Ecrivain-Photographe

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Nulle obsession. Seulement un intérêt certain, régulier, renouvelé pour une œuvre achevée et immense. Au CD, la beauté du propos se fait aussi. Sa voix, desséchée. Les confidences impudiques, mais chuchotées, parlées. Le ton, le rythme, la douloureuse objectivité de l’observation se font comme une musique continue avec des voix (celles de Gréco, Trintignant, Grimberg ou Thouvenin) qui irriguent, comme en intraveineuse, les textes percutants, pertinents de l’écrivain-photographe.

Nombreux sont les compositeurs dont les œuvres assument les références extra-musicales : picturales, littéraires ou philosophiques. Comme s’il s’agissait d’étincelles pour un acte, à chaque fois, difficile. Mais, la photographie n’est pas surprenante pour l’inspiration d’un écrivain qui a passé sa vie à regarder les corps. « Ce qui a déclenché l’écriture c’était le regret de photos ratées, de photos que je n’ai pas pu faire, de photos qui se sont révélées invisibles, fantomatiques et donc j’ai essayé d’écrire pour retrouver le sentiment que j’aurai voulu donner avec ces photos. » annonce, de son timbre décharné à l’âme perdue, Hervé Guibert.

Réunis, variés par les voix aux textes si bien lus, ces pages choisies donnent un portrait parfait d’Hervé Guibert. Textes érudits, personnels, inspirés. Portrait de photographes (Cartier Bresson, Mappelthorpe, Sherman), extrait de romans (Le Protocole compassionnel, Suzanne et Louise) ou d’entretiens : il se dégage — via la qualité des lectures, des voix — un malaise. Un beau malaise, un évanouissement à l’écoute continue de ces moments. D’une tristesse sourde, par la précision des descriptions, par la qualité de la langue, par les confidences blessées ; le jeune homme a laissé de nombreux textes qu’il serait injuste, vraiment, de cataloguer d’une littérature du « sida » ou de l’ « homosexualité » car « des corps familiers, des corps aimés, je ne fais qu’une chose – et c’est une chose énorme je crois, c’est en tout cas le but de toute mon activité, de toute ma prétention créatrice — : témoigner de mon amour. »

guibert-reduit.JPG Hervé Guibert

L’écrivain-photographe

Livre-disque (Naïve)

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