Jeunes voix à la Scala

conv1z.jpgUn certain nombre de théâtres italiens ébergent des Académies de chant ouvertes aux citoyens du monde qui, après leurs études au Conservatoire, souhaitent se perfectionner avec d’illustres stars. Dirigée jadis par la soprano turque Leyla Gencer, véritable prêtresse du bel canto, cette prestigieuse académie de la Scala est depuis deux ans placée sous la tutelle de Mirella Freni — inoubliable Mimi, Marguerite, Liù ou Adina. Autour d’elle parmi les “divi“ qui se succèdent dans les salles de classe, citons Luigi Alva — le Lindoro de sa génération, Luciana Serra — fameuse Reine de la nuit, et Renato Bruson — autre pilier du bel canto romantique, partenaire privilégié de Gencer. 

Ces noms très prestigieux servent d’aimant et permettent aux commissions d’effectuer des choix plus ciblés. Il est pourtant reconnu que peu de grands gosiers du passé possèdent le don de l’enseignement. Callas en tête qui a préféré ne pas donner une suite à ses cours à la Julliard School de New York. Grand exemple d’honnêteté artistique !

conv4z.jpgPersonne n’avait l’air bien satisfait, en ces soirs d’octobre, dans le temple milanais du lyrique, où ces soi-disant talents connaissaient enfin l’epreuve du feu. Le choix de l’œuvre semblait pourtant idéal. Le convenienze ed inconvenienze teatrali du jeune Donizetti, opéra connu aussi sous le titre Viva la mamma, est une savoureuse comédie de l’école napolitaine, justement écrite pour le Teatro Fondo, temple de la Commedia dell’arte où l’improvisation était de rigueur. Au Teatro San Carlo l’on chantait (et magnifiquement !) et l’on pleurait (et beaucoup trop). Au Fondo on s’amusait  et les solistes étaient avant tout des acteurs qui étaient dans l’obligation de faire rire (et très fort). Des acteurs au talent immense. 

La protagoniste Mamma Agata (qui est en réalité un baryton travesti), médiocre chanteuse au demeurant,  sème la pagaille dans un théâtre car elle veut à tout prix imposer sa fille, tout aussi médiocre qu’elle, en tête d’affiche du spectacle qu’un impresario en faillite essaie de monter tant bien que mal. Une intrigue classique et bien ancrée dans la culture du Settecento que Donizetti fait revivre avec le même goût du comique qui fait la force de son Don Pasquale. 

Mais à la Scala on a ri seulement avec Vincenzo Taormina, ancien élève des Académies de Osimo et de la Scala. Sa stature majestueuse et sa corpulence qui ne laissent pas indifférents sont idéales pour faire de Mamma Agata une vraie caricature. Le chanteur désormais très  expert, a su donner un grand relief à son air principal “Assisa a pied d’un sacco“ — au lieu “d’un salce“ comme le veut Rossini, car la pauvre dame ayant oublié tout le texte, est obligée d’inventer tout, rendant ridicule cet air de Désdémone immortalisé par la Malibran, que les Italiens de l’époque connaissaient par cœur. 

Jessica Pratt aborde le rôle de la prima donna avec une voix sourde et sèche qui se libère seulement dans le haut médium et se montre à peine plus à l’aise en choisissant dans la deuxième partie une page de l’Aureliano in Palmira de Rossini.   

Les autres ? Le ténor, au timbre impossible, se lance de manière trop hésitante dans l’air de Tamino…un cheveu sur la soupe. La seconda donna se mesure à Fausta, belle tragédie de l’âge d’0r de Donizetti concue pour la divine Ronzi de Begnis et reprise au XXe siècle par “la” Kabaiwanska. Cette fois-ci c’est une mouche qui tombe dans la soupe… Sans parler du choix musical trop éloigné de l’esthétique de la pitrerie recherchée par le compositeur. Heureusement Marco Guidarini, à ses débuts à la Scala, a fait l’impossible pour donner unité et rigueur à ce plateau trop disparate avec un beau sens du phrasé et un parfait respect de la rythmique. 

Très attendus aussi, les débuts comme metteur en scène du cinéaste Antonio Albanese (très fêté par le public) qui, comme souvent dans son cas, n’a pas eu le courage de se jeter dans cette nouvelle aventure avec franchise. Sa discrétion et sa sagesse n’ont pas su donner des ailes à une soirée qui avait besoin des gags de Totò ou d’un Dario Fo de la grande époque. S’ennuyer à Viva la mamma…c’est tout de même un comble !

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Photos : Le convenienze ed inconvenienze teatrali à la Scala de Milan (octobre 2009)

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 Sergio Segalini