Archive fornovembre, 2008

Nouvelles aventures de Somnambules

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Ferdinand Hérold est revenu charmer le public de l’Opéra-Comique avec les représentations de Zampa au cours de la dernière saison. En attendant une reprise marquante de Le pré-aux-Clercs, sans doute son œuvre majeure, l’Opéra de Rome va plus loin et fait découvrir un ballet complètement oublié qui a joué un grand rôle dans l’histoire de la musique. 

Il s’agit de La Somnambule, offerte aux Parisiens en 1827, quatre ans avant la création, au Teatro Carcano de Milan, du petit bijou Bellinien dont on parle beaucoup aujourd’hui dans nos chroniques à cause d’un curieux enregistrement de Cecilia Bartoli, appelé sans vergogne “version Malibran”. 

L’idée de réentendre et de revoir le ballet de Hérold devait toumenter Beppe Menegatti, époux de la célèbre prima ballerina Carla Fracci, dès 1955 lorsqu’il assista à la Scala de Milan à la fameuse Sonnambula de Maria Callas dans une mise en scène du cinéaste Luchino Visconti sous la direction de Leonard Bernstein. Comment ne pas avoir été traumatisé par cette soirée qui hante encore nos mémoires ? Une photo dans le programme rappelle sa rencontre avec Callas et dit toute son émotion. Plus d’un demi-siècle après, Menegatti ne pouvait pas avoir oublié le spectacle de Visconti, ni les attitudes scéniques de Callas, ni son costume, ni sa parure, et rend forcément hommage à ces deux artistes avec une grâce touchante et un profond respect. Visconti n’avait-il pas transformé la Divine en nouvelle Giselle et ne l’avait-elle pas couronnée du même diadème de fleurs portée par la Taglioni ? 

gaia_straccamore_e_giuseppe_picone_gallery_full.jpgAvec Hérold la jeune fille somnambule de Bellini reprend sa véritable identité de danseuse, devient une sœur de La belle au bois dormant, un autre ballet de Hérold à redécouvrir. Le livret, écrit par l’inévitable Scribe en collaboration avec Jean Pierre Aumer, est exactement celui conçu par Felice Romani pour Bellini. Disons que la scène lyrique permet un plus grand approfondissement psychologique des personnages, aux caractères plus définis. La musique, d’un charme immédiat, admirablement bien écrite, est inscrite dans son temps avec quelques échos Rossiniens, mais avec des pages que Bellini a fait siennes dans son opéra Qui l’aurait cru ?. 

Le splendide Giuseppe Picone en Saint-Rambert a obtenu un véritable triomphe à côté de l’excellent couple protagoniste Alessandro Riga et Gaia Straccamore, sous l’œil vigilant de leur “maestra” Carla Fracci assise au milieu du parterre du Teatro Nazionale. Après cette soirée, nous entendrons La Sonnambula de Bellini d’une autre manière.

scena_gallery_full-1.jpgUne manière beaucoup plus juste que celle imposée par les fausses lectures de deux stars actuelles, adulées par un certain public.

Ne revenons pas sur l’approche absurde de Natalie Dessay qui chante une partition romantique avec un goût de Second Empire, comme une opérette d’Offenbach. La prétention de Cecilia Bartoli, chanteuse autrement raffinée et cultivée, va encore plus loin et à grand renfort de publicité, déclare chanter la version Malibran. Tout d’abord, elle se permet de transposer des pages pour mieux adapter la partition à son chant de contraltino leggero, en déclarant que la Malibran était un mezzo, lorsque cette définition n’existait pas à une époque où l’on parlait de soprano primo et de soprano secondo ! Le nombre de partitions de soprano chantées par la malibran-par-f-bouchot.jpgMalibran est très grand. Mais il est aussi vrai que le timbre de la Divine Maria était probablement aussi sombre que celui de l’autre Divine Maria Callas qui, en véritable musicienne, invente une voix pour Norma, une tout aussi sombre pour Elvira des Puritains, mais allège son émission pour Amina, seulement tubée et engorgée chez la Bartoli et sans l’ombre de jeunesse et de fraîcheur spontanée, deux caractéristiques majeures de la Malibran. Amina est une vierge, à l’émission d’une Sylphide, pas une bourgeoise de la meilleure société romaine. 

Et pour finir, rappelons que le chant de l’époque était encore dans la continuité de l’école des castrats, d’une virtuosité très soulignée, ce qui n’est pas le cas d’une Bartoli à l’émission  très limitée parfaitement adaptée aux exigences du Settecento, ni d’une Dessay, simple oiseau mécanique pour les salons de Napoléon III. À se demander si Callas et Sutherland ont réellement existé.

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 Sergio Segalini