Archive formai, 2008

Le Met bat la Scala 4 à 1

Rien de plus excitant que de comparer deux grandes scènes lyriques internationales aux prises avec une œuvre d’une grande difficulté d’exécution.

btnoble11.jpgLe lendemain du malheureux Macbeth de la Scala (lire l’article du 14 avril “Un devoir manqué”, dans la liste des textes publiés ci-dessous), le Metropolitan affichait à son tour le Macbeth de Verdi dans une nouvelle production signée du grand spécialiste Adrian Noble (photo ci-contre). Au cube claustrophobe de Vick succèdent des colonnes qui se confondent avec les arbres de la forêt  grâce à un procédé déjà vu dans certains Parsifal. Ce choix permet de passer d’une scène à l’autre sans cassure et surtout sans les absurdes entractes milanais (30 minutes après un tableau qui durait seulement 25 !) qui cassaient toute la cohésion dramatique de Shakespeare. Avec Noble, Macbeth représente toujours la folie du pouvoir d’hier comme d’aujourd’hui. Les sorcières, sorte de clochardes comme on en voyait jadis sur les trottoirs du Lincoln Center, omniprésentes, ne cessent d’hanter Macbeth, comme dans le plus terrible des cauchemars. On assiste à l’assassinat du roi et le lit (celui où dormait la Lady au moment de recevoir la lettre) se transforme en une cascade de sang. Le docteur et la servante, assis sur des chaises, assistent au somnambulisme de la Lady perchée sur d’autres chaises du salon comme un équilibriste dans un cirque. Vick comme Noble connaissent bien leur sujet et leurs conceptions, esthétiquement opposées, se rejoignent dans le fond.

callejajoseph.jpgFace au très médiocre remplaçant de Nucci à la Scala, Carlos Alvarez triomphe sans peine, les quelques signes de fatigue l’aidant à composer un Macbeth victime aussi bien des sorcières que des machinations de son épouse, aidé par son sens du legato et du cantabile propre à la mélodie verdienne. René Pape est un Banquo resplendissant, avec une voix de vraie basse (ce qui n’était pas le cas à Milan), ample et généreuse, riche et dense. Un triomphe aussi pour le Mucduff de Joseph Calleja ( photo ci-contre), au rayonnement éclatant et au lyrisme séduisant, parfaitement dirigé par James Levine, expert du phrasé verdien, de sa pulsation rythmique, de ses exigences théâtrales. Le catastrophique Ono de la Scala aurait mieux fait de bien écouter le maestro américain pour apprendre tous les secrets du style.

papian.jpgMais à la Scala nous avions une Lady capable de chanter touts les notes de la partition, les seules réserves émises concernaient essentiellement le timbre d’une voix manquant de charisme et mieux indiquée pour Leonora. Au Met, Hasmik Papian (photo ci-contre) affiche une voix complètement sourde dans le bas médium qui devient celle d’un « lirichino » dans la zone centrale pour acquérir volume, projection et autorité seulement dans les notes extrêmes, arrivant à donner  une vague impression du « drammatico di forza » exigé par Verdi. Afin de s’aider un peu, elle respire avant chaque aigu et supprime avec une rare désinvolture un certain nombre de notes gênantes surtout dans l’air d’entrée et dans le Brindisi ! Seules les grandes qualités du spectacle, du chef et de ses partenaires, sont arrivées à nous faire oublier une prestation nullement digne d’une grande scène. Un nuage dans un beau ciel d’été.

A la Scala, le petit rayon de soleil d’Urmana n’est pas arrivé à percer un gris trop opprimant.

Et le Met gagne 4 à 1… dans un opéra de Verdi ! Quelle défaite pour l’équipe milanaise !

Partager sur mes réseaux sociaux

Commentaires

Une Fanciulla romaine

puccini.jpg Photo : portrait de Puccini.

L’Opéra de Rome rend hommage à son tour à Puccini à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, avec la reprise de l’un de ses ouvrages les plus difficiles à monter de nos jours.

La Fanciulla del West qui, à sa création à New York, connaît un triomphe spectaculaire (47 rappels pour le compositeur) le 10 décembre 1910, non seulement exige 18 chanteurs sur scène, mais présente des difficultés d’exécution presqu’insurmontables. Lors de la première américaine la puissante Emmy Destinn, qui partage l’affiche avec Caruso et Amato sous la direction de Toscanini, ne fait pas l’unanimité de la critique. L’année suivante à Rome, Toscanini qui dans un premier temps ne semblait pas beaucoup admirer Puccini, parfaitement convaincu des splendeurs de la partition de La Fanciulla, choisit l’immense Eugenia Burzio, retrouve Amato dans Jack Rance tandis que Martinello fait pâlir Caruso en Dick Johnson. La carrière de l’œuvre sera désormais assurée grâce à la présence de voix larges et puissantes, franches dans l’émission et très pures dans l’aigu ! Or nos voix actuelles ne se spécialisent plus dans ces emplois, davantage intéressées par Mozart ou Bellini, Gluck ou Rossini, Haendel ou Donizetti. La dernière vraie Fanciulla dans l’Histoire du chant est probablement Magda Olivero, étonnante protagoniste à Rome en 1957 face à Giacomo Lauri Volpi, la seule à la hauteur d’une écriture meurtrière. Tebaldi, au disque comme sur le vif au Metropolitan y laisse les plumes. Plus plausible en revanche, Steber avec Mitropoulos à Florence en 1954.

opera.jpg Photo : Daniela Dessi et Fabio Armiliato, dans la Fanciulla del West.

Mais revenons à Rome où Daniela Dessi sans avoir l’exacte pointure de Minnie, a chanté avec une telle générosité, une telle fougue et une telle sincérité d’accent qu’elle a triomphé haut la main ! Tout le monde lui a pardonnée la tension extrême de certains aigus et un volume qui dans le médium manquait parfois de l’épaisseur nécessaire. Fabio Armiliato, son compagnon aussi dans la vie, restitue à Dick Johnson l’ardeur de l’amoureux, ses conflits, ses inquiétudes, l’exacte contraire de Mario del Monaco, tout muscles et hurlements de macho. Grâce à son chant plus lyrique, Armiliato nous a enfin fait entendre « Or son sei mesi » et « Ch’elle mi creda » avec sensualité, morbidezza et abandon, si proches de l’âme de Puccini. Avec le rôle de Jack Rance on a toujours entendu le pire, car avec l’excuse de jouer au « vilain » les barytons se permettent toujours tout. Silvano Carroli qui était déjà à l’affiche en 1988 dans ce même personnage, n’échappe pas à la règle. Avec la seule différence qu’encore aujourd’hui, il suscite notre admiration, car en dépit d’une longue carrière et d’un âge certain, il a gardé toute sa voix et son insolente projection.

Toute l’équipe des cow-boys qui se bousculent dans le saloon de Minnie ne mérite que des louanges. Mais comment pouvaient-ils être crédibles dans la mise en scène ultra vieillotte, ultra démodée de Giancarlo del Monaco. Retrouver presque un siècle après, le même saloon, la même ferme dans la montagne et le même gibet du troisième acte, reproduits avec le goût d’antan est une honte pour le Théâtre et une insulte pour le public qui est en droit d’exiger une nouvelle production. Sans parler du tableau final, insupportable image d’Épinal comme on en voyait dans certaines provinces jadis.

opera3.jpg Photo : le chef d’orchestre Gianluigi Gelmetti face à Daniela Dessi et Fabio Armiliato.

La superbe maestria directoriale de Gianluigi Gelmetti a fort heureusement attiré toute notre attention sur la partie musicale avec une approche d’une précision inouïe et une lecture dense, intense, riche et une maîtrise dans le tempo lascif, langoureux et sensuel qui a fait songer aux meilleurs soirs de Lorin Maazel, un expert mondialement reconnu dans l’univers de Puccini.

Partager sur mes réseaux sociaux

Commentaires

 Sergio Segalini