STARS ?
Il n’y a aucun doute : Les Puritains est un opéra écrit pour les plus grandes stars du chant.
Bellini l’avait décidé un soir de 1835 au Théatre Italien de Paris en réunissant quatre légendes vivantes du chant : Grisi, Rubini, Tamburini et Lablache (de gauche à droite). Sans la présence d’étoiles de première grandeur, l’ouvrage ne peut briller. Arturo Toscanini avait évoqué ce problème aussi pour Le Trouvère : “Vous voulez que je le dirige ? ”, aimait-il dire, “et bien trouvez-moi alors les quatre plus grandes voix du moment !”
Ainsi, depuis 1835, l’ultime chef-d’œuvre de Bellini, qui meurt à Paris peu après, a été servi par des gosiers qui ont fait l’histoire du chant, jusqu’à Maria Callas et plus proche encore de nous le couple Pavarotti-Sutherland, suivi à la trace par Alfredo Kraus et June Anderson. Leur but était de servir, avec une technique et des moyens différents, la magnificence du vrai bel canto romantique.
Aujourd’hui l’opéra a changé de cap et le spectacle semble devenir la seule préoccupation des scènes lyriques européennes. Un choix plus que défendable pour Janacek, Chostakovitch, Berg et autres, mais critiquable lorsqu’il s’agit d’œuvres au livret parfois désuet, composées uniquement au service de la voix. Aucun metteur en scène au monde ne pourra rendre crédibles ses Puritains si le ténor ou la soprano ne sont pas à la hauteur.
En mettant l’œuvre à l’affiche en ce mois de janvier, le Teatro Comunale de Bologne fait logiquement une politique de stars. Mais quelles stars ?
Elle, Nino Machaidze, avait gagné honorablement le concours Leyla Gencer à Istanbul où j’étais membre du jury. Pour se perfectionner,
elle est invitée par la soprano turque à l’école de la Scala dont celle-ci était alors directrice. La chance est de son côté ; si elle chante à la Scala une fort médiocre Lauretta de Gianni Schicchi, sous la direction de Riccardo Chailly, comble du bonheur elle s’impose dans la Juliette de Gounod au festival de Salzbourg (ci-contre, avec Villazon) alors qu’elle remplaçait la nouvelle idole des foules, Anna Netrebko (enceinte). Juste avant de me rendre à Bologne, j’avais regardé sur mon écran de télévision Les Puritains de la Netrebko au Metropolitan de New York, diffusés en DVD par DG. À Bologne les yeux et les oreilles ont vu et entendu la même interprète, presqu’une sœur jumelle : une fort jolie fille au jeu malin, au regard languissant mais dotée d’un timbre peu séduisant, chantant une note sur trois, incapable de toute virtuosité, avec des suraigus faux ou à la limite de la justesse qu’elle perdra dès demain. Et surtout une incroyable habileté à détourner les écueils. Elvira n’est pas Juliette et de savantes poses scéniques ne peuvent remplacer des cabalettes ardues ou des trilles périlleux.
Lui c’est Juan Diego Florez, star consacrée… mais qu’il est difficile d’entendre dans une grande salle (à la manière de Cecilia Bartoli qui les évite soigneusement) et dans des emplois post-rossiniens. Ce tenorino léger, d’allure charmante, à la voix chevrotante mais étonnante dans les extrêmes aigus, serait-il un Arturo sans en posséder ni le ”cantabile” dans le médium ni la rondeur du timbre propre à Rubini et à Pavarotti ??? Pas plus qu’Elvino au Covent Garden de Londres il y a quelques saisons. Mais Florez a un physique… Si Violetta, Mimi, Manon… pourraient figurer sur des calendriers, depuis quand Arturo devrait-il prendre la pose pour une publicité de parfum ? Enfin, oublions un baryton au timbre insolent et à la projection sûre : le trop sonore Gabriele Viviani semble destiné seulement au répertoire vériste à l’opposé du toujours noble Ildebrando d’Arcangelo.
Au pupitre Michele Mariotti, fils du fameux patron du festival de Pesaro, fait de son mieux. Du talent, il en a à revendre mais son manque d’expérience est trop flagrant. Aujourd’hui, on lui pardonne à cause de sa jeunesse, mais les temps modernes — trop pressés, superficiels et négligents — n’ont souvent pas la patience de faire murir leurs plus beaux fruits. Et justement, sans attendre, il a accepté le poste vacant de Directeur Musical en remplacement de Daniele Gatti !!!
Et le public ? Il a sifflé le spectacle inexistant, banal et vieillot signé par Pier’Alli.






