Episode 0 : naissance d’un duo, d’un langage et d’un univers commun (mai 2003)

Notre duo et son âme a pris forme suite à la conception d’un premier album intitulé « Ghost of a song » paru 2003. C’est une suite enregistrée en temps réel, où se côtoient des thèmes improvisés dans l’instant et des évocations de chansons qui hantent nos mémoires. Ce sont des mélodies rêvées, des mélodies détournées, qui passent et s’enroulent comme les volutes du souvenir. Nous avons cherchés à évoquer leur présence, sans jamais les jouer explicitement, comme un peintre peut suggérer une scène par touches allusives. Ce « opus zéro » a été préparé au fil de concerts improvisés et de séances d’expérimentation au cours desquels nous nous sommes proposés des scénarios musicaux (travail sur les timbres, les couleurs harmoniques, l’interaction rythmique, le silence …). Les conditions d’enregistrement furent celles rêvées par nous deux : ensemble dans la même pièce, sans casque, avec des contraintes techniques minimales et à la lueur de quelques bougies.

Nous avons découvert en travaillant sur ce premier opus un sens commun de l’espace et ce goût du risque qui révèlent leur souci ultime : fabriquer une matière sonore unique et poétique.

Notre duo est né tout comme son concept : faire revivre le patrimoine musical quelque soit sont origine, en proposant une lecture des plus épurée et acoustique pour ne révéler que son âme et la poésie qui en découle.

Episode 1 : « Chansons sous les Bombes »
Une évocation de la chanson française des années 1930 – 1950 (mai 2004)

Guillaume de Chassy : piano
Daniel Yvinec : contrebasse

Invité
André Minvielle
: voix

En écoute : Il travaille du chapeau (avec André Minvielle)
Chansons sous les bombes

Postlude à une journée de travail pour le plaisir (découvrir de nouvelles chansons, en transcrire des enregistrements, chercher une couleur ensemble), nous réalisons un étonnant paradoxe : les années 1930-1950, années troublées et hantées par la guerre, sont aussi celles d’un chant qui mêle insouciance naïve et entêtante nostalgie.

A cette époque, des deux côtés de l’Atlantique, à Paris, Berlin, New York ou Hollywood, fleurissent les belles mélodies, porteuses de rêve pour l’auditeur et d’inspiration pour l’improvisateur.Daniel, « discovore » notoire et insatiable chercheur (il possède une collection envahissante de quelque 20 000 disques), s’intéresse depuis longtemps à la question. Notre rencontre a fait de cette quête une réalité musicale.

Chansons sous les bombes est le fruit d’un long travail de recherches, de sélection et de transcriptions d’après les versions originales des chansons françaises de cette période. Ce répertoireest interprété, entre autres, par Yvonne Printemps, Jean Gabin, Edith Piaf, Charles Trenet, Jean Sablon, Georgius, Gilles et Julien et plus tard Bourvil. Tout comme un voyageur en pays lointain mesure soudain la permanence de ses racines, nous avons réalisé, non sans étonnement, à quel point ces mélodies faisaient partie de notre histoire. Le choix d’André Minvielle et de lui seul comme invité du duo s’est imposé d’emblée. Il porte en lui d’une manière absolument naturelle et sincère les racines de ces mots et de ces mélodies.

La seule séance de préparation avant d’enregistrer le disque « Chanson sous les bombes » avec ce poète du verbe et du rythme, a consisté en une chaleureuse conversation dans un café toulousain, à l’heure de l’apéritif. Nous avons choisi volontairement de ne pas répéter avant l’enregistrement. Cela nous permis de préserver et partager, ensemble, la fraîcheur avec André. La sChansons sous les bombes ressemble à une longue séance d’improvisations enregistrées, toutes en une seule prise. Toutes les parties en duo sont enregistrées en quelques heures, en live, dans la configuration du Studio de La Buissonne, dans la même pièce, sans casque…

André Minvielle avec Guillaume de Chassy et Daniel Yvinec

Pour la première fois, nous rencontrons la folie vocale et la remarquable sensibilité d’André Minvielle. À son arrivée, le programme est ouvert, le répertoire n’est pas encore défini. Mais André Minvielle entre en studio avec quelques surprises de l’année 1932 : « Le dollar », « Il travaille du chapeau » et quelques autres encore… Après écoute, nous décidons de modifier le programme pour y ajouter ces titres impromptus. Nous retranscrivons les chansons en quelques minutes tandis qu’André, à côté, prépare sa voix… Gérard de Haro, l’ingénieur du son du Studio de La Buissonne, est prêt. Il lance les bandes, les premières notes du « Petit bal perdu » sonnent. Ça tourne, il n’y aura qu’une seule prise, celle du disque… Il n’en fallait pas plus, car la rencontre musicale en studio s’est finalement avérée être d’une évidence totale et d’une rare puissance émotionnelle. Voici donc un projet qui outrepasse les frontières du jazz, de la chanson, de la poésie et de l’improvisation.

L’univers de Patrick Modiano a été une référence souterraine durant l’élaboration de chansons sous les bombes. Une série d’extraordinaires coïncidences comme celles qu’il décrit parfois dans ses romans, a conduit à le rencontrer. Il a offert ses mots en écho à leur musique :

« Chansons sous les bombes : Elles sont interprétées aujourd’hui par des musiciens et un chanteur de quarante ans. C’était la condition pour que ces chansons retrouvent non pas une nouvelle jeunesse, mais leur jeunesse tout court et qu’elles nous donnent cette impression de transparence émouvante, quand le passé et le présent se confondent. »

Episode 2 : « Wonderful World »
Songs on the streets (Octobre 2005)

Guillaume de Chassy : piano
Daniel Yvinec : contrebasse
Accompagnant les voix des passants de New-York

En écoute : What a Wonderful World(Avec David Linx)

Wonderful World

Après l’album « Chansons sous les bombes » et son évocation des années 1930-1950 en France, nous avons décidé de consacrer ce second volume au répertoire américains des années 50 et tout particulièrement à l’âme du Broadway de l’après guerre. Toutefois, nous ne voulions pas répéter la même chose, nous avons décidé de s’adapter aux circonstances ainsi qu’à la de notre démarche : retrouver ces mélodies perdues. Nous avons donc entrepris de traverser l’atlantique et de parcourir New-York micro en main, et de mener au sens propre l’enquête sur le terrain à la recherche de chansons américaines connues comme parfois oubliées de ces temps troublés. De ces standards dont les musiciens de jazz ont fréquemment assuré la survie, et qui habitent toujours la mémoire de la rue puisqu’elle sait encore les fredonner. De ces musiques qui constituent souvent les plus sûrs repères dans l’histoire d’une existence.

Nous avons arpenté les rues de New York, micro en main. Se souvenant des mélodies de Broadway, des passants ont chanté pour nous. Nous avons accompli une enquête musicale en forme de chasse aux souvenirs qui a donné sa chance aux rencontres, donc au hasard. Avec des témoins qui, à l’instar des hommes-livres de Bradbury, apparaissent comme la rassurante mémoire vivante d’un patrimoine exposé à l’oubli. Pour attester que le hasard ne déteste pas être provoqué, certaines voix sont connues (Andy Bey, David Linx), toutes les autres parfaitement anonymes. Pourtant, qu’elles aient eu à affronter les bruits de la ville, l’accompagnement improbable d’un piano d’enfant, les bruissements du hall d’un grand hôtel, toutes surmontent avec un égal bonheur les difficultés d’un “a cappella” impromptu. Comment oublier Milt Hoffman dont la mémoire sert de fil rouge à cette histoire, où Pats W.Rose qui pour mieux illustrer sa version de As time goes by, fait revivre en pleine rue les dialogues de Casablanca ?

Il nous restait cependant à vivre le plus important. A s’aventurer cette fois dans notre propre imaginaire, voyage indispensable pour enrichir le souvenir de cette émotion vécue, et ainsi créer une musique qui nous appartienne. Avec l’humilité de ceux qui savent que s’emparer d’une mélodie ne garantit jamais d’en faire le tour ; avec l’ardeur de ceux qui espèrent toujours en faire découvrir la face cachée. Autour de ces voix, nous avons inventé en studio un univers de poésie urbaine.

L’aventure new-yorkaise qui prélude à cet album n’est en fait que l’une des parties visibles de cette histoire. Elle a simplement marqué l’aboutissement d’une année de rêves et d’échanges sur un projet qui a peu à peu évolué pour prendre insidieusement la forme d’un film. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que se soit imposée au « montage », l’évidence ultime de poser un générique qui lance et clôt ces histoires de vie.


Guillaume de Chassy et Daniel Yvinec
Auteur :
Guillaume de Chassy et Daniel Yvinec

Biographie de l'Auteur :

Ex-ingénieur chimiste élevé à l’écoute de Schubert, de Louis Armstrong, de Thelonious Monk ou de Serge Prokofiev, le pianiste Guillaume de Chassy s’est forgé une identité musicale qui échappe à toutes classifications. En dix ans, il a collaboré avec des grands noms du jazz (Paolo Fresu, Sara Lazarus, Gian Luigi Trovesi, Enrico Rava, Stéphane Belmondo, Olivier Ker Ourio, Pierre de Bethmann…) et des artistes d’autres horizons (la pianiste classique Brigitte Engerer, le chef de chœur Joël Suhubiette et la danseuse flamenca Ana Yerna).

Bassiste, multi-instrumentiste, compositeur et producteur, le chemin de Daniel Yvinec croise naturellement celui de Maceo Parker, Tania Maria, Salif Keita, John Cale, Suzanne Vega, Andy Bey, Dead Can Dance, Magic Malik et bien d’autres. Ce qui ne l’empêchera pas de se consacrer à la réalisation artistique des albums de nombreux artistes tels Brisa Roché, Nelson Veras, Stéphane Guillaume, Greg Zlap, Lilicub... Cet infatigable mélomane est membre de l’Académie Charles Cros, auteur de The Umbrella Man et du Jazz expliqué aux enfants (à paraître courant 2009) ; et le nouveau directeur artistique de l'Orchestre National de Jazz.

Après la sortie en 2002 de Recycling The Future, singulier manifeste électro-jazz qui lui apporte une reconnaissance internationale, il s’associe au pianiste Guillaume de Chassy avec lequel il cosigne une série d’albums sur le label Bee Jazz : Chansons sous les bombes avec André Minvielle et l’onirique Wonderful World qui dévoilait l’universalité des grands standards américains. L’expérience new-yorkaise se prolonge avec la publication de Songs From The Last Century, troisième volet de cette trilogie.


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