Vivaldi, le premier des hard rockeurs ?

déc
8

C’est ce que l’on a pu entendre hier dans cette émission au faste pharaonique diffusée sur France 2 “La Grand Battle”. On n’osait le croire, mais oui, apparemment, tout est possible.

On a eu pendant deux heures un exemple ahurissant cautionné par des pointures telles que Jean-François Zygel ou Roberto Alagna, sans doute prêts tous deux à tout, du niveau que le système médiatique peut atteindre en voulant toujours conquérir une audience plus large dans le domaine de la musique classique.

Grands tubes de l’histoire de la musique resucés à l’extrême, de la 5è de Beethoven (et encore le premier mouvement), aux 4 Saisons de Vivaldi (bizarrement pas le Printemps) en passant par Le Lac des Cygnes de Tchaikovski, redits ensuite en langage plus simple (populaire) par des groupes aussi divers que le Funky Brass Style, Acoustik, ou Puss (qui veut dire … attendez … Party Under Sexy Skirt, ou comme l’a signalé avec délectation le présentateur, Nagui, … la fête sous une jupe sexy).

Une entreprise de vulgarisation ?

Palsembleu … Tout simplement une entreprise vulgaire. Elle ne sert personne, ni la musique classique, qui s’en trouve transformée n’importe comment, ni les interprètes (qui ne se sont pas distingués hier soir par leur perfection), et encore moins la musique pop et ses « fabricants », qui s’en trouvent relayés à l’état de rapaces tellement médiocres qu’ils sont obligés d’aller piquer chez Tchaïkovski, Beethoven, Chopin, Mozart ou Vivaldi. Les pauvres !

Soudain me revient en mémoire quelques bribes du passé …

Une idée de vulgarisation intelligente ? Demander à un orchestre de la Radio d’enregistrer dix minutes de musique pour diffusion quotidienne à la TV entre la météo et le début du programme suivant ! Un avantage : les orchestres répondraient à leur impératif de service public et à leur mission originelle (un peu transformée naturellement pour l’époque contemporaine…)… Et non, je ne regrette pas la télévision de Pompidou – que je n’ai d’ailleurs pas connue !

Mais là …

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La rentrée jouissive de Paavo Järvi

sept
17

Paavo Järvi

16 Septembre 2010. Paavo Järvi fait son entrée à Paris. Un nouvel orchestre, une nouvelle renaissance pour la phalange parisienne. Une rentrée fort attendue donc, d’autant que la programmation admirable des prochains mois témoigne d’un souci de diversité dans les répertoires qui manquait sensiblement dans les saisons du directeur musical précédent. Preuve il en est lors de ce concert d’ouverture, qui regroupe La Péri (1912) de Paul Dukas et Kullervo (1891) de Sibelius !

Le chef estonien nous a gratifiés d’une interprétation tout à fait impressionnante du chef-d’œuvre de Sibelius, extrêmement sophistiquée, où l’engagement à la fois puissant, hautain des forces réunies concourt à une vision qui jamais ne plonge l’auditeur dans l’anecdotique. Paavo Järvi dépasse la stricte inspiration kavélienne pour retrouver la dimension dramatique par une analyse très subtile du tissu orchestral. Prodigieux à cet égard fut le deuxième mouvement (La Jeunesse de Kullervo) : le nouveau directeur musical y détaille infiniment les jeux de timbres et de registres qui parsèment les lignes de cordes, dans une écriture à 9 parties, où les attaques de pupitres, multiples, sont idéalement respectées. Cet état de renouvellement perpétuel des strates sonores, cette impression d’effervescence et de frémissement dans les textures permettait de brosser un portrait étonnant du personnage de Kullervo, badin et pourtant en ébullition, innocent et comme déjà frappé par un destin tragique. De plus, ici, l’orchestre – chauffé par la difficile Introduction – s’est libéré, illuminé. Les équilibres, encore chancelants au début du mouvement précédent, se sont établis pour s’affirmer toujours davantage au cours des mouvements suivants.

C’est d’ailleurs avec un élan et une belle précision rythmiques que l’orchestre s’immerge dans la grande fresque chorale centrale (Kullervo et sa Sœur), où le chœur (le Chœur d’hommes d’Estonie est venu s’ajouter aux forces locales) défend, lui, une vision puissante et robuste, en n’oubliant jamais le ton guerrier de l’instant. La grande séquence suivante avec les solistes accuse sans doute quelques faiblesses d’écoute entre orchestre et voix. Mais Soile Isokoski et Juha Uusitalo, sans doute perturbés par l’acoustique peu flatteuse de la Salle Pleyel, forment le couple aujourd’hui le plus convainquant dans Kullervo, Soile Isokoski de par sa voix cristalline, fraîche, comme venant de l’air – déjà une Luonnotar en gestation – et Juha Uusitalo pour son caractère définitivement rustre, paysan, meurtri par son manque de convenance (?) et de clairvoyance. Cependant, il avait atteint il y a trois ans sous la direction de Eivind Gullberg Jensen une vérité dramatique bien plus authentique.

Une petite réserve qui s’avère minime dès que débute le mouvement suivant, Kullervo à la guerre. Avec un génie discret, Paavo Järvi s’amuse à en souligner les profondes originalités rythmiques. Si l’orchestre n’évite pas toujours les embûches – quelques traits sont énoncés un peu trop rapidement –, il témoigne d’un réel investissement, et se recentre rapidement devant le geste concentré et fédérateur de son directeur musical. Enfin, dans le mouvement final, pris dans un temps plus lent que la moyenne, le chef estonien témoigne d’un sens de la tension architecturale assez confondant, et son interprétation s’achève par des sommets d’émotion. Dès lors, notre impatience est vive à l’idée d’entendre d’autres Sibelius avec la même épique.

Dans La Péri (page trop rare aujourd’hui dans les concerts, et ici heureusement introduite par la Fanfare), la direction de Paavo Järvi témoignait d’une volonté de légèreté et de finesse, au détriment sans doute d’une fluidité dans la dramaturgie poétique. Une impression de flottement pouvait éclore parfois, la balance cordes / bois / cuivres laissait percevoir quelques interstices dans l’harmonie – lignes de cuivres et de bois parfois peu perceptibles dans les épisodes médians. La raison se trouverait-elle dans l’important travail (par trop univoque ?) que Paavo Järvi – de toute évidence – a réalisé avec son quatuor de cordes, auxquelles il souhaite redonner une présence et une véritable puissance sonore ? Un beau travail cependant, qui profita amplement à Kullervo ensuite…

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Herbert Blomstedt à Paris

avr
12

Herbert Blomstedt (cf. notre photo ci-dessous) reste un chef méconnu en France. Connu des mélomanes discophiles comme un interprète émérite de la musique de Carl Nielsen – ses deux intégrales chez Decca et surtout EMI avec l’Orchestre Symphoniques de la Radio Danoise sont toujours considérées comme des pierres angulaires de la discographie –, le chef suédois dirigeait l’Orchestre de Paris pour deux soirées absolument exceptionnelles les mercredi 24 et jeudi 25 mars derniers.

En première partie, le Concerto pour piano et instruments à vents de Stravinski, avec Olli Mustonen, musicien iconoclaste né en terres finlandaises, qui, on le sait depuis son passionnant disque avec Vladimir Ashkenazy chez Decca au début des années 1990, défend avec amour le Stravinski concertant. Son jeu, constamment imaginatif, regorge de couleurs et d’accents, et tire l’interprétation toute entière et le dialogue avec les musiciens parisiens vers des sommets de poésie anguleuse. Cette œuvre brute, à l’architecture implacable – une sorte de Bach hérétique – connut ici une interprétation soufflante, non seulement de par le jeu percutant mais jamais dur et la diversité de couleurs qu’ose le pianiste, mais aussi par la qualité des pupitres de l’Orchestre de Paris, dans un jour de gloire. De mémoire, l’orchestre n’avait jamais sonné ainsi au cours des dernières années. Cette ampleur et cette générosité dans le son, cette précision rythmique, en même temps que cette hardiesse dans le rendu – naturel – des plans sonores fut en soi un prodige.

La Symphonie n°5 de Bruckner, en deuxième partie, témoigna d’une entente toujours parfaite entre les musiciens parisiens et Herbert Blomstedt, chef immense qui nous offrit une vision lumineuse, jamais crispée de Bruckner, véritablement enchantée par le son grandiose, d’une grande légèreté, qu’il inspirait à tous les musiciens ce soir-là. Cuivres, terrifiants de beauté et de chaleur (les cors et les trombones jamais à bout de souffle !), bois clairs et transparents (formidable flûte solo), et cordes engagées comme peu souvent : à cet égard, les parties de violoncelle et contrebasse restaient incroyablement lisibles, et apportaient l’assise indispensable au son d’ensemble.

Même si parfois le caractère rêche des premiers violons refait surface, l’Orchestre de Paris s’est affirmé ici comme l’orchestre parisien le plus exceptionnel du moment. Les musiciens et le public ont fait une ovation au chef, moment ému qui convainc ô combien de la nécessité d’inviter à nouveau Blomstedt afin de poursuivre l’exploration des Symphonies de Bruckner. Et la perspective de l’arrivée de Paavo Järvi au début de la saison prochaine comme directeur musical de l’orchestre parisien, ainsi que les programmes prévus, nous promettent d’autres bien belles soirées d’orchestre. Que Paris retrouve un orchestre à la hauteur des espérances de chacun était une nécessité !

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Decca Eloquence Australie (IV) : Ernest Ansermet et Bach

mar
23

4°) BACH : SUITES POUR ORCHESTRE N°2 & 3, CANTATES BWV 45, 67, 101, 105 & 130 – Solistes, L’Orchestre de la Suisse Romande – 2 CD 480 0027

À la fin de sa vie, Ernest Ansermet se concentra énormément sur la musique de Jean-Sébastien Bach. Lors de son dernier concert, il programme la Quatrième Suite pour orchestre du Cantor, pour figurer son attachement aux classiques, et non pas une Symphonie de Joseph Haydn par exemple.

Ce double album rassemble l’intégralité des enregistrements Bach du chef suisse. En novembre 1961, Ansermet avait gravé les Ouvertures n°2 & 3 et deux célèbres Sinfonias avec hautbois issues du corpus de cantates, domaine de l’œuvre du compositeur que le chef suisse explora davantage au cours de deux autres sessions, en juin 1966 et en septembre 1968, avec tout d’abord les Cantates BWV 45 & 105 pour lesquelles il est rejoint par Agnès Giebel, Helen Watts, Ian Partridge et Tom Krause, puis les Cantates BWV 67, 101, 130 avec Elly Ameling, Werner Krenn et toujours Helen Watts et Tom Krause.

Ces Bach d’Ansermet sont devenus rares. Cependant, ils témoignent d’un amour profond et sincère envers la musique du Cantor. Bien qu’éloignée de toute idée d’authenticité – décidément quelle arnaque complète ! –, la direction d’Ansermet, souvent modérée, fascine par sa grande sérénité, fondée en premier lieu sur une lecture polyphonique d’une grande élégance et d’une justesse incomparable. Un exemple significatif entre tous : l’Air avec cordes de la Troisième Ouverture, qu’aucun interprète issu du mouvement baroque ne nous a offert à ce niveau de transparence et de plénitude sonore, sinon peut-être Nikolaus Harnoncourt lors d’un concert avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin publié depuis dans le commerce. L’Ouverture n°2 mérite également des éloges : la tranquillité des tempos ne bride pas le dynamisme du discours, et la flûte solo d’André Pépin plane au dessus de l’ensemble, comme une voix céleste.

Parmi les cantates, retenons la « Herr Gott, dich loben wir » BWV 130, la plus équilibrée : on y entend rappelons-le deux airs extraordinaires, l’un pour basse, avec trompettes et timbales – l’une des combinaisons instrumentales les plus audacieuses de Bach – où Ansermet semble vouloir pousser l’harmonie dans ses derniers retranchements, puis l’autre pour ténor, aux textures ailées, idéalement chanté ici selon nous par Werner Krenn. Dans la Cantate BWV 67, Ansermet, qui montre en certains endroits quelques hésitations stylistiques (les rythmes manquent ici parfois de franchise), réalise entre l’air pour basse et le choral final une transition étonnante, simplement emplie de douceur et d’humanité, révélatrice de sa parfaite compréhension des textes : « Toi qui es le Prince de la paix, Seigneur Jésus-Christ, Tu es un puissant libérateur ». Ansermet trouve encore dans le chœur introductif de la Cantate BWV 105 le ton adéquat : des couleurs funèbres, très inquiétantes, porteuses de terribles paroles pour tout Chrétien : « Seigneur, n’entre pas en jugement avec ton serviteur ». (Luc 16, 1 – 9, parabole de l’intendant malhonnête). Magnifiques tapis de cordes et hautbois incroyablement délicat de Roger Reversy dans l’air pour soprano, où déçoit un peu Agnès Giebel, et de même pour l’air pour ténor, où là encore, le soliste, le corniste Edmond Leloir ponctue le discours de teintes inédites.

La Cantate BWV 45 parait moins accomplie – effectif trop fourni pour cette cantate particulièrement chambriste ; même l’immense Tom Krause, dans son air, paraît déstabilisé par le tempo lent d’Ansermet.

En dépit de ses faiblesses intrinsèques, cet ensemble Bach d’Ansermet demeure cependant passionnant, pour son naturel, sa simplicité, sa ferveur religieuse. Certains musiciens, aujourd’hui, devraient méditer le duo entre Ameling (définitivement l’une des plus grandes voix de l’époque…) et Watts de la Cantate « Nimm von uns, Herr, du treuer Gott », à tomber …

SCARLA D’OR : Bach : Ouverture n°2 (novembre 1961), Cantates BWV 130 (septembre 1968) – L’Orchestre de la Suisse Romande – Decca 480 0027

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Decca Eloquence Australie (III) : Ernest Ansermet joue des Ouvertures françaises

mar
16

3) OUVERTURES FRANÇAISES – L’Orchestre de la Suisse Romande – 1 CD Decca 480 0023

Un festival de bonheur ! Ce programme regroupe quelques-unes des plus belles sessions d’Ernest Ansermet, formidables de verdeur, de panache, de force. Emplis d’un plaisir hédoniste de jouer en ce mois de mai 1960, fin d’une saison au cours de laquelle furent enregistrés les plus grands Beethoven du chef (Troisième, Sixième et Septième Symphonies), les musiciens de L’Orchestre de la Suisse Romande vibrent à l’unisson de leur directeur musical, et cette phalange sonne ici avec une puissance étonnante. L’Ouverture du Roi d’Ys de Lalo impressionne durablement par son caractère intense et noble, et si Ansermet regarde du côté de Wagner quand d’autres tels Munch (Boston, RCA 1950) ou Martinon (Chicago, RCA 1965) mettent en valeur la modernité orchestrale de l’œuvre, plus proches d’un Chausson voire d’un Debussy jeune, son interprétation, puissamment dramatique, magnifiée par les somptueuses couleurs de son orchestre (la clarinette, les cuivres) et la sensualité des phrases mélodiques, exploite à merveille les couleurs brumeuses et ambigües des rivages d’Ys.

Dans les ouvertures d’Auber et Hérold, la direction d’Ansermet frappe non seulement par la finesse de ses équilibres, son humour parfois pince-sans-rire et aussi sa suprême dignité (introduction du Domino noir), mais aussi par les relations qu’elle tisse logiquement par exemple avec les ballets de Tchaïkovski. L’Ouverture de La Dame blanche d’Adrien Boieldieu (1825) lorgne justement avec ses figures répétées, non sans ironie, du côté de Beethoven. De l’Ouverture de Raymond d’Ambroise Thomas (1851), que Leonard Bernstein en son temps s’était amusé à faire redécouvrir – divinement – aux musiciens de l’Orchestre National de l’O.R.T.F, s’échappe un soupçon de nostalgie qui la rend irrésistible … Bref, un programme superbe, où Ansermet, avec sa connaissance parfaite du répertoire, élève ces ouvertures françaises, trop souvent dénigrées, à un haut niveau d’inspiration.

SCARLA D’OR

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