Le Merveilleux d’une semaine

Le merveilleux, contrée aux souvenirs de l’enfance, brasse l’imaginaire, les peurs ou angoisses.

L’Alice aux pays des Merveilles de Unsuk Chin, entendue avec JP au Grand Théâtre de Genève, ouvre quelques portes, celles de l’orchestre, pour tenter ces pays lointains, ces vocalises déjà usées, ces récits sans actions, ces lieux sans histoire.

Si l’onirisme est surligné, les ficelles de l’opéra utilisées, la compositrice par son apparente fragilité, sa grâce, ne peut que séduire.



C’est aussi un enfant qui parcourt la scène du Théâtre de l’Athénée.

Évocation de souvenirs sous l’ombre paternelle, Le Père de Jarell, entre statisme et dépouillement, donne une heure d’une musique qui ne se fait qu’ambiance — violence des coups ou silences rois.

Sans action, mais par un récit porté de poésie, l’heure passée laisse perplexe.




Mon enfance, c’est Schubert, vous dis-je. Ces mélodies, aux contours torturés, percées — de toute évidence — par la clarté fulgurante du chant qu’elles portent, laissent l’homme sans voix devant l’enfant qu’il fut. Élisabeth Leonskaja, magicienne du temps, remonte le système de l’âme pour nous projeter devant un pays merveilleux : la Sonate en ré majeur D.850. Méandres de vallées sans détour, l’enchanteresse pianiste a les clés en fin de programme (19 juin, Amphithéâtre Opéra-Bastille). Malgré l’épuisement musculaire (une main caresse à plusieurs reprises le bras pour calmer la douleur), le miracle d’équilibre, l’innocente candeur du chant, placent Leonskaja, ce jour-ci, au-dessus de tout. Au-dessus des plaines et forêts, des autres et du quotidien. Fragile mais puissante, tendre mais hiératique, bouleversante mais noble : Leonskaja ne peut pas tricher, ni mentir : elle aime Schubert. Ce chant d’amour, presque indécent, l’espace de ce concert, avait une allure d’offrande à l’éternité de chacun.

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