Suivre les degrés de la vie de Chopin, les chemins de son apprentissage, ses rencontres, ce qui a fait l'homme et l'artiste... Voilà comment Classica fête le compositeur tout au long de cette année anniversaire. Sixième épisode de notre feuilleton — George Sand — narré par Alain Duault.
Pendant quinze ans, au fil de ses 724 (!) numéros, "Apostrophes" et son célèbre générique signé Rachmaninov ont fait aimer la littérature à des millions de personnes. Merci Bernard Pivot !
Musicien inclassable, le navigateur Jean-François Zygel revient cet été sur France 2 avec une nouvelle "Boîte à Musique".
À ne pas manquer La manifestation (12 au 30 juillet 2010) fête cet été son anniversaire : vingt-cinq ans d'œuvres disparues ou rares, de grands interprètes, de jeunes solistes et de mille et une surprises.
Le compositeur polonais est l'Invité spécial de la soixantième édition du Festival Pablo Casals de Prades (du 26 juillet au 13 août 2010). Trois questions à Krzysztof Penderecki.
30e anniversaire pour le Festival de Saint-Céré en Dordogne, qui se déroulera du 20 juillet au 14 août 2010.
Le Festival Messiaen au Pays de La Meije rend hommage à Pierre Boulez. Du 31 juillet au 8 août 2010
Il est temps de réserver pour trois festivals bretons qui se dérouleront en cet été 2010 : Les Musiciennes d'Ouessant, du 2 au 6 août ; le Festival de musique sacrée de Saint-Malo, du 26 juillet au 23 août ; le Festival de Dinard, du 4 au 18 août.
Nous sommes allés chez Nelson Freire, à Rio, le voir écouter la mer, savourer le temps de son jardin paradisiaque et l'écouter parler de son cher Chopin : un artiste rare.
Cent trente rôles, plus de trois mille représentations : le chanteur de tous les records est un mythe vivant. À soixante-neuf ans, le ténor, qui après des problèmes de santé, retrouve Simon Boccanegra sur les grandes scènes du monde, se livre à Classica.
Hommage à Régine Crespin. Une flamme française chez Actes Sud, un livre de souvenirs sur la cantatrice qui fut tant aimée.
À la suite de la critique — parue dans lenuméro Classica de juin 2010 — du troisième volume de son Histoire du quatuor à cordes, paru chez Fayard, Bernard Fournier a demandé ce droit de réponse, qui a été publié dans le magazine et que nous reproduisons à notre tour.
L'éblouissant Jonas Kaufmann dans son premier Werther à l'Opéra-Bastille (janvier 2010).
Le piano n'est décidément pas un instrument comme les autres. à l'image de tous les objets hautement symboliques, il est une source d'inspiration intarissable pour les designers et créateurs auxquels font appel les grands fabricants pour des réalisations parfois très étonnantes.
Pendant quinze ans, au fil de ses 724 (!) numéros, "Apostrophes" et son célèbre générique signé Rachmaninov ont fait aimer la littérature à des millions de personnes. Merci Bernard Pivot !

Les grandes voix émeuvent aux larmes dans le chef-d'œuvre de Puccini. Mais attention, ici la magie vient aussi de l'orchestre : Tosca est en fait un opéra de chef. Cette écoute en aveugle est commentée par Bertrand Dermoncourt (BD), Jérémie Rousseau (JR) et Nicolas d'Estienne d'Orves (NEO).
Le Te Deum de Charpentier est devenu célèbre en 1953 quand l'eurovision tout juste créée en a choisi les premières mesures comme indicatif. Les interprètes doivent garder à l'esprit que cette musique d'apparat est aussi un hymne d'humilité devant Dieu. Cette écoute en aveugle est commentée par Philippe Venturini (PV), Bertrand Dermoncourt (BD) et Jérémie Rousseau (JR).
Mahler écrit sa "neuvième symphonie" comme un testament : dans cette somme tragique, il récapitule sa vie, portant les moyens expressifs à leurs limites. Ici, entre les détails infinis de la partition et l'immense arche de l'œuvre, le chef est en permanence sur le fil. Cette écoute en aveugle est commentée par Eric Taver (ET), Bertrand Dermoncourt (BD) et Stéphane Friédérich (SF).
La Barcarolle est une des toutes dernières compositions de Chopin, une œuvre lumineuse qui ne cherche pas les effets. Qu'on la considère comme nostalgique et rêveuse, ou plus dramatique et nerveuse, seule compte la spontanéité. Cette écoute en aveugle est commentée par Franck Mallet (FM), Arnaud Drillon (AD), Eric Taver (ET) et Philippe Venturini (PV).
Quand Mozart écrit la Grande messe KV 427, il est enfin libre. L'œuvre manifeste cette indépendance : lyrique et spirituelle, pieuse et sensuelle. Un véritable défi pour l'interprète. Cette écoute en aveugle est commentée par Philippe Venturini (PV), Eric Taver (ET) et Bertrand Dermoncourt (BD).
Jan Vogler et ses chevaliers dans « Machine gun » : c’est pas d’la bombe !
Ce disque rare se prête à un jeu collectif (à condition d’acheter une, voire deux boîtes de boules Quiès en sus).
Le label Gallo a décidé opportunément de publier 3 CD réunissant l’acmé de la production discographique du musicien virtuose Michel Tirabosco à la flûte de pan (le flûtiste a enregistré 12 CD). Belle occasion pour nous de faire connaissance avec l’artiste.
Lue sur Wikipédia cette présentation des Images, d'une éblouissante pertinence. Eclatantes perles, comme on vous aime !...
Quelques rééditions de bandes oubliées, mais aussi de splendides prises sur le vif, certaines inédites, nous font redécouvrir de grands noms de la baguette.
Tout n’a pas été dit sur Haydn, Schubert, Schumann et Brahms. Leurs chefs-d’œuvre continuent heureusement de tenter les musiciens et les éditeurs de disques…
Nous ne vous ferons pas l’injure de vous poser la question : « Aimez-vous Brahms ? » Hagai Shaham met tout en œuvre pour nous le faire adorer. Mais connaissez-vous les compositeurs Christian Joseph Lidarti ou Charles-Auguste de Bériot ?
Solistes et ensembles explorent, sans toujours convaincre, le répertoire chambriste ou concertant de la flûte, du hautbois, du basson et de la clarinette.
Le Norvégien Terje Rypdal revient en grande forme pour un tour de piste post-coltranien avec son album Crime Scene.
De la voix hors du commun de Meredith Monk au Bach rendu universel par Richard Galliano.
De la trompette surnaturelle de Jacques Coursil au ukulélé revigorant ambiance Tahiti douche, en passant par la musique électronique et improvisée de Carol Robinson.
De la magie sophistiquée de Kurtágonals au folk revisité avec délicatesse par Sting, en passant par un méditerranéen Évangile selon Jean chanté par Abed Azrié.
Il y a toujours chance d'événement quand Testament nous révèle un {{Wagner}} enfoui et ce {Parsifal} de Covent Garden 1959 ne manque pas à la règle. Mais le bienfait n'est pas où on l'attend. Kempe au pupitre n'est que très (trop ?) suavement lyrique d'abord, ne dramatisant l'action qu'au II ; Gerda Lammers, révélée en remplaçant pour lui Christl Goltz en Elektra, n'apporte à Kundry qu'un aigu extrêmement assuré en fin du II mais peu de caractère : on a vu cette excellente troupière en Isolde, individualité, accents et couleur pour Kundry manquent. Karl Liebl, à peu près dessous de panier à l'époque, serait hors de prix aujourd'hui : correction, sentiment juste, endurance. La rareté de l'album tient à Frick, exclu du Bayreuth d'alors, mais plus noir et profond de voix qu'aucun Gurnemanz et d'une chaleur, d'une humanité, d'un bien dire superbes ; et de Wächter, quelques années après London et peut-être bien au-dessus de lui le plus déchiré, humble et touchant Amfortas. La qualité sonore ne semble pas aussi pure et constante que d'habitude. {{Testament}} 4 CD SBT41455 ★★★ Acheter le coffret. Disponible en qualité CD (LossLess)
Un baryton au-dessus {{Toutes les interprétations de Dietrich Fischer-Dieskau sont des moments exceptionnels d'intelligence et de beauté à thésauriser.}} Même par les standards de Fischer-Dieskau il faut marquer de plusieurs pierres blanches une quadruple parution chez Audite (qui a déjà publié tant de ses premiers essais radiophoniques). On passera plus facilement sur un {{Mahler}} avec {{Barenboim}} au piano en 1971 qui n'apporte rien de neuf. Enthousiasme, connivence surtout, exemplaires. {{Audite}} 95634 - Écouter & télécharger ({{Disponible en qualité CD}}) {{Brahms}} avec {{Vasary}} (1972), c'est autre chose : avec un partenaire pianiste inédit, la réussite sur 66' d'un panorama brahmsien exemplairement équilibré. {Es träumte mir} et {Feldeinsamkeit} sont inimaginables de souffle, de tenue. Remarquable concentré brahmsien, alternative aux quasi intégrales avec Sawallisch ou Barenboim. {{Audite}} 95635 - Écouter & télécharger ({{Disponible en qualité CD}}) Douze duos de {{Schumann}} avec {{Gorben}} au piano, c'est la magie pure et simple, {{Varady}} y apportant (1977) sa lumière, sa vibration émotionnelle inouïe. {Mignon} incomparable, coquetages amoureux divins. On est au ciel. Il s'y ajoute, d'intérêt discographique évidemment moindre, des {Gellert Lieder} de Beethoven de 1951 et 3 {Wunderhorn} de 1953 avec Klust. {{Audite}} 95636 - Écouter & télécharger ({{Disponible en qualité CD}}) Une vraie surprise enfin : nouveautés absolues dans une discographie gigantesque, nous sont offertes les méditations (indéniablement austères, mais sublimes d'élévation) de {{Reger}} puis {{Sutermeister}} (autrement hardi, modernisant) avec l'orgue de {{Bremsteller}}. Il s'y ajoute un exceptionnel ensemble {{Hindemith}} qui met poétiquement la barre très haut : Nietzsche, d'étonnants Novalis (notamment le très développé {Lied des Totens}) et trois {Hymnes} de Walt Whitman. Avec {{Aribert Reimann}} au piano, la révélation est de taille ! {{Audite}} 95.6367 - Écouter & télécharger ({{Disponible en qualité CD}})
La retraite à 70 ans {{Jose Van Dam tire sa révérence après de bons, longs et loyaux services. Le label Cypres lui rend hommage de belle manière.}} Bien sûr, il y a des scories. Les grincheux auront beau jeu de faire remarquer que l'orchestre est dans une forme aléatoire, que les cordes sont en pleine déroute dans le Monologue du Hollandais, que la prise de son est parfois lointaine, qu'il y a beaucoup de bruits de scène, que les partenaires de José van Dam sont inégaux ... Il est vrai que Catherine Malfitano ne fait pas dans la dentelle quand elle chante Salomé, et que Jules Bastin manque un peu de graves en Inquisiteur de Don Carlos. Mais que pèsent ces vétilles quand un coffret nous fait toucher d'aussi près la quintessence de l'art du chant ? Pendant 30 ans, José Van Dam a réservé à La Monnaie de Bruxelles ses prises de rôles les plus essentielles. Mis en confiance par une équipe qu'il lui savait dévouée, il a osé dans l'intimité de ce théâtre des choses qu'il n'aurait, de son propre aveu, pas faites ailleurs. Ce double CD est donc l'occasion d'un bilan, au terme d'une carrière exemplaire par sa prudence, son côté "anti-star" et sa patience. C'est ici que le discophile découvrira l'art de Van Dam dans ce qu'il a de plus unique : un chant épuré, toujours parfaitement juste, dédaigneux des effets et de l'histrionisme, qui atteint à l'émotion la plus sublime précisément par l'absence d'artifice. Un chant qui sait aussi que l'opéra, c'est du théâtre avant tout, et que l'intelligibilité du mot y est vertu cardinale. Qu'il interprète en français, en italien, en allemand ou même en russe, José van Dam est compréhensible en permanence. Une vertu aussi rare que précieuse dans le monde de l'opéra actuel, où l'on chante si souvent en volapük. C'est peut-être cette attention au mot qui fait des Wagner les sommets absolus du coffret. Wagner, musicien-poète, auteur de ses propres livrets qui harcelait sans cesse ses interprètes pour qu'ils disent leurs rôles. On n'a probablement jamais entendu un Amfortas aussi éloquent que celui-ci, sans parler de Hans Sachs, dont la poignante mélancolie prend à la gorge. Mais on n'est pas près d'oublier non plus ce Jochanaan qui nous fait voir Dieu par la violence de ses imprécations, ce Boris Godounov si fragile sous sa couronne, rongé par le remords, ce Mephisto de Berlioz à l'élégance glaçante mais sans rien de la vulgarité expressionniste que tant d'autres s'ingénient à y mettre. Partout, José van Dam a laissé la trace d'une perfection et d'un fini qui sont véritablement ceux d'un maître. Nous le regretterons amèrement, et ce coffret occupera désormais la place qu'il mérite : la plus haute dans l'histoire du chant d'opéra.
La perpétuité pour Carlos {{Voici réunis en un somptueux coffret de 12 CD les enregistrements que Carlos Kleiber effectua pour Deutsche Grammophon.}} Tous les discophiles possèdent les enregistrements DG de Carlos Kleiber (1930-2004). Les voici réunis pour célébrer les 80 ans de sa naissance. Kleiber, perfectionniste, doutant de son talent, enregistrait peu : chacun de ses disques était guetté comme une pierre précieuse. Pour approcher son art, mais peut-être aussi pour approcher la musique "classique" tout simplement, le coffret de dix DVD annoncé par DG en complément de ces CD est probablement encore plus essentiel : comme avec Bernstein, mais dans un style radicalement différent, la musique, sa force comme sa subtilité, se lisait sur le visage et s'exprimait à travers tout l'organisme de Carlos Kleiber. Au disque, cela s'entend, et comment ! Pour DG, il a dirigé trois des plus impeccables orchestres germaniques, qui semblent pourtant aller encore plus loin qu'à l'habitude dans la perfection de la mise en place, dans le creusement des reliefs. Mais la perfection, pour Kleiber, n'était pas un outil à mettre au service de l'expression musicale. Au contraire : c'est l'exigence de chaque instant dans l'engagement émotionnel qui imposait de réaliser la musique avec un soin extrême. Les quatre opéras et les cinq symphonies regroupés ici sont donc, comme on dit, des références incontestables, des monuments de la discographie déjà commentés mille fois. Leur rassemblement permet de souligner un des miracles de la direction de Kleiber, l'adaptation absolue du style de direction au répertoire dirigé : l'orchestre envoûtant de {Tristan} n'a rien à voir avec la puissance orgiaque des {Symphonies} de Beethoven, la vitalité élégante de {La Chauve-souris} apparaît comme un antidote aux noirceurs dépressives de l'"{Inachevée}". Stendhal l'avait bien dit : "{Le meilleur style est celui qui se fait oublier}".
Sergio Azzolini, fou de basson {{Les concertos pour basson de Vivaldi connaissent une nouvelle jeunesse avec un instrumentiste hors normes.}} Sergio Azzolini est un bassoniste hors normes, généreux, virtuose, sachant rendre toutes les subtilités mélodiques de son instrument. Écoutez les deux premiers {Concertos} qui ouvrent ce magnifique CD pour en être convaincu : Ah, le dialogue basson-orchestre dans l'{Allegro} du {RV 493} et le {Presto} du {RV 495} ! Tour à tour, le basson se fait goguenard, bavard, moqueur, tourbillonnant de maestria et surtout ivre de liberté. Nous sommes loin des ritournelles vivaldiennes qu'on écoute distraitement. Quel dialogue, quel lyrisme, quelles mélodies, annonciatrices d'un nouveau genre musical, le classicisme. Écoutez, par exemple, le {Largo} du {RV 477} ou du {RV 503}. Là, finies les gondoles à Venise, les envolées époustouflantes et charmeuses — les clichés vivaldiens —, mais plutôt la Venise mystérieuse, aux trésors envasés, ville à la mort annoncée et toujours repoussée. Jamais musicien ne se sera autant identifié à sa ville, excentrique et fou, subtile et énigmatique à la fois. Les {Concertos pour basson} composés par Vivaldi sont des œuvres de maturité, écrites entre 1720 et 1725. Précisons que le basson est un instrument qu'affectionnait particulièrement Vivaldi. Après le violon pour lequel il composa pas moins de 230 concertos, Vivaldi en écrira 39 pour lui. Il n'y a jusqu'à aujourd'hui aucun équivalent — en quantité et en qualité — qu'un compositeur aura consacré à cet instrument. Sans faire oublier les I Musici qui accompagnaient Klaus Thunemann (Philips), virtuoses et trop sages —, nous passerons sous silence Smith-ASV et Benckox-Naxos —, l'Orchestre L'Aura Soave Cremona et Sergio Azzolini savent donner des couleurs, et une liberté sans pareils. Ce nouveau CD place la collection "Vivaldi Edition" comme une référence incontournable des œuvres du Prêtre roux.
Hommage au métissage culturel {{Par la manière et la matière, voici l'album de Jordi Savall le plus transgressif, où se télescopent musiques de colons et d'esclaves.}} Fort de ses monumentaux livres disques convoquant autour d'Hespèrion XXI des musiciens de tous horizons, la palette sonore de Jordi Savall s'enrichit à présent de groupes mexicains et colombiens. L'humanisme militant du chef catalan s'incarne dans ce CD festif. La matière, on la connaît déjà. Elle fut traitée dans un précédent volume intitulé "Villancicos y Danzas criollas". Les compositeurs hispaniques y découvraient la rutilance débordante des musiques du Nouveau Monde. Ce "Nuevo Mundo" semble un retour à l'envoyeur. Les musiques des colons y sont définitivement contaminées par les sons des marges et des "bas-fonds". Car il n'y eut pas que missionnaires et hommes d'armes à débarquer avec les conquistadors, toute une société complexe les accompagnait. Tirées des armoires de l'Inquisition, les pièces choisies sont moqueuses, irrévérencieuses, voire anticléricales ({El Cielito Lindo}). Traces nègres de l'esclavage, zestes aztèques ({Xochipitzahuatl}) ou turbulences portuaires : les {jacaras} et les {canarias} se découvrent ici de singulières racines. Album de confluences plus que d'influences, il nous livre l'instant précis où l'esprit blanc épousa le mystère indien avant de repartir, ivre de transe caraïbe, vers les cours occidentales. Les basses obstinées, toujours actuelles dans les musiques mexicaines (écoutez {Maria Chuchena}) vont devenir les chaconnes des ballets de cour, cette danse que Cervantès nomme une "mulâtresse indienne". Savall n'hésite pas à faire intervenir le zapateado andalou et la raucité mexicaine dans des versions délurées de Santiago de Murcia et de Gaspar Sanz. Pourquoi pas ? Seul compte le plaisir du jouer ensemble. Tout semblait avoir été dit de ce répertoire, sauf ses saveurs et ses couleurs. Elles sonnent irrésistibles, comme la {Guaracha} et la {Cachua} qui referment ces folies créoles, parfaites pour l'été.
Tout un monde si proche... {{Ne vous laissez pas effaroucher ! La musique d'Henri Dutilleux, héritière de la grande tradition française, est accessible à tous.}} Magicien de l'orchestre, Henri Dutilleux aura finalement peu écrit pour le piano. Il y a bien sûr la {Sonate} de 1948, que le compositeur considère comme son opus 1. Cette œuvre de près de 30 minutes est un classique du XXe siècle, où une séduisante rhétorique narrative fait alterner "{l'éclat pointilliste et l'exubérance lyrique}" (Robert Levin). Ensuite, le catalogue ne s'est enrichi que de petites pièces aphoristiques ({Petit Air à dormir debout, Backbird, Tous les chemins... mènent à Rome}, etc.) ou expérimentales ({Figures de résonances pour deux pianos}), puis des trois {Préludes} et leurs subtils jeux de timbres. Il convient pour être complet d'ajouter une série de pièces moins abouties mais charmantes composées pour la radio en 1946 ({Au gré des ondes}, série de six petits morceaux utilisés comme interludes ou illustrations sonores). Ainsi on est en mesure de consacrer un disque "d'intégrale pour piano" de Dutilleux : celui du pianiste américain Robert Levin est déjà le troisième de ce type. Magnifiquement agencé, présenté et enregistré, il fera désormais figure de référence. Si l'on pouvait penser que la version d'Anne Queffélec (Virgin) manquait d'éloquence, celle de John Chen (Naxos) de maturité, il faut reconnaître que Robert Levin, lui, ne manque de rien. Beauté de la sonorité, sens du mystère des sons, maîtrise de la forme : autant de qualités qui rendent hommage à la musique sans jamais la travestir. Geneviève Joy, la femme du compositeur et dédicataire de la {Sonate}, en donnait une image volontiers plus "moderniste" dans ses enregistrements de référence parus chez Erato : style percussif, tempos vifs argent, contrastes saisissants, sonorité claire, voire un peu dure. Les pianistes actuels semblent vouloir rattacher ce corpus à la grande tradition française et proposent ainsi une approche plus impressionniste. Il est vrai que de Debussy à Dutilleux, il y a un monde... pas si lointain.
Vox Luminis, vox Dei {{Vox Luminis honore la musique fervente de Samuel Scheidt, à la croisée de la gravité luthérienne et de l'expressivité italienne.}} Destinés à un double chœur de huit voix a cappella, les motets des {Sacræ Cantiones} (chants sacrés) choisissent leurs textes parmi les Psaumes et Évangiles dans leurs versions latine ou allemande. Ils y évoquent autant la solitude du pécheur que la mélancolie du temps qui passe ou la tendresse de la Nativité. Le jeune ensemble Vox Luminis a retenu six des trente-huit numéros qui composent ce recueil paru en 1620 à Hambourg et y ajoutent trois motets à cinq voix extraits des {Geistliche Concerte} (concerts spirituels) publiés dans les années 1630 en quatre volumes. À la richesse polyphonique renaissante des premiers répond la flexibilité mélodique baroque des seconds : le collectif d'un côté, l'individuel de l'autre, la gravité septentrionale d'une part, la sensibilité méridionale de l'autre. Cette distinction reste évidemment très caricaturale mais elle permet d'imaginer la musique d'un compositeur saxon, natif de Halle, influencé par les inventions italiennes en ce premier XVIIe siècle. Scheidt étonne par son habilité à mettre le texte en relief. Une écoute, même distraite, ne peut que laisser devenir la joie de la Résurrection (le balancement ternaire de {Surrexit Christus hodie}) ou l'inquiétude du fidèle (les madrigalismes sur "falschen und bösen" (les faux et les méchants) dans {Richte mich Gott}). Une écoute attentive permet d'apprécier la justesse expressive des chanteurs, la perfection de leur intonation, la clarté des lignes (fort bien restituée par la prise de son), leur homogénéité colorée (doublures instrumentales) et, surtout, leur engagement général, enthousiaste et convaincu au service d'un répertoire injustement négligé. Pièce centrale de cette anthologie, le {Vater unser im Himmelreich} (Notre Père qui es aux cieux) déploie sa longue prière (une vingtaine de minutes) avec une intensité et une ferveur que devait partager le pasteur Johannes Wtenbogaert, contemporain de Scheidt, peint par Rembrandt et judicieusement choisi en illustration.
Jonas Kaufmann (Lohengrin), Anja Harteros (Elsa), Wolfgang Koch (Telramund), Michaela Schuster (Ortrud), Christof Fischesser (Heinrich), Eugeny Nikitin (le Héraut), Chœur et Orchestre du Bayerische Staatsoper, dir. Kent Nagano, mise en scène Richard Jones Decca 2 DVD 0743387 (Universal); 2009. 3 h 27' Son ♥ ♥ ♥ Image ♥ ♥ ♥ - La note de Classica Sous le cygne de Jonas {{Jonas Kaufmann nous illumine une nouvelle fois de son talent. Sous la direction de Kent Nagano, il incarne le preux chevalier Lohengrin. Sa voix se fait lyrique et héroïque, sensuelle et torride, pour les beaux yeux d'Elsa.}} Déjà au théâtre au bout d'un acte les intentions de la mise en scène, de toute façon fumeuses (la maison qu'on bâtit, Elsa en habit de travail, le bureau des {missing persons} etc.) ne nous intéressaient plus : les personnages, Dieu merci, préservés par la mise en scène et fortement dessinés, nous suffisaient. Et d'autant plus au DVD où la caméra les suit intelligemment et les montre de près, bien photographiés, et présents à en effacer tout le reste : le décor pas toujours compréhensible mais commode, les accessoires (maison pour pouponner, berceau, le feu qu'on y met : idées, idées). L'essentiel est que musicalement ce {Lohengrin} du festival 2009 ait bénéficié de l'orchestre au monde qui sans doute le possède et le rend le mieux, en a dans ses cordes la luminescence très particulière, et aussi le long souffle tranquille. Très visiblement Nagano se trouve avec lui en pleine complicité : dans ce sostenuto pas trop tendu, aux belles diaprures (sans agitations incongrues toutefois) tout respire à l'aise — même les chanteurs. Très en vedette, et d'autant plus guetté, était le couple roi, Jonas Kaufmann et Anja Harteros. Montrés ainsi de près (et si on peut dire en détail), avec une vérité et souvent une beauté de mouvement et de visage proche du sublime, ils ne sont pas loin de l'idée qu'on peut se faire, en chant comme en jeu dramatique aussi, du surnaturel. Elle offre un legato de lumière dès l'arrivée de Lohengrin (le temps du Rêve elle sera chauffée), un nocturne au balcon qui est l'extase même (pour nous aussi) avant de se hausser au III à la stature (requise par Wagner, si rarement atteinte par une Elsa) d'une Isolde outrée, et avec quel profil, quels yeux ! Lui, abordant pour la première fois un rôle pour lequel il a tout, et d'abord cette aura qui ne s'acquiert pas, a su oser les contraires, l'intimité murmurée du pianissimo comme le métal plus héroïque. Revers de la médaille : au DVD son Graal d'abord presque silencieux, intériorisé, médusant à la scène, fait forcément un effet moindre, comme si c'était facile !!!. Une incarnation absolue, qui ne retrouvera peut-être jamais plus pareil état de grâce. Face à pareil couple, les autres paraîtront forcément un peu comparses. Bien injustement : à pareil niveau d'ensemble, chacun doit fonctionner au-dessus de soi-même. Tous sont vrais et jouent dépouillé, comme à nu, le Roi de Fischesser, noble autant que bonhomme, le Telramund de Koch sans noirceurs outrées, l'Ortrud qui pousse une très plausible Michaela Schuster à ses limites. Ainsi se trouvent renvoyées à l'absolument second plan (d'où la mise en scène ne devrait jamais les laisser sortir) les chimères d'un spectacle trop cherché. Ne nous restent pratiquement que les vertus transcendantes de personnages inspirés, puissamment présents. C'est à monter au ciel !
Concentré sacré {{Musica Ficta et Raúl Mallavibarrena restituent tout l'art de Victoria, mélange d'émotion dramatique et de rigueur artistique.}} Ces {Répons des ténèbres} du compositeur espagnol Tomas Luis de Victoria ne présentent guère de point commun avec les {Lamentations de Jérémie} de 1605, récemment enregistrées par les Tallis Scholars (cf. "Choc" de Classica). Là où le cycle récent enchaîne d'amples compositions sur une large variété d'effectifs vocaux et d'échelles modales, les répons de 1585 suivent le parti inverse : mode unique de {Ré} pour la totalité des dix-huit pièces, effectif constant à quatre parties, texture musicale sobre d'effets. Cette économie de moyens a conduit la plupart des interprètes à jouer la carte de l'ascèse sonore : on se souvient de la mélancolie crépusculaire des Pro Cantione Antiqua (1978/ DHM) ou bien de la transparence des Tallis (1990) comme de jalons marquants dans une discographie devenue pourtant, depuis près de 20 ans, beaucoup plus discrète sur ce chef-d'œuvre austère et fascinant. Originale, la lecture de Raúl Mallavibarrena modifie les perspectives et montre comment sous l'apparence de rigueur se cache un foisonnant "suivi" musical des textes, une dramaturgie de l'instant qui autorise la découverte de ces 18 répons comme autant d'étapes d'un vaste drame. Le ton surprend par son flamboiement expressionniste, aux antipodes des conceptions mystiques précédentes : chaque mot étant chanté avec une projection dramatique intense ("Tamquam ad latronem" !), on entend la suite des répons de façon théâtrale et sombre, mais qui ne se départit jamais d'une élégance de chant et d'émission admirables, observant partout la gravité et la mesure du propos. Avec son singulier mélange de panache et de détachement, voici assurément un nouveau jalon dans la discographie de Tomás Luis de Victoria.
Passions, mode d'emploi {{Anthony Rooley nous fait découvrir tout un chapitre de musique anglaise inconnu plein de vitalite, d'humour et de philosophie.}} Cette {Ode for music}, composée à Oxford en 1750, se présente comme une sorte d'oratorio ou de cantate moraliste qui ressemble assez aux "pastorales" de Haendel. Les personnages n'appartiennent à aucune histoire (on n'est pas dans l'opéra). Ce sont des concepts, les passions humaines, à l'exception notable des extrêmes que sont l'amour et la haine, déjà tellement illustrés par ailleurs... Anthony Rooley décrit dans la notice comment ses recherches sur la tradition anglaise de Sainte Cécile l'ont conduit à la découverte de "{tout un chapitre de musique anglaise complètement inconnu, résumant toute la fiévreuse énergie exploratrice du XVIIIe siècle}." La promesse n'est pas mince et elle n'est pas usurpée ! Imaginons une Grèce des temps antiques, pré-homérique où une belle jeune fille, Musica, attire autour d'elle, par son art, toutes les passions qui, une fois l'heure de la Folie arrivée, tentent de prouver leur propre pouvoir expressif. Chacun d'eux commence par décrire lui-même la musique qui lui sert de support. Le génie de Hayes trouve à chaque fois la traduction et l'orchestration idoine, rivalisant avec le génie d'un Haendel auquel on ne peut s'empêcher de penser, même si celui de William Hayes reste d'une réelle originalité. Nous sommes vraiment en face d'une sorte de manuel des comportements qui se déroule à la manière d'un film tragico-comique du plus grand intérêt. Cette réussite totale résulte de la conjonction optimale de la curiosité et de l'enthousiasme d'un chef et de la réunion d'interprètes d'exception. Une vraie et très belle découverte !
Passeur des temps modernes {{La musique sombre et élégiaque de Gavin Bryars flotte dans une atmosphère captivante et irréelle, entre jazz et classique. }} Réjouissons-nous de retrouver plusieurs des œuvres majeures de Gavin Bryars, comme son {Concerto pour violon "The Bulls of Bashan"} qui présente une certaine parenté avec le précédent {Concerto, pour violoncelle "Farewell to Philosophy"} (Philips, 1996) et le ballet {Biped}, composé en 1999 pour Merce Cunningham (GBR, 2001). Commande de l'ensemble canadien Primavera Chamber Orchestra en 2000, l'œuvre cultive moins la virtuosité de l'instrument soliste que la cohésion de l'orchestre constitué uniquement de cordes. À la manière de la {Berceuse élégiaque} de Busoni (pièce fétiche du compositeur !), un rythme lent, au lyrisme affecté et solennel, porte le violon solo comme une procession funèbre. "{L'usage considérable de sourdines, avec des transitions progressives entre les passages avec et sans sourdines, puis l'inverse, à la façon d'un fondu sonore}" (Gavin Bryars), crée une atmosphère unique, irréelle. Charon des temps modernes, le violon de Gwen Hoebig dérive sur les flots sombres de la destinée, entre {La lugubre gondole} de Liszt et l'{Île des morts} de Rachmaninov. Une sérénité et un détachement que l'on retrouve dans les tonalités crépusculaires de {The Porazzi Fragment,} pour 21 instruments à cordes solos (1999), imaginé à partir d'un thème de treize mesures de Wagner — sorte de mélodie ultime, "{dernières pensées musicales}" selon Cosima Wagner, qu'il aurait jouée au piano la veille de sa mort, à Venise, en février 1883. Célébrant les registres graves de la contrebasse, en particulier celle de Charlie Hayden, à qui elle est dédiée, {By the Vaar} (1987) est ici interprétée par le compositeur lui-même à la contrebasse solo — instrument qu'il connaît bien depuis ses débuts dans le jazz, dans les années 1960. Autre partition réussie, les {Three Songs}, pour voix et orchestre de chambre, avec en soliste la chanteuse Holly Cole, nimbée d'une douceur automnale, à la manière des mélodies de Carla Bley. Gavin Bryars n'est pas seulement l'auteur réputé de {The Sinking of the Titanic} et de {Jesus' Blood Never Failed Me Yet}, ainsi que des opéras {Medea}, {Doctor Ox's Experiment} et {G}, c'est aussi un musicien distingué pour son écriture raffinée pour les cordes - et cet album en est la preuve.
Après deux volumes consacrés aux {Études} et aux {Sonates} ({n° 2} et {n° 3}) de Chopin, le pianiste brésilien livre une interprétation passionnante de l'intégrale des {Nocturnes}. Son jeu décontracté s'abandonne presque à la volupté, à la nonchalance qui nous envoûtent. Lorsque le chant se fait plus lyrique, le toucher de Nelson Freire révèle toute la richesse de sa palette sonore aux timbres enveloppés, doux, et rêveurs. Son Chopin n'est pas marqué par la nostalgie de la Pologne ou par l'attirance envahissante du bel canto bellinien. Le soliste se méfie autant de la sensiblerie que de la déclamation. Pourtant, que de clins d'œil dans ces fins de phrases délicatement alanguies ! On pouvait craindre la monotonie, mais c'est tout l'inverse qui se produit. En se confiant comme à voix basse, c'est-à-dire avec peu de dynamique et par le seul effet des résonances, Nelson Freire crée l'attente et le désir. Moments de grâce dans les {Nocturnes en fa dièse majeur}, en {mi mineur}, les perles du {mi majeur}... Cela étant, ce climat chaleureux et intimiste est contrarié d'une prise à l'autre. Le {Nocturne en sol mineur} appartient à une autre session. Il se construit avec une émotion plus distante, presque absente. Nelson Freire a obtenu ce qu'il cherchait, à savoir la simplicité, le non-jeu, dirait-on pour un acteur. Finalement, ce n'est peut-être pas Chopin que nous écoutons, mais assurément l'un des plus grands maîtres du piano.



Vladimir Ashkenazy fut la référence des années 1980. Couvert de lauriers internationaux, de Varsovie à Moscou en passant par Bruxelles, le pianiste islandais (naturalisé en 1972) d'origine russe abordait Chopin avec une tonicité, une jeunesse d'esprit, qui firent de cette intégrale déjà publiée en 1995 sous label London la joie de toute une génération. Installé ensuite à Londres, devenu surtout chef d'orchestre à la tête de plusieurs grandes formations internationales, Ashkenazy nous avait presque fait oublier quel retour aux sources représente son approche pianistique de Frédéric Chopin. La franchise d'un toucher souvent plus percutant que ce que l'on ose aujourd'hui sied sans doute mieux aux grandes pages virtuoses, {Études, Ballades, Sonates, Scherzos, Polonaises}, qu'aux {Nocturnes} ou même aux {Impromptus}. Il y a une clarté dans le son et un emploi de la pédale qui tend plus à renforcer la profondeur de la sonorité et son éclat qu'à aider au legato, qui peine un peu à créer le climat de rêve de certaines pièces. Trop de santé ? Trop de lumière ? Ils sont aujourd'hui peu nombreux à jouer Chopin comme cela, avec cet engagement plus purement instrumental qu'intellectuel. Dans une sensibilité, c'est vrai, plus Europe de l'Est qu'Europe de l'Ouest, avec plus de chair et moins de psychanalyse, c'est diablement beau, d'une vérité éclatante.



Injustement oublié pendant deux siècles, le compositeur pour luth Sylvius Leopold Weiss, suscite désormais un intérêt grandissant, qui s'élargit hors des cercles étroits des seuls luthistes. Les efforts initiés par Eugen Dombois et Michaël Schaëffer pour se réapproprier la technique si particulière de cet instrument portent enfin leurs fruits. Et Weiss retrouve tout l'éclat de la considération dont il jouissait en son siècle. Abondamment défriché par Hopkinson Smith ou Michel Cardin, Robert Barto participe magistralement à cette réhabilitation ; ce dixième CD consacré à Weiss s'inscrit dans la perspective d'une intégrale. Barto y est impérial, par la netteté et la clarté d'un jeu techniquement irréprochable. Il se dégage une impression de tranquillité dans les phrases arpégées, régulières dans leur complexité, des {courantes} soutenues par une basse obstinée qui soudain se résout en une dislocation rythmique d'une surprenante poésie. Le talent de l'interprète se libère dans toutes sortes de registres : une virtuosité éblouissante et fluide dans les {presto}, une allégresse dansante dans la {bourrée} et la {paysanne}, la mélancolie intériorisée de la grande {sarabande} de la deuxième partita ; jusqu'à atteindre une dimension tragique d'une très haute élévation dans le {tombeau} final, qui est un pur chef-d'œuvre. Un compositeur enfin reconnu, honoré par un très grand interprète ; peut-être le meilleur aujourd'hui. Voir tous les volumes Weiss par Robert Barto



Ce troisième volume d'enregistrements radiophoniques nous fait entendre Francescatti dirigé par Charles Munch. Une telle réunion était alors impossible en studio, le violoniste ayant signé un contrat d'exclusivité chez CBS, Munch, chez RCA. Et c'est dommage, tant l'osmose entre ces deux musiciens fort différents mais qui s'appréciaient, transparaît à l'écoute des concerts qu'ils donnèrent. On peut en avoir un bon aperçu notamment dans un {Concerto n° 3} de Saint-Saëns du Festival de Strasbourg en 1951 (Music & Arts) et un {Concerto} de Beethoven de 1954, avec l'Orchestre de Boston (WHRA). Le Concerto de Tchaïkovski, œuvre que Munch enregistra avec Milstein et Szeryng, se détache des lectures russes par un sens profond du rêve, à l'image du mouvement lent empli de nostalgie. L'élégance domine, caractéristique du jeu de Francescatti : Munch semble le suivre comme pour mieux le servir. Déjà édité par WHRA, le {Double Concerto} de Brahms met en scène le violoncelliste solo de l'Orchestre de Boston, Samuel Houston Mayes. Là, Munch dirige les solistes avec une incroyable fermeté, délivrant la puissance poétique de l'œuvre. Munch, une fois de plus, se montre un immense brahmsien. Marqué par un feu intérieur dévorant, l'interprétation des deux solistes est exemplaire par la parfaite complicité qui règne. Trois ans plus tard, Francescatti enregistrait l'œuvre en studio avec Fournier et Walter (Sony) : la frénésie rythmique et les emportements ont disparu au profit d'une lecture plus fine et nuancée.



L'œuvre orchestrale de Spohr refait surface, en particulier ses dix {Symphonies} composées sur près d'un demi-siècle. Écartelé entre classicisme tardif et romantisme naissant, ce corpus brille cependant par sa sûreté d'écriture et par la profusion d'idées originales qui le parsème. Des qualités mises en valeur par Howard Shelley et ses musiciens italiens, lesquels nous offrent une {Symphonie n° 3} fantasque et mystérieuse sur laquelle plane l'esprit de Felix Mendelssohn. Le chef britannique ressent l'ambivalence de cette partition, ciselant avec finesse les pulsations mystérieuses de l'{Andante} ou les étonnantes ponctuations rythmiques de vents dans le {Larghetto}, intenses moments de délicatesse qui se heurtent aux puissantes envolées romantiques des codas des {Allegros}. Précision et flexibilité constituent les piliers sur lesquels repose la belle lecture de la singulière {Symphonie n° 6} intitulée "Symphonie historique dans le style et le goût de quatre époques différentes". Shelley démontre sa capacité d'adaptation, sculptant avec aisance les fugues du premier mouvement pastichant Bach et Haendel, peignant le climat rêveur du {Larghetto} à la manière de Mozart et de Haydn, révélant l'âpreté du scherzo beethovénien pour conclure sur les fulgurantes et grandiloquentes évocations de l'opéra à la Meyerbeer. En complément de programme, l'{Ouverture} de l'Oratorio "{La Chute de Babylone}" est interprétée avec un vrai sens théâtral, la puissance symphonique s'effaçant subrepticement pour laisser filtrer les détails d'une trame orchestrale subtile.



Cette fresque chorégraphique est le couronnement de la carrière et de l'œuvre de Gaubert. L'argument nous transporte en un passé médiéval lointain et révolu : la Princesse victime d'un sort se change chaque nuit en biche. Elle sera délivrée par celui qui lui fera connaître la souffrance : le chevalier errant, qui blesse son cœur mais la gagnera comme épouse... La musique de cette "symphonie dansée" dans la tradition de {Daphnis} ou de {La Péri} est poétique, d'une exquise et minutieuse orfèvrerie. Le grand orchestre est capable d'une transparence digne de la musique de chambre. Les archaïsmes et les tournures modales font surgir un Moyen Âge de rêve, où les souvenirs fauréens de {Pelléas} se mêlent à la féerie ravélienne de {Ma mère l'Oye}. Mais Gaubert était un sybarite, et il affiche sans complexe cette sensualité dans les séquences idylliques : le lyrisme se rehausse alors d'une note langoureuse, le violon, la flûte ou la clarinette brodant d'amoureuses mélopées sur un tapis d'accords chatoyants et sensuels, qui ont retenu les leçons de Massenet ({Thaïs}) et de Strauss ({Chevalier}) — le désir (de la dominante) s'accroît à mesure que la cadence se retarde... Ailleurs enfin, de vigoureuses danses rustiques rivalisent d'ardeur juvénile avec Magnard ({Symphonie n° 3}). Malgré ces références, il y a une "sonorité Gaubert", mélange d'élégance racée, d'ondoyant lyrisme et de retenue, conforme à ce que notre tradition française possède de plus précieux : une heure de ravissement pour l'oreille, et d'émotion rare et sincère pour le cœur, les notes de Harry Halbreich et l'engagement des interprètes ajoutant encore au plaisir.




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Il fut, selon Friedrich Nietzsche, le bel incident de la musique allemande. Cet enfant prodige (1809-1847), plus génialement précoce encore que Mozart : à 17 ans, avait déjà écrit deux de ses purs chefs-d’œuvre.
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Le 21 novembre 1965 disparaissait à Londres, à l’âge de trente-six ans, celui que ses contemporains surnommaient l’ “Orphée britannique”.
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