Dans le froid, Olga

           295189.jpgTrash. On peut la voir, sur une photo, dans la banlieue de Berlin, murs tagués, entourée de deux jeunes mecs, capuches sur la tête, manteaux de cuir. On peut la croiser à Paris, pour la répétition de ses œuvres, un œil maquillé de bleu, l’autre en vert. Le lendemain, à Vienne, elle aura les cheveux roux. La semaine suivante, à moto, elle parcourt San Fransisco. Olga Neuwirth, surprend ; elle est géniale.

           Les deux œuvres jouées en ce soir de novembre — froid à la Cité de la musique —, confirme l’impression que j’avais déjà eue. Une écriture folle, décapante, foisonnante d’idées et de trouvailles orchestrales ; et surtout, qui réussit (ce n’est pas chose simple) l’intégration de citations de musique du répertoire ou populaires.

           Je me souvenais de l’émouvant concerto pour trompette, adieu à l’instrument qu’elle a pratiqué, avec une citation de Haendel et une fin suspendue avec le dialogue de deux trompettes, tenues sur un seul fil. Et hier, la même poésie, Hooloomooloo, un quart d’heure de musique avec une note continue (mi bémol), trame de l’œuvre, et de multiples moments inventifs dans l’écriture des percussions, dans le souvenir de musique populaire, dans le souvenir de la peinture de Franck Stella vue à New-York. Œuvre de surface, de relief, de couleurs. « Hooloomooloo établit un mouvement d’oscillation entre l’attraction et répulsion, capable d’attirer l’auditeur à l’intérieur du son, mais aussi de l’en expulser. » dit-elle.

            Univers noir, surtout avec l’œuvre suivante Lost Highway – Suite, d’après le livret d’Elfriede Jelinek et le script de David Lynch. Neuwirth aime et connaît le cinéma. Son mémoire de maîtrise traitait de la musique du film L’Amour à mort d’Alain Resnais. Sa musique est faite de champs et contrechamps, de travelling, d’images en noir et blanc. L’orchestration est originale avec ses 4 saxophones, son ensemble instrumental, ses guitares électriques, son accordéon, son dispositif électronique qui donne, au centre de l’œuvre, un chœur de Bach.

            On est saisi par la puissance, par l’énergie, par la noirceur. Olga, sur sa moto, a déjà eu plusieurs accidents de route. Olga, avec ses instrumentistes, tente l’impossible. On voit, on entend les fêlures, les fissures d’une vie, les difficultés de la modernité, la violence. Olga, avec une réalité incertaine, bouscule, reconstruit, cherche. Osons : c’est génial !   

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