Archive forjanvier, 2008

La mort d’Orphée

 

Roberto Alagna qui avait débuté sa carrière sous les meilleurs auspices se hissant très vite au rang des mythologies du chant, n’envisage plus de la continuer de la même manière.

A la suite de ses caprices à la Scala où il quitte la scène après son air d’entrée,dérangé par quelques sifflets,en décembre 2006 lors de la deuxième représentation de Aida,il se présente aujourd’hui au Teatro Comunale de Bologne avec l’Orphée de Gluck  en compagnie de ses deux frères Davide e Frederico.Ils avaient déjà travaillé tous les trois ensemble au Teatro Filarmonico  de Vérone dans Pagliacci et Werther,deux soirées de routine qui avaient intéressé seulement la presse spécialisée.

Mais la famille Alagna (Angela comprise), déteste passer inaperçue et a bien appris à défrayer la chronique afin d’obtenir des pages entières des quotidiens. Avec l’Orphée de Bologne, le trio infernal s’est offert la première page du Corriere della Sera, le plus important quotidien de la Péninsule.

Et comment ? Le trop gourmand Roberto, ne pouvant chanter la tessiture écrite par Gluck pour ténor virtuose dans sa version parisienne, a demandé au frère David de lui réécrire toute la partition. Celui-ci non content de transporter les airs et de,changer de style à la musique, a adapté toute l’œuvre aux exigences de sa mise en scène.

Le rideau se lève sur une bruyante fête de mariage,sorte de collage de différentes musiques de Gluck.,dans un sinistre décor ( signé par David et Frederico) aux noirceurs  de la Nuit de Saint Valentin.Orphée,habillé comme un “mafioso” de la Chicago années 1930, ivre, tue son épouse Eurydice dans un accident de voiture. A partir de ce moment les automobiles deviennent les vraies protagonistes de l’action. Elles accompagnent Eurydice au cimetière, puis Orphée aux enfers…et c’est dans une voiture qu’Eurydice,vexée par l’accueil de son époux qui selon la légende ne peut pas se tourner vers elle avant d’avoir quitté le règne des morts,fait l’amour avec le Guide comme la Donna Anna de Bieito à Barcelone ! Et oui, car le personnage d’ Amour n’existe plus dans cette version. Il est remplacé par un baryton de belle allure (un solide Marc Barrard) qui ne quitte Orphée à aucun instant.

Roberto dès qu’il ouvre la bouche n’est soucieux que de sa virilité et crie sa douleur comme Canio, chantant tout dans un fortissimo insupportable contraire au personnage et à la musique. Il ne cesse de parler de tendresse et de larmes,mais avec la violence de Turiddu la force de Chénier et la rage d’Otello. Le public lui hurle ”va chanter à Sanremo”, proteste, crie, siffle, mais Roberto imperturbable cette fois-ci n’a visiblement aucune envie de quitter le plateau. Puis au moment tant attendu de “J’ai perdu mon Eurydice”, le sublime Roméo d’hier essaie de retrouver un sens de la dynamique et, sans arriver aux piani-pianissimi exigés par cette école de chant, nous démontre le temps d’un air que le timbre demeure beau, le phrasé superbe et les couleurs irrésistibles, mais sans l’ombre d’une émotion ni un brin de sensualità. Faut-il mettre en péril de telles qualités avec ce type d’opérations indignes d’un grand musicien ?

Que son Orphée meurt au plus vite pour laisser place à d’autres prises de role à la hauteur de sa renommée. David Alagna ne s’en est pas rendu compte lorsque à la fin de l’ouvrage ,le héros de la mythologie descend dans la tombe avec sa bien-aimée,mettant un point final à l’une des thématiques culturelles les plus importantes de notre civilisation.La pauvre Eurydice aussi, est réduite à une minette capricieuse et hystérique,bien servie par la voix aigrelette ,perçante et sans articulation de l’insupportable Serena Gamberoni. Pauvre Giampaolo Bisanti qui dans la fosse d’orchestre était à la recherche du style et du tempo perdu !

La presse comme le public s’est déchainé :Le Corriere della sera a attribué à Roberto l’Oscar de la prétention… d’autres parlent de “torture”. La Repubblica de “massacre”… jouant sur les mots on lit en gros titres ”Fratelli flop”. Le pari est gagné ! Le plus excitant Faust du monde a vendu son âme d’artiste au diable pour le plaisir éphémère d’avoir la une des journaux. Quand on est sur l’Olympe, on ne descend pas pour se confondre à la misère humaine. Un Orphée ne peut pas mourir.

 

 

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Commentaires (1)

Une Veuve trés napolitaine.

Le public italien réagit  avec de plus en plus  de force face aux mises en scène  qui ne respectent pas l’ordre établi et manifeste régulièrement  son  mécontentement sans la moindre vergogne. Il ne se souvient plus des révolutions opérées par Visconti Strehler ou Ronconi.Le premier avait habillé Callas dans Iphigénie comme une aristocrate vénitienne immortalisée par la peinture du Tiepolo.Le second avait situé son Falstaff dans une ferme de la plaine du Po à la manière du Novecento de Ettore Scola.Le troisième avait préparé le chemin  au Patrice Chèreau du Ring de 1976 à Bayreuth,avec sa Tétralogie inachevée à la Scala en 1974.Devenu bien plus chatouilleux et ,mal éduqué par une télévision seulement abruptisante ,le publc refuse désormais de se poser la moindre question et  souhaite s’endormir dans son fauteuil d’orchestre comme devant son poste après le diner.Attention alors à tous ceux qui perturbent  le calme!

Probablement les dirigeants de l’Opéra de Rome pensaient séduire leurs abonnés en engageant le cinéaste Vincenzo Salemme  pour mettre en scène La Veuve Joyeuse  pendant les fetes de fin d’année.

Dans les salles ses films font sauter le Box Office et des titres comme L’amico del cuore ,Ho visto le stelle et surtout Amore a prima vista possèdent toute la fraicheure de la comédie napolitaine et la percutante ironie caustique d’un Totò de l’an 2000! Tout le monde y a donc couru en masse et l’Opéra de Rome a affiché pour toutes le représentations l’un des  ses rares “Tutto esaurito”.

Le public avait aussi oublié que le spectacle est une sorte de miroir pour le metteur en scène et,convaincu de retrouver le charme de La Belle Epoque comme dans les films hollywoodiens de Maurice Chevalier ou Lana Turner est allé au théatre  insouciant et heureux.

Hélas le rideau ne se léve pas sur un salon de réception viennois,mais …à Naples.On chante les mélodies en italien mais tout le texte parlé est en dialecte .Hanna Glavary est une Sofia Loren née dans la misère de Pozzuoli ,heureuse de faire retour au pays ,richissime,après son mariage américain et ses Oscars.Le champagne devient du “prosecco”, au restaurant on sert surtout pizza et spaghetti .

Salemme, aussi acteur sur la scène un peu trop bavard au premier acte,invente les situations les plus rocambolesques afin de défendre son point de vue :l’extraordinaire similitude entre la décadence de l’aristocratie de l’Europe Centrale et  les faux barons ou comtes napolitains.Et tout marche à merveille meme si sa comédie musicale  aux échos d’un de Filippo ou d’un de Sica tourne parfois à la grossiéreté populiste d’un Totò moins inspiré.Le jour de la première une partie de l’assistance a quitté la salle après avoir manifesté tout au long de l’acte.,Par la suite le public a davantage suivi Salemme et a fait un triomphe à la soirée,ne résistant pas au  Can Can final.Ils ont continué pourtant à contester toutes les  références au monde actuel comme la dénonciation du consternant’état des decharges à Naples,l’un des fléau actuel de la peninsule.L’invasion de sacs en plastique de poubelles image quotidienne des journaux télévisés,a été accueillie par une bordée de sifflets.La scène lyrique,lieu souvent de tous les cimes,toutes les trhaisons,doit rester pour beaucoup un lieu de reve!

Trop d’attention sur le spectacle perturbe souvent les oreilles du mélomane qui oublie ainsi de dénoncer la médiocrité de l’execution.

Fiorenza Cedolins possède la beauté de La Veuve ,son charme,sa séduction,mais n’a pas cette élégance de la primadonna qui s’amuse avec raffinement,classe et ironie .Et beaucoup n’ont pas oublié la Divine Kabaiwanska de la dernière reprise de l’oeuvre dans un mise en scène d’un autre cinéeste Mauro Bolognini,toujours à Rome.La voix de la belle et talentueuse Fiorenza ne semole plus au zénith.Sa diction peu claire,son émission incertaine,son manque d’assurance dans le phrasé accusent sans doute une fréquentation trop risquée des Norma,Tosca…et laissent songeurs sur sa prochaine apparition dans La rondine à la Fenice le 26 de ce mois.Faut-il parler de ‘engorgé Alessandro Safina en Danilo ou de l’hésitant Andrea Giovannini, Camille de Roussillon sans aura?.

La grace incomparabile de Daniela Mazzucato en Valencienne qui pour deux soirs s’offrait aussi le luxe de chanter Hanna Glavari ne pouvait certes pas masquer toutes les incertitudes de ses partenaires. Vèritable calamité,Daniel Oren n’a pas su traduire l’esprit de la partition,se reveillant seulement dans le Final,la cuisine napolitaine lui avait décidément joué un bien vilain tour.

Et pour une fois félicitations pour l’Opéra de Rome,Le courage paie toujours,Mais souvent en retard.

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 Sergio Segalini