Archive forjuin, 2008

Deux reprises de routine

Entre un Verdi et un Donizetti, Mozart est toujours le bienvenu. Malheureusement la production signée par John Dexter date un peu trop, et sa vision d’un Orient de carte postale séduit seulement les nostalgiques. La direction plate, incolore et peu mozartienne de David Robertson ajoute à la légère déception.

La distribution offre la possibilité de faire le point sur des voix qui semblent s’imposer avec évidence dans le circuit international. A commencer par Diana Damrau choisie par Muti pour son Europa riconosculta et entendue aussi à Salzbourg. Sa belle colorature, d’école allemande, s’adapte bien à Konstanze, mais elle pourrait aussi bien chanter Blondchen. La voix pauvre dans les graves ne donne pas l’idée de la “coloratura drammatico d’agilita” chère à Mozart dans la lignée de La reine de la nuit. En belle artiste et surtout en musicienne accomplie, elle rend bien toutes les facettes de son personnage de la colère de “Martern aller arten” au pathétique de “Ich liebte” avec une technique appréciable.

Matthew Polenzani au chant solide ne contrôle pas assez le chant de Belmonte qui demande une précision instrumentale. Plus facile la tâche de Pedrillo, le “buffo” aide toujours à cacher les imperfections vocales. Et c’est aussi le cas du bien connu Kristinn Sigmundsson, truculent Osmin, mas sans aucune note grave. Aleksandra Kurzak, la plus parfaite de la distribution, dotée d’une belle voix lumineuse et précise, arrache de sonores applaudissements dans Blondchen… Mais la programmer comme sa collègue Damrau dans Rosine ou Lucia est une grave erreur. À moins que les temps des Grist ou Köth reviennent à grands pas.

Et pour varier la semaine, le Met affichait aussi la reprise de “The first Emperor” du chinois Tan Dun, que Placido Domingo avait créé la saison dernière. Quelques places vides (ce qui est rare au Met), un public somnolent (dont une partie quitte la salle après le premier acte), un modeste succès ont caractérisé cette soirée sans intérêt.

L’ouvrage voudrait trouver un équilibre entre le charme désuet de l’opéra chinois d’hier et les nouvelles lois de la musique contemporaine sans jamais y parvenir. Le livret écrit par le compositeur en collaboration avec Ha Jin n’est pas sans rappeler certaines thématiques de La femme sans ombre et raconte des épisodes de ce Premier Empereur qui fit construire la fameuse Grande Muraille. Mais récit réaliste et récit fantastique ne font jamais bon ménage. Sans la présence du Divo Placido, que serait-il advenu de cet ouvrage hybride ? Le tenorissimo traverse la scène en déclamant ici et là des phrases qui ne semblent pas le concerner, à la recherche vaine d’un personnage qui n’existe pas, ennuyé, comme fatigué. Puis vers la fin, il peut offrir quelques minutes d’un chant très central, ce qui suffit à rassurer son Fan Club.

La qualité vocale était surtout assurée par un Paul Groves amoureux très efficace et Sarah Coburn, dans le rôle de la fille de l’empereur, maîtrisant une tessiture d’une rare difficulté d’exécution.

Autrement dit, une soirée inutile, à moins qu’elle ait servi à améliorer les rapports économiques entre Chine et USA.

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Natalie princesse d’opérette

La Fille du régiment qui vient de faire escale à New-York en provenance de Londres, nous rappelle l’éternel problème déjà évoqué par Mozart et Richard Strauss : Prima la musica e pol le parole ? La mise en scène de Laurent Pelly est bien connue grâce à la publication en DVD des soirées Londoniennes. Elle ressemble un peu trop à La Grande-Duchesse du Châtelet avec Felicity Lott, mais elle regorge d’idées et séduit le public avec ses multiples gags.

Donizetti a-t-il réellement composé une opérette ? Ne s’agit-il pas en réalité d’une comédie larmoyante aux échos d’un Settecento encore bien présent dans les airs de Marie et de Tonio ? La vérité musicale ne se trouve-t-elle pas dans le legs des couples Sutherland-Pavarotti et Anderson-Kraus ?

Le temps d’un soir le Met ne semblait plus se situer au Lincoln Center, mais en plein Broadway.

Dessay joue de manière convaincante se transformant presqu’en Charlot multipliant à l’excès des gags dignes du cinéma muet et finit par ressembler aux personnages qui entourent le grand Chaplin n’ayant rien compris de la modernité de cet auteur de génie. Le public délire et elle gagne son parti. Mais a-t-elle chanté pour autant ? Certes les réserves évoquées par la presse internationale lors de sa prestation dans Juliette, sur la minceur d’un timbre qui brille seulement dans le suraigu, sont moins évidentes ici, si l’on accepte de ne pas écouter “Il faut partir” et la grande plainte finale, exécutés sans la moindre idée de ce que bel canto romantique veut dire. Entre La vie parisienne et La fille du régiment il y a une belle différence ! Lily Pons, son illustre devancière au Met avait autrement appris sa leçon.

Juan Diego Florez sait chanter et comment ! Avec une telle aisance que le public en délire exige les bis de la série de contre-ut dans “Mes amis“. Le virtuose est impeccable, seul le timbre n’est pas celui d’un lirico di grazia.

La Marquise de Felicity Palmer est une Dame anglaise un peu trop digne : dès le premier acte nous devrions comprendre ce qui se cache derrière son masque faussement aristocratique, prête à céder un peu trop vite aux avances de Sulpice, un bravissimo Allessandro Corbelli.

La direction sage, gentille et délicate de Marco Armiliato était au service du plateau et surtout de deux stars.

La furbissima Dessay en a besoin, tout comme d’une mise en scène de ce style qui l’aide à cacher certaines inadéquations vocales. Au Met nous avons bien compris les raisons de son annulation à la Scala et sa décision de ne plus paraître dans la nouvelle Lucia du Met.

Alors… prima le parole ?

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 Sergio Segalini