« Vous êtes sur terre, c’est sans remède ! »
C’est le personnage principal, Hamm, de la Fin de partie de Samuel Beckett qui déclare cette vérité. Alors, pourquoi rire ? Pourquoi le public du théâtre de l’Atelier rit bêtement ? Fin de partie est une pièce sur le néant, sur un monde qui a perdu tout sens. Les quatre personnages cruels, glauques et sordides s’insultent, se détestent. Dialogue difficile, pendant deux heures, dans un lieu clos, sombre, humide.
Hamm, despote aveugle et paraplégique, est porté par la violence de Dominique Pinon. Ses phrases sont désespérées ; il tente, là sur son fauteuil, de faire le roman mental de sa vie. Il réfléchit sur le langage, il insulte son fils adoptif Clov (Charles Berling, remarquable), un doux abruti qui n’a pas le courage de tuer son père. Un valet qui ne peut jamais s’asseoir et que le corps douloureux de Berling rend à merveille. Nell et Nagg, les parents de Hamm, ont perdu leurs jambes lors d’un accident de tandem et vivent désormais dans des poubelles. Ils apparaissent de temps en temps, au long de la pièce, sortant de leurs poubelles aux lumières tamisées pour, eux aussi, proposer l’absurde. Le rire vient ici de l’enfer, il vient de l’impossible, d’une situation d’absolue noirceur.
Pas d’action, « une journée comme les autres » dit Clov, dans ce non-lieu. Et pourtant, il se passera des choses (« les choses suivent leur cours »), jusqu’à ce que la partie soit finie. Beckett propose une réflexion tragique sur le langage, sur le sens de la vie, sur la difficulté de faire une phrase. Les réponses des autres font grincer des dents (« Pleurer c’est être en vie »), les situations sont tendues, sans remède.
Pourquoi le public rit-il, alors que Beckett désespère de trouver un sens, une fin, une construction ? L’absurde est un drame ; peu le comprennent.

