel Barber, Aaron Copland, Lukas Foss et Roger Sessions ! Il ne reste donc que la lecture d'Ancerl (1964 !) dont la clarté rayonne mais qui souffre dans la restitution du dynamisme rythmique et d'un style populaire archaïsant. Valery Gergiev utilise un ensemble instrumental prodigieux de souplesse et de mordant. L'homogénéité des voix est incomparable. Les interprètes masculins et féminins ressentent la partition de manière instinctive et traduisent les éléments de ce matériau phonétique, du burlesque à l'érotisme. L'exaltation physique, le caractère baroque et délirant de ces Noces laisse sans voix. Si {Œdipus Rex} est le plus souvent imaginé comme un oratorio, Gergiev le dirige comme un opéra, suggérant d'étranges échos (notamment dans le troisième acte) avec {Eugène Onéguine} et {Boris Godounov}. L'accompagnement flamboyant du chef porte les personnages, brisant la pose figée et hiératique des versions sans âme. Il rythme le drame comme nul ne l'a fait auparavant avec une démesure... crédible. Qui a dit que le latin était une langue morte ? Mais, il y a un bémol de taille. Pourquoi avoir choisi un narrateur dont la diction est arythmique ? Le timbre de la voix de Gérard Depardieu est inadapté et il respire mal le texte. L'artiste est immense, mais pas ici. Quel non-sens après Jean Vilar, Jean Cocteau, Jean Desailly, Jean Piat et Patrice Chéreau !

  • Georg Philipp Telemann Ouverture TWV 55:e3 - Concertos TWV 53:D6, 52:F1, 53:B2, 54:G1

      Fondée en 2006 par quatre jeunes musiciennes (Judith Steenbrink, Lidewij van der Voort, violon, Esther van der Eijk, alto, et Tineke Steenbrink, clavecin), la Holland Baroque Society adapte son volume au gré de projets qu'elle confie à des artistes différents. Les rejoignent ainsi autour de Telemann les hautboïstes Alfredo Bernardini et Anna Starr et la bassoniste Jane Gower déjà repérés dans des enregistrements avec Zefiro, Anima Eterna ou Les Talens lyriques sous la conduite du brillant flûtiste français Alexis Kossenko. Leur présent programme se présente comme un manifeste en faveur du compositeur. "{Telemann est plus grand que l'on pense}" affirme le texte de présentation. "{Telemann donne à [chaque concerto] un caractère unique sans jamais se répéter}" ajoute l'excellent Alexis Kossenko. Dans les quatre concertos retenus, réservés à des combinaisons instrumentales distinctes (flûte à bec et basson ou deux flûtes traversières, hautbois et violon), le compositeur parvient en effet à diversifier les humeurs et les traits durant chacun de leurs quatre mouvements respectifs. Au brio italien, il sait ajouter un sens chorégraphique français, encore plus perceptible dans la première page de l'{Ouverture en mi mineur} qu'on croirait recopiée sur une partition de Jean-Baptiste Lully. La légèreté de l'effectif (onze cordes) et le tempérament manifestement volontaire des artistes permettent de partager l'humour de Georg Philipp Telemann ({Les Cyclopes, Galimatias en rondeau}), de profiter de sa santé rythmique (les finals des concertos) mais aussi de participer à des conversations toujours soutenues et inspirées entre les solistes. Interprété avec une telle générosité, Telemann ne se répète effectivement jamais.

  • Carl Friedrich Abel : Musiques de chambre - J. C. Bach : Quatuor Warb B60 - Quintette Warb B73 - Sextuor Warb B78

      Quoi de plus naturel que de réunir Carl Friedrich Abel et Johann Christian, ou Jean-Chrétien (1735-1782), Bach, dernier fils de Jean-Sébastien ! Londres et la cour anglaise les réunirent. Abel, compositeur et gambiste virtuose, prit son essor dans la capitale à la mort de Haendel. Là, il s'associa à Jean-Chrétien Bach, compositeur en vue et lui aussi musicien de la reine Charlotte, pour une série de concerts novateurs, parmi les premiers à fonctionner par abonnements, où ils se produisaient ensemble. Leur musique de chambre est de premier ordre. La fertile collaboration entre le label Accent et l'ensemble Il Gardellino, récompensée en décembre 2009 par un "Choc" de Classica pour l'enregistrement des frères Benda, nous livre ici des pages dont on finit par ne plus savoir laquelle mérite le plus l'estime tant elles en méritent toutes la plus grande, le {Quintette en fa} étant à placer dans le lot de tête. Les deux musiciens sont considérés comme des précurseurs du classicisme viennois ; mais, dans la mesure où cette idée sous-entend qu'il s'agit de musiciens de transition, il serait plus exact, au regard de leurs compositions, de les considérer pour l'aboutissement musical dont ils témoignent, notamment Jean-Chrétien Bach. L'enchantement est au rendez-vous, qu'il s'agisse des épisodes orchestraux, contrapuntiques, solistes — tous les instruments s'y taillent la part belle — ou de la science des modulations, du traitement mélodique, harmonique ou rythmique, jusqu'au caractère improvisé des deux mouvements de sonate d'Abel. Par la chaleur des sonorités, l'intelligence du jeu, la justesse des tempi, de l'articulation, les musiciens semblent au mieux de leur forme et de leur cohésion.

  • Osvaldo Golijov La Pasión según San Marcos

      Osvaldo Golijov, jeune musicien révélé par le Kronos Quartet qui l'enregistra dès 1994 ({K'vakarat}, sur l'album "Night Prayers", Nonesuch), a décidément fait son chemin ! Après le magnifique "{Ayres}", distingué par la soprano Dawn Upshaw (DG, 2005), il enchaîna deux cantates profanes, {Ainadamar} et {Oceana}, avant d'aborder sa première passion, une {Passion selon saint Marc}, commande conjointe de l'Académie Bach internationale de Stuttgart et du Holland Festival 2008, créée en clôture de la manifestation, le 22 juin — ce dont témoigne le DVD captant l'ouvrage dans sa totalité. Créée en 2000, sous la direction de la chef d'orchestre Maria Guinand (sa dédicataire), l'œuvre a, depuis, connu un joli succès à Boston, New York et Amsterdam, par la même équipe de musiciens d'Amérique latine. À cette originalité des interprètes s'ajoutent la langue choisie, l'espagnol, et l'environnement, l'Amérique du Sud actuelle car, pour le compositeur : "{l'essentiel dans cette Passion, est de présenter un Jésus hâlé, et non le pâle Jésus européen. Il s'agit de ses derniers jours ici-bas, vus à travers l'expérience latino-américaine}." L'œuvre s'éloigne de la méditation et du commentaire de la passion protestante au profit d'un théâtre ritualisé. Des sources sonores multiples — apanage du langage du compositeur —, où se croisent rumbas et autres danses populaires que ne renieraient pas Perez Prado ou Ray Barretto, des chœurs majestueux, et des airs emprunts d'une gravité toute solennelle. Pourtant, rien de disparate dans cette {Passion selon saint Marc} enfiévrée, dont les couleurs latines évoquent celle de la {Misa Criolla} d'Ariel Ramirez, elle aussi composée sur des thèmes populaires. L'interprétation, formidable, des interprètes latino-américains n'est pas pour rien dans l'enthousiasme que suscite cette musique brillamment dirigée par Maria Guinand. Un nouveau succès pour Osvaldo Golijov.

  • Antonio Salieri : Requiem - Beethoven : Mer calme et Heureux voyage, op.112 - Schubert : Offertoire "Intende voci" D.963

      Salieri devint maître de chapelle impérial à Vienne en 1788, plus de vingt ans après s'être installé dans cette capitale. Peu à peu, les circonstances le conduisirent à se détourner de l'opéra (son dernier fut monté en novembre 1804) et à se consacrer de plus en plus à la musique d'église. Comme partitions importantes, il composa notamment, en 1804, un {Requiem en ut mineur} destiné non à être entendu immédiatement, mais seulement à ses propres funérailles : l'ouvrage y fut bien exécuté, mais cet événement n'eut lieu que vingt-et-un ans plus tard. Son {Requiem} respire une atmosphère de fin résignée, voire de dépression. Il a très peu à voir avec celui de Mozart, moins en tout cas qu'un autre {Requiem en ut mineur} composé un an auparavant à Vienne (1803) : celui (enregistré chez CPO en 1992) de Joseph Eybler, qu'en 1791 Constance avait sollicité avant Süssmayr pour "terminer" la partition de Wolfgang. Au début de son {Requiem}, Salieri procède par blocs sonores, les voix solistes (peu utilisées) n'intervenant pour la première fois qu'au {Recordare} de la séquence. Les sujets de fugue sur "Quam olim Abrahae" et surtout sur "Osanna in excelsis" sont originaux, et la musique baigne souvent dans l'éclat ou le drame des trompettes et timbales, avec un catastrophisme rappelant Les Danaïdes. La douceur mélodique et l'ampleur harmonique finissent pourtant par prévaloir sur la tragédie. L'interprétation est excellente. {Meeresstille und Glückliche Fahrt} de Beethoven et l'{Offertoire} de Schubert remplissent parfaitement leur rôle de complément, ou plutôt trop bien : aucune nécessité ne les impose, mieux aurait valu d'autres pages d'Antonio Salieri, ce dont on ne manque pas.

 
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COUVERTURE CLASSICA
AU SOMMAIRE

NUMÉRO 125 SEPTEMBRE 2010

En couverture

Les hauts lieux de la musique

Reportage

Yannick Nézet-Séguin à Rotterdam

Ecoute en aveugle

Le "Concerto n°4" de Beethoven

PUBLICITÉ
editorial
par bertrand dermoncourt

Liszt, déjà !

A peine finie l'année Chopin, on célèbrera en 2011 le bicentenaire de la naissance de Liszt

rencontres

Rencontre avec François Lazarevitch

Rencontre avec le leader des Musiciens de Saint-Julien, ensemble explorant des répertoires peu connus de musique ancienne et traditionnelle, et travaillant sur l’esprit de la danse, le naturel du phrasé musical et les couleurs instrumentales.

Rencontre avec Tobias Richter

De passage à Paris, le directeur du Grand Théâtre de Genève présente sa saison 2010 – 2011 et détaille ses ambitions pour l’opéra genevois.

Rencontre avec Diego Tosi

Rencontre avec le passionnant violoniste qui poursuit son intégrale Sarasate et a rejoint l’Ensemble Intercontemporain depuis 2006.

Rencontre avec Jean-Philippe Audoli

Violoniste du Quatuor Ludwig, Jean-Philippe Audoli est le directeur du festival des Nuits du Château de la Moutte depuis une dizaine d’années. Il nous parle de l’édition 2010 qui se tiendra du 20 juillet au 30 août.

Rencontre avec Hjördis Thébault de Symétrie

La co-fondatrice des éditions Symétrie, par ailleurs remarquable cantatrice, dévoile le secret de ces éditions de beaux livres sur la musique.

Les nouveautés opéra - Emission du 15 juin 2010

Sommaire : Le Cœur du Moulin de Déodat de Séverac (Timpani), Mélodies de Duparc par Nora Gubisch et Alain Altinoglu, In the Still Of The Night par Anna Netrebko et Daniel Barenboïm, The Mozart Album par Danielle de Niese (Decca).

Un Félicien David rare, par Christophe Coin

L’Ensemble Baroque de Limoge dirigé par Christophe Coin publie en exclusivité sur Qobuz les quintettes Les Quatre saisons de Félicien David. Le grand violoncelliste raconte cette aventure musicale et numérique.

Rencontre avec Nikolai Lugansky

Dans un long entretien exclusif, le grand pianiste moscovite raconte son nouveau projet Chopin, froisse les clichés sur l’Ecole Russe et raconte ses envies musicales espagnoles.

Écoute en aveugle Le "Te Deum" de Marc-Antoine Charpentier

Le Te Deum de Charpentier est devenu célèbre en 1953 quand l'eurovision tout juste créée en a choisi les premières mesures comme indicatif. Les interprètes doivent garder à l'esprit que cette musique d'apparat est aussi un hymne d'humilité devant Dieu. Cette écoute en aveugle est commentée par Philippe Venturini (PV), Bertrand Dermoncourt (BD) et Jérémie Rousseau (JR).

Rencontre avec Imogen Cooper

Rencontre avec la grande pianiste londonienne en pleine introspection schubertienne.

Rencontre avec Jonathan Bénichou

Rencontre avec Jonathan Bénichou, personnalité rare sur la scène des jeunes pianistes français.

Rencontre avec l'ensemble Les Ombres

Jeune ensemble baroque fondé par d’anciens étudiants de la Schola Cantorum de Bâle, Les Ombres publiera à la rentrée le premier disque de la nouvelle collection Jeunes Ensembles d'Ambronay Éditions. Rencontre avec leurs fondateurs, la violiste Margaux Blanchard et le flûtiste Sylvain Sartre.

Le compositeur du mois

10 vérités sur Antonio Vivaldi

L'auteur des Quatre saisons fut totalement oublié pendant deux siècles ! Ce n'est pas le moindre paradoxe d'un compositeur qui fut célèbre de son vivant dans toute l'Europe et mourut dans la misère. L'œuvre de Vivaldi est elle-même un véritable continent qu'on n'a pas fini d'explorer : en témoigne la monumentale édition discographique entreprise par le label Naïve. Plongée dans un univers unique et envoûtant... en dix vérités.

 
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Franz Schubert

Par Philippe Cassard

Pour le pianiste Philippe Cassard, Franz Schubert ( 1797 – 1828) est bien celui qui, selon l’épitaphe du poète Grillparzer fit chanter “la poésie et parler la musique”.

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Miles Davis

Par Jean-Pierre Jackson

Miles Davis fut l’un des rares jazzmen à connaître la gloire. Il voulait aussi la célébrité. Les deux dernières décennies de sa vie, Miles Davis les a donc vécues en rock star. C’est cette image, marquée par les années 1980, d’un musicien à la mode, qui subsiste à l’orée du XXIe siècle. C’est ce cliché que Jean-Pierre Jackson remet en question dans son Miles Davis. Replacée sans complaisance dans son contexte esthétique et biographique, l’oeuvre du musicien n’en prend que plus de force.

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Félix Mendelssohn

Par Jérôme Bastianelli

Il fut, selon Friedrich Nietzsche, le bel incident de la musique allemande. Cet enfant prodige (1809-1847), plus génialement précoce encore que Mozart : à 17 ans, avait déjà écrit deux de ses purs chefs-d’œuvre.

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Anton Bruckner

Sous la direction de Philippe Herreweghe

Comme celle de Schubert, la musique de Bruckner est profondément mélancolique, elle pleure le pardis perdu, elle évoque comme nulle autre l’apaisement dans la nature maternelle.

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Henry Purcell

Par Claude Hermann

Le 21 novembre 1965 disparaissait à Londres, à l’âge de trente-six ans, celui que ses contemporains surnommaient l’ “Orphée britannique”.

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Ludwig Van Beethoven

Par André Tubeuf

Peut-être y a-t-il des musiciens plus grands, ou meilleurs. Mais le seul Beethoven à tout instant de sa meilleure musique nous communique l’urgence qui est en lui, de convaincre, d’entraîner.

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Jean-Baptiste Lully

par Agnès Morel

Fabuleux destin que celui de J-B Lully (1632 – 1687). Au coeur de cette vie hors du commun, l’invention et l’organisation de l’opéra de Louis XIV, dont il sera l’ami et le serviteur. La rencontre entre le Roi-Soleil et ce fils de meunier florentin est l’une des plus inattendues et passionnantes de l’histoire esthétique européenne.

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Leonard Bernstein

Par Renaud Machart

Le nom et la renommée de Léonard Bernstein restent pour l’essentiel liés à sa carrière de chef d’orchestre, à ses émissions télévisées de pédagogie musicale. Cet essai associe un portrait psychologique de ce compositeur janusien à une analyse acessible des carctéristiques premières de sa musique, si méconnue en France, tout en ne négligeant pas ses apports précieux aux domaines de la direction d’orchestre et de la pédagogie.

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