Voix pour l’Opéra ou pour l’Olympia ?
L’Italie est le pays des polémiques et le moindre événement prend une place de premier plan dans la presse de la péninsule, à tort ou à raison. Cette fois-ci, c’est le metteur en scène Franco Zeffirelli qui a mis le feu aux poudres avec une déclaration publiée dans le quotidien milanais Il Corriere della sera le 10 novembre dernier. Principal invité des Arènes de Vérone depuis plusieurs étés (en 2010, il signera les cinq spectacles à l’affiche !), il exige que des micros soient installés dans l’ancien cirque romain où tous les plus grands solistes du monde y ont chanté sans jamais se plaindre, même les plus capricieux.
Le baryton Roberto Frontali a aussitôt réagi, du Liceu de Barcelona où il interprète Il Trovatore : « J’ai chanté Traviata à Vérone sans aucun problème acoustique… les micros sont absurdes… autrement quelle différence y aurait-il entre un chanteur pop et un artiste lyrique ? J’ai travaillé pour donner du volume à ma voix en utilisant les cavités orales. Au théâtre on a autorisé les micros pour aider tous ces acteurs formés par le cinéma et la télévision qui n’arrivent pas à trouver la juste projection ». Katia Ricciarelli analyse la question sous le même angle… tandis que Placido Domingo, très ami de Zeffirelli, trouve l’idée bonne. Luciano Pavarotti, qui utilisait pourtant le micro quand il était en compagnie des légendes du rock (et pour cause) dans ses fameux « Pavarotti and friends », était contre toute amplification de la voix d’un chanteur sur une scène d’opéra.
Dans une récente interview, Marylin Horne a exprimé sa perplexité sur l’état du chant actuel : « on sera bientôt obligé de mettre des micros dans toutes les salles d’opéras du monde si les jeunes continuent à travailler leur voix de façon si superficielle et approximative ! » Et voilà où réside le danger… car installer des micros serait détruire définitivement une école de chant déjà bien menacée, et signer ainsi l’acte de mort de l’opéra. « Il faut s’adapter aux temps, disent certains, aujourd’hui tout est bruit et fureur et les jeunes qui fréquentent les discothèques n’ont pas les oreilles de leurs parents ! »
Certes, mais pourquoi «violer» une musique qui a fait ses preuves pendant quatre siècles ! Ne serait-il pas plus raisonnable que de jeunes compositeurs écrivent des ouvrages enfin modernes ? Claudio Abbado vient à son tour de déclarer qu’il avait commencé à écrire en compagnie de Luigi Nono un opéra pour la chanteuse de variété Mina, légende vivante du pop italien.
Dans cette confusion générale, la Scala prépare son ouverture de saison avec l’un des titres les plus populaires mais aussi les plus difficiles du répertoire, Carmen, qui donna beaucoup de fil à retordre à Domingo, Verrett et Abbado, accueillis de manière presque hostile lors d’un précédent 7 décembre. Pour cette prestigieuse affiche, la direction a pensé à une élève de l’Académie de la Scala, oubliant que ce rôle, fameux entre tous, constitue le couronnement d’une carrière et non son point de départ. Pendant les répétitions, Daniel Baremboim a néanmoins exprimé ses réserves et a déclaré préférer l’interprète de Mercédes… Aurons-nous un second cas Don Carlo (un 7 décembre 2008 de triste mémoire…) où le pauvre Filianoti a été « remercié » après la générale ?
Temps durs pour notre opéra ! Hélas, hélas, hélas…