Archive formars, 2009

La Fenice pour Viotti

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Les deux premiers spectacles de l’année 2009 à la Fenice de Venise reprenaient deux idées muries avec le maestro Viotti avant sa soudaine disparition. En grand amateur du répertoire francais, il souhaitait diriger le Roméo et Juliette de Gounod avant de l’aborder au Met et à Salzbourg, puis il avait aussi sauté de joie à la proposition de reprendre Die tote Stadt, opéra de Korngold d’une rare fascination, que nous verrons l’année prochaine à l’Opéra Bastille.

tote-stadt-2.JPGEliahu Inbal qui a remplacé Viotti au poste de directeur musical, a logiquement assuré la direction de cette Ville morte sans savoir traduire l’aspect morbide de la partition, cherchant davantage paroxysmes et fureurs, violence et bruit, loin de la sensualité à fleur de peau que beaucoup de pages mettent en évidence. Sur le plateau l’inévitable Pier Luigi Pizzi semble mettre en scène d’interminables funérailles qui rendent seulement lugubre et souvent incompréhensible le livret de Paul Schott. Avec un jeu savant de miroirs, les chanteurs ne cessent de se promener dans l’eau, la lagune de Venise se confondant avec les marécages de Bruges, avec les inutiles hommages à Anita Eckberg dans La dolce vita de Fellini ou à certains films américains avec Esther Williams ; sans parler de la réplique de la femme de chambre de Rebecca, le fameux film de 1940 d’Alfred Hitchcock. Simples images sans corps ni âme, souvent en décalage avec la musique.

tote-stadt-1.JPG En l’absence de la moindre direction d’acteurs, Stefan Vinke, figé comme un glaçon qui sort du frigidaire, hurle d’une manière si insupportable que certains ont préféré quitter la salle, afin de protéger leurs oreilles. Un comble ! Solveig Kringelborn à l’émission vocale fatiguée et au vibrato trop large, prend des allures d’une Eleonora Duse de province, puis d’une caricature vulgaire de Jane Mansfield ou de Diana Dors aux côtés de partenaires insignifiants… Adieu envoûtement, mystère, sous-entendus freudiens. On ne peut pas traiter cet opéra de Korngold à la manière de Cavalleria rusticana.



romeojuliett88-rogne.jpgRoméo et Juliette a eu encore moins de chance. La flagrante inexpérience du chef Carlo Montanaro a mis en difficulté toute l’équipe musicale, nous donnant par moment l’impression d’assister à une représentation de Conservatoire, sans vrais artistes, et de ne pas être assis dans un théâtre qui devrait être l’un des premiers d’Italie. La direction de la Scala, bien plus maligne depuis sa mauvaise expérience, a demandé à Montanaro de renoncer au Due Foscari, en le remplaçant par Stefano Ranzani… Nous en parlerons sous peu. Une bonne surprise en revanche avec la présence de Eric Cutler venu au secours de la Fenice après la défection de Jonas Kauffmann. Frôlant le désastre dans les Puritani du Met face à Netrebko, ce jeune ténor américain, d’une diction française plus qu’acceptable, retrouve une certaine dignité d’émission dans cet emploi de “lirico-lirico leggero”. Après les douloureux Puritani du Comunale de Bologne face a Florez, Nino Machaidze se confronte enfin à une tessiture dans ses cordes et chante une Juliette musicale et nuancée. Mais la mauvaise qualité de son timbre, nullement gênante dans le bel canto romantique (voir Callas, Sutherland, Scotto…) retire à son incarnation tout charme, jeunesse et spontanéité, qualités indispensables pour un soprano lyrique.

romeo-et-juliette.jpgPassons sous silence la totale médiocrité de certains interprètes pour saluer uniquement le beau Tybalt du sensible Juan Francisco Gatell et le percutant Mercutio de Markus Werba. Damiano Michieletto est, semble-t-il, l’une des promesses du théatre italien… Il nous transporte dans une discothèque londonienne fréquentée par des punks habillés de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, qui dansent sur une gigantesque platine. Le lecteur de 33 tours se lève pour devenir “balcon” tandisque Roméo chante son “Lève toi soleil” (Et on appelle ça une idée !!) Et c’est là que le bât blesse… Les costumes de Carla Teti peuvent paraître horribles, mais l’ingénieux décor de Paolo Fantin mérite toute notre attention, même dans son absurdité… Et le metteur en scène dans tout ce fatras ? Il propose un Roméo moderne comme déjà De Baz Luhrmann au cinéma avec di Caprio, mais la musique conventionnelle et d’esprit petit-bourgeois de Gounod font un trop net contraste avec des jeunes d’aujourd’hui qui vivent sur une toute autre planète. Et puis, une fois encore, en dehors de la proposition visuelle, voilà un spectacle sans aucune idée de dramaturgie et sans la moindre direction d’acteurs à la manière de la vieille garde italienne, dans un pays qui a pourtant connu les leçons de Luchino Visconti et de Giorgio Strehler. On ne modernise pas la Joconde en l’habillant ou en la maquillant comme Julia Roberts ou Penelope Cruz. Le théâtre, le vrai, est tout autre chose. Certes, pas un album de cartes postales.

La crise en Italie devrait dicter, sinon imposer, des nouvelles règles… En affichant ces deux nouvelles productions, on prouve qu’on n’a rien compris au problème.

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Commentaires

 Sergio Segalini