José Van Dam, toujours
Une évocation de José Van Dam
Les admirateurs navrés de voir José Van Dam quitter la scène se seront consolés en apprenant que le baryton-basse quittait les planches des théâtres, mais non les salles de concert. Les hommages cependant vont s’accumuler, comme il est légitime.
Pour bien des mélomanes, José Van Dam aura été un chanteur à part. Il aura accompagné Karajan dans l’expansion du disque moderne, puis du compact : il aura joué au cinéma ; il aura été fort présent sur nos scènes européennes, préférées aux scènes américaines ; il aura honoré comme personne le répertoire français : en somme, il sera devenu avec le temps une des figures les plus familières de l’art lyrique, un artiste dont la présence nous sera devenue indispensable.
Dans la tristesse que l’on ressent à le voir s’éloigner des théâtres entre bien sûr de cette affection qu’à distance on lui porte. Mais il y a autre chose, de bien plus important. C’est que Van Dam ne nous aura jamais trompés ni déçus. Il aura tracé sa voie avec une exigence et une constance telles que toujours nous aurons pu le suivre sans craindre la désillusion ou la demi-mesure, à un niveau toujours égal de profondeur et de raffinement.
A ce titre, il aura été pour de nombreux mélomanes davantage qu’un artiste aimé, il aura été un guide. Ses choix musicaux, le soin infini apporté à ses interprétations, la dignité altière de son art nous auront donné du chant une haute idée, et auront installé une référence à laquelle les autres artistes devaient se mesurer. En somme, il n’était pas nécessaire de remonter à Hotter pour trouver en musique ce paradigme du sérieux, de l’honnêteté musicale, de l’exigence absolue : Van Dam aura été le Hotter de notre génération.
Il n’est pas indifférent que le charisme de Van Dam ne se soit pas construit sur le cross-over ni sur l’histrionisme : cela nous donne des ressources face à ceux de ses collègues qui croient y trouver la source de leur popularité.
Les hommages, donc. D’abord celui qu’a inventé notre ami Camille de Rijck en rassemblant les captations des grands rôles de Van Dam à La Monnaie. Avec la bénédiction du Maître, il a composé un programme d’exception aussitôt fêté par la critique. Ce n’est pas parce que nous en avons pondu la notice que ce disque est une idée de génie – c’est tout l’inverse.
Il y a eu la diffusion du Don Quichotte depuis La Monnaie, il y aura Van Dam & Friends, et sans doute d’autres occasions de fêter le chanteur.
Pour notre part, nous entendîmes récemment ce qui sans doute est le plus hommage. Lors d’une interview accordée à Classica, Thomas Hampson nous disait qu’après avoir renoncé à Pelléas à la fin des années 80, il se sentait désormais l’envie de chanter Golaud :
« Si je devais chanter Golaud, dit-il, je sais ce que je ferais. Je prendrais ma partition, j’irais chez mon ami José Van Dam et je lui dirais : ‘voilà, apprends-moi’. » Qui dit mieux ?
