Promenades parisiennes

dani-originale.jpgElle ne fera pas de créneaux et laisse sa voiture au milieu de la route : c’est le fleuriste qui s’y colle. De sa voix grave, rocailleuse ou abîmée, elle nous demande de la suivre dans l’hôtel Coste, où un salon est retenu. Sa démarche est élégante, son regard droit. Habituée des lieux, elle nous reçoit et demande : « qu’est-ce qu’on fait ? ». Alors elle parle de la nuit, de Paris, de ses histoires : de son histoire. Ses chansons, son rythme de vie, son détachement. Sans détour, et sous le charme de sa voix, on évoque son rapport au quotidien, son nouvel album, les chansons de Gainsbourg, Etienne Daho, François Truffaut, et les années 70 lorsqu’elle était meneuse de revue à l’Alcazar. Chaque soir, sur scène et peu vêtue, elle chante avec orchestre… Il reste quelques enregistrements, ses premières chansons, avec grand orchestre, sa voix tenue, son sourire. Il y a le souvenir du Cabaret en elle, aujourd’hui encore. La nuit, la fumée, les cigarettes, les amis, l’instant : Dani nous offre une rose.

brunomantovani_by_cdaguet.jpgderniere-tentative.jpgBruno Mantovani, à Pleyel le 11 juin dernier pour le Festival Agora, présente 30 minutes pour grand orchestre, Le Livre des Illusions (Hommage à Ferran Adrià), musique inspirée par la cuisine du chef catalan : jubilation, invention, bouillonnement. Les sons explosent, les idées fusent. Mantovani fait partie de ces compositeurs énergiques, heureux de composer et d’avoir les moyens pour le faire. Regret : la présentation sur scène avec Adrià lui-même, longue, attendue, ennuyeuse.

roi-roger-mickey.JPGPrise d’otage à la Bastille. Pour ses dernières représentations, Gérard Mortier nous fait découvrir un chef-d’œuvre : Le Roi Roger de Szymanowski. Musique luxuriante, orchestration somptueuse, interprétation parfaite par l’orchestre de l’opéra. Mais seulement, il y a les délires de Warlikowski. Quel intérêt de mettre de vieux dodus en maillot de bain dans une piscine et de nous proposer un défilé de Mickey pour le lever de soleil final ? Soi disant pour critiquer (de façon éternelle et caduque) la société de consommation de masse. Que l’on réalise scéniquement ses fantasmes artistiques, sexuels ou philosophiques sur des œuvres plusieurs fois données à Paris, pourquoi pas. Passer commande à un compositeur, écrire soi-même une pièce de théâtre : pourquoi pas ! Mais Szymanowski que l’on découvrait, ce soir-là, à Paris : pourquoi l’avoir capturé, emprisonné de la sorte ?

Partager sur mes réseaux sociaux

Promenades, rencontres

karol-beffa.JPG À Toulouse (27 mai, Halle aux grains), Karol Beffa propose son concerto pour piano : à mi-chemin entre Ravel et Poulenc. Toccata alternée avec moments élégiaques et dépressifs. Ni néo, ni classicisme, romantisme, modernisme… seulement schématisme. « À la fin, c’est une véritable folie polyrythmique, un débordement d’énergie, un hymne à la vitesse, cette mal-aimée de la musique contemporaine », revendique le compositeur ; une assertion bien contestable et même fausse : j’en connais des pages furieusement rapides chez Boulez, Glass, Reich, Greif,… Beffa le mal-aimé, avant le concert, conteste ma mauvaise foi et mon acharnement à détruire une esthétique. Certes, je n’ai pas un amour fou pour sa musique, ni pour celles de Zavaro ou Dubugnon. En revanche, j’ai toujours déclaré mon admiration pour les œuvres de Escaich ou Hersant. Il ne s’agit donc pas d’une question de langage….

duquenne-morel.JPG Saint-loup vient de rejoindre Morel, première approche, ultime combat. Le jeune homme parfaitement musclé soutient l’ami : d’une main enrubannée sur le buste, il le laisse choir pour le soulever d’un geste viril, volte-face pour un regard froid. La main à son épaule posée, sur l’Elégie de Fauré, il fait tourner ce corps : ensemble ils lèvent leurs bras, doigts espacés, muscles bandés sur la scène noire pour conquérir l’absolu de l’espace, du vide. Mains tendues de violence : le combat des anges. Les intermittences du cœur de ces deux jeunes gens dérobés par la grâce comme si le monde semblait plus facile à porter à deux, l’un soutenant l’autre par alternance, ne sachant pas encore lequel des deux partira le premier. Périlleux équilibres de la jeunesse. En cette soirée du 29 mai, à l’Opéra Garnier (Proust ou les intermittences du cœur, ballet de Roland Petit), Josua Hoffalt (Morel) et Christophe Duquenne (Saint Loup) ont tenté avec émotion car : « Il est possible que Morel, étant excessivement noir, fut nécessaire à Saint-Loup comme l’ombre l’est au rayon de soleil. » Juste avant, au centre du ballet, moment suspendu avec l’unique apparition du narrateur, 2324386551_a3e78b820b.jpg Proust, sous la silhouette de Benjamin Pech. Impossible sentiment, « La regarder dormir » est le seul moment d’amour (im)possible : lorsqu’Albertine dort. « Elle était plutôt comme une grande déesse du Temps ». Seul moment d’amour, mais si confus, incertain ; alors le narrateur danse, vole, capture de ses bras l’insaisissable, il se penche, il espère. Benjamin Pech — stature assurée, port de tête altier — fait sa seule apparition, sans faille. Le danseur étoile, rencontré dans l’univers de sa loge après la représentation confie : « C’était pour moi une prise de rôle dans ce personnage de Proust ; c’est une lecture dansée, on est dans des évocations de sentiments, de frustration : Proust et Roland Petit mettent en avant la limite des vanités mondaines, la frustration sexuelle et amoureuse. Tout est basé sur le désir. Ce pas-de-deux est une suspension du temps, le personnage est dans un moment entre deux, un « espace-temps », où les choses sont suspendues : il exprime tout son amour pour une femme qu’il ne peut posséder puisqu’elle s’en va et meurt. C’est ma madeleine de Proust à moi, j’ai des souvenirs qui me reviennent quand je fais ce pas-de-deux : c’est un moment à part dans le ballet. » Benjamin Pech enfile une veste, me raccompagne à la sortie des artistes, bouquets dans les bras. Il fait déjà nuit sur l’avenue de l’opéra.

warlikowski00000002368601.jpg L’autre opéra, Bastille : rencontre avec Warlikowski pour sa mise en scène du Roi Roger. On l’attend sur le plateau où les artistes s’agitent ; et au moment même où je croise son regard, je vois qu’il n’a pas envie d’une interview. L’Attachée de presse de l’opéra me dit ne pas l’avoir reconnu depuis hier où il a, à nouveau, changé de coiffure. On le suit, pour ne pas le perdre, dans un couloir ;  une loge ouverte ; il s’asseoit, allume sa clope et me dit : « 5 minutes ». Postures fatiguées, regard dans le vague, ennui… il ne répond pas véritablement aux questions. Rencontre perdue.

H** m’attend sur le canapé, yeux mi-clos, fatigué de sa journée. Il se lève à ma venue et vient vers moi. Je l’embrasse. Il observe chacun de mes gestes de son regard soutenu. Fait deux ou trois pas dans la pièce et retourne sur le canapé. J’aime caresser ce beau chat roux dessus, blanc dessous. H** aime qu’on le caresse au niveau de la mâchoire et sur le haut de la tête.

Partager sur mes réseaux sociaux